Yul est un artiste protéiforme. Co-créateur du label Résiste – sur lequel il sort deux EP Escape et Kraklet II – le producteur a également élaboré les bandes sons de nombreux courts-métrages et de la mini-série de Canal + ”1 minute avant". Il est aussi à l’origine de fictions radiophoniques pour Arte Radio et d’un concert live accompagnant la pièce de théâtre de Yvan Viripaev, Les Rêves – concert qui a d’ailleurs donné naissance aux trois tracks de l’EP Kraklet II.

Cette multitude de qualités artistiques fait écho à la multitude de genres traversés par l’artiste dans ses productions. Entre minimale, techno, tech-house, synthé et musique concrète, Yul n'hésite pas à changer d'atmosphères, passant d’un EP assez sombre – Kraklet, à des productions plus lumineuses pour son EP Escape, côtoyant même la pop avec son EP Pop Soda avec Kid Francescoli et Julia. C’est à l’occasion de la remasterisation de Kraklet que Yul lance la réalisation d'un court-métrage, qui fait office de clip pour son morceau "Minigme". 

Réalisé par Louis Lagayette, le clip a quelque chose d’un épisode de Mr Robot, entre obsession, paranoïa, drogue et angoisse. Et sa réalisation n’a d’ailleurs rien à envier à celle de la série. Trax est allé à la rencontre de l'artiste afin qu'il nous explique les tenants et aboutissants de ce projet.

Yul

On connaît ton implication dans de nombreux projets de courts métrages et mini-séries dont tu n’étais pas forcément à l’initiative mais dont tu as produit les bandes sons. Qu’est-ce qui t’as poussé à lancer la réalisation de ton clip ?

J'ai rencontré Louis [Lagayette, le réalisateur du clip, ndlr] et un de ces producteurs, Bruno Vannini, il y a un peu plus d'un an. Ils voulaient que je fasse les musiques de leur premier long métrage – qui a gagné un prix pour son scénario – et dont le tournage s'est terminé à Londres en juillet dernier. Louis m'a contacté l'été dernier pour me dire qu'on leur prêtait une très bonne caméra avec Tesa Productions – la même que celle utilisée pour The Revenant ! Il m’a demandé si j’acceptais qu’il réalise un clip pour l’un de mes morceaux. Ça m'a d'ailleurs donné une bonne raison de ressortir Kraklet en vinyle. J’adore le visuel de Cyrielle Sauvage et c'est bien plus joyeux qu’en numérique.

Yul

Ta carrière est d’ailleurs très éclectique, entre productions musicales, radiophoniques, cinéma et même théâtre. Pourtant, on te voit assez peu dans les évènements de la scène électronique française. Comment expliques-tu cela ? Est-ce parce que le DJing manque de cet éclectisme artistique que tu prônes dans tes créations ? Auxquels de ces milieux te sens-tu le plus à même de t’épanouir artistiquement, entre la scène électronique française et le théâtre ou le cinéma ?

Ma "carrière" de DJ a été pour le moins éphémère. C'est Alter Paname qui m'a lancé il y a 2 ans, j'ouvrais la scène pour James Dean Brown et Pit Spector. J'ai enchaîné plusieurs dates au Cabaret Sauvage, la Maroquinerie, le Nuba, au Petit Bain et dans des bars… Mais j'ai malheureusement dû arrêter début 2015 pour des raisons de santé. C'est vrai que je me sens plus proche de Romain Play que de beaucoup de DJ qui ne passent que de la house, de la techno… Mais je n’ai pas non plus l'impression que le DJing souffre d'un manque d'éclectisme artistique, il suffit d'aller à une Otto10 ! Je pense pouvoir remixer avant 2017 mais il y des chances que je me tourne vers le live, travail que j'ai commencé avec mon pote Matthieu Boccaren, leader de Pad Bra Pad – dans un premier temps pour le théâtre avec la DNAO, de Sarah Tick. Je suis relativement speed et stressé comme personne et je me dis que ma place est plutôt dans un studio devant Protools ou Live, mais le DJing m'amuse beaucoup. Faire danser les gens, ça a quelque chose d'unique. 

dOP - You [Yul Rework] :

Mais j'ai également hâte de commencer à travailler sur le long métrage qui devrait d’ailleurs être assez sombre. En 2017 j'aimerais beaucoup, en plus de continuer à produire des disques et des fictions radios avec Résiste, faire la musique pour un spectacle de danse. Je rêve d'entendre ma musique au théâtre de la ville (pour ceux qui aiment les basses) même si je regrette fortement que les prix des places aient grimpés en flèches ces dernières années !

Yul

Ton clip aborde un sujet très sombre. Pourquoi ce choix narratif ? Était-ce seulement pour accompagner ton morceau, lui-même assez dark ?

Concernant la narration, ou les messages à faire passer, j'ai laissé le choix à Louis. Il m’a expliqué : "Le graffiti est un sujet qui me tient à cœur depuis longtemps. Lorsque j'ai pu écouter Minigme, l'idée a peu à peu germé dans ma tête. Je trouvais le morceau très sombre et ça correspondait bien à ma vision de la vie d'un graffeur perdu dans la ville.” J’ai été intrigué et emballé, et je l'ai encouragé à développer l'idée. Après une première approche qui était plus axée sur l'art du graffiti, l'aspect plus sombre et le concept du démon lié à la drogue sont venus. Le but était de pousser le trait sur le phénomène d'addiction qui peut se produire chez les graffeurs lorsqu'ils sont isolés : le combat intérieur. La plupart du temps c'est surtout l'adrénaline de l'illégalité qui est l'addiction principale, mais ça peut aussi être la drogue ou l'alcool. Louis voulait aussi montrer le graffiti sur train qui est un univers fascinant. L'intrusion dans le dépôt, l'attente, la peur, les petits bruits qu'on entend et qui vous crispent. Yohann Bernard, le sound designer, a parfaitement retranscrit ça.