Photo en Une : © Manu le Malin / DR

Il y a foule ce 13 janvier devant le Rex Club. Une grande file d’attente longe le bâtiment du boulevard Poissonnière dans un ordre incertain. Tout le monde semble plus ou moins se connaître, et puisque les portes ne veulent pas s’ouvrir tout de suite, chacun en profite pour aller et venir, donnant des nouvelles et claquant des bises. Une grande majorité connaît bien l’endroit, et a déjà tapé du pied ici même pour entrer dans l’historique club parisien. Mais ce soir il est plus tôt que d’habitude, et c’est pour pénétrer dans le mythique cinéma le Grand Rex qu’on patiente. Tout à l’heure, Manu le Malin s’emparera du club pour une nuit très techno sous son alias The Driver en compagnie de ses potes Mickey Willis (Torgull), le Sonic Crew d’Astropolis et Helena Hauff. Mais si tout le monde est déjà excité, c’est que c’est ce soir l’avant-première du premier long format (une heure) du collectif Sourdoreille, Sous le donjon de Manu le Malin.

"Mario, je me souviens que tu avais déjà ce titre quand tu es venu me parler du film la première fois", retrace Manu le Malin depuis ses quartiers à Aubervilliers, plusieurs semaines après la projo. Mario Raulin, le réalisateur du documentaire, a réussi un joli tour de force : un film sur une figure de la techno hardcore française, sans fond propre et au départ sans diffuseur. "Ce n’est déjà pas facile d’avoir quelqu'un qui te soutient quand tu parles de musique électronique, acquiesce Mario, alors quand c’est un type tatoué de la techno hardcore…" Pour sortir de l’impasse, une cagnotte Ulule est lancée. "On a demandé le minimum pour réaliser le film, en se disant “si ça ne marche pas, on éteint les lumières”." Résultat : les fans répondent, au-delà des espérances. "Une personne a carrément mis une partie d’un héritage." En juin 2015, le film est financé et le coup de projecteur amène la chaîne bretonne Tébéo à valider la diffusion.

Un documentaire axé "sur l’humain"

En retour, nombre de ces soutiens anonymes ont été invités à l’avant-première du Grand Rex. Et on a pu le sentir dans la salle, bondée, qui avait plus l’air d’un grand before entre potes qu’à la cérémonie d’ouverture des Césars. Lorsque le film démarre sur un Manu le Malin marchant dans la nuit, entouré d’une épaisse forêt, les cris, rires et applaudissements mettent du temps à se taire. Et repartent de plus belle quand Christophe Lévèque, le fantasque propriétaire du non moins baroque château de Keriolet, près de Concarneau, où se déroulera le film, apparaît à l’écran pour raconter une folle histoire : à un endroit précis du domaine, toutes les scènes techno communient pour vibrer ensemble, "comme un rythme biologique", soutient le proprio. Effet garanti face à un public qui s’était déjà un peu chauffé en attendant le début de la séance. "C’est une séquence pour présenter Christophe, explique Mario, et pour introduire le château. Comme il n’y a pas beaucoup d’images d’archives, on a tout tourné à Keriolet pour avoir une entité qui soutienne l’histoire."

Keriolet, c’est le lieu d’un des premiers festivals Astropolis, en 1997. Depuis, M. Lévèque accueille tous les ans chez lui l’édition printanière d’Astro, la Spring, qui se déroule toujours à guichets fermés, malgré un line-up resté secret jusqu’au jour J. Une manière aussi d’introduire le personnage secondaire du documentaire, Astropolis. "C’est ma deuxième famille", précise Manu. "Astro, c’est ce qui m’a aidé, même quand j’étais au plus bas et que je ne voulais plus voir personne. Et avec The Driver aujourd’hui, ils sont encore là. Donc c’est plus qu’un parti pris." Aussi parce que le film ne se veut pas un simple biopic, mais un documentaire axé "sur l’humain". Pas un film sur une "carrière", mais sur Manu le Malin, à la fois personnage public et personnalité intimement sensible, et torturée. Il fallait donc réunir en ce lieu pilier de la vie de l’artiste ceux qui l’ont connu de près, ceux qui peuvent dire. "Ça réduit aussi le nombre de personnes qu’on peut inviter, tranche le DJ, quatre hardcoreux, et “Garnouche”", Laurent Garnier. C’est ce dernier reprend d’ailleurs le fil du film. "Ici, c’est le château de Blanche Neige sous acide." Le décor est posé, l’histoire peut commencer.

[...]

Retrouvez l'intégralité de l'article dans TRAX #200, disponible en kiosque à partir du samedi 4 mars.