Photo en Une : © Cercle

Cercle, c’est ce média culturel qui organise des concerts dans des lieux complètement insolites et les diffuse en live sur Facebook. Partis de rien, comme à chaque belle histoire, ils finiront au deuxième étage de la tour Eiffel, ou dans certains châteaux que l'on compte parmi les plus prestigieux de France, le temps d’un lundi, transformés en "salle" de concert. Après avoir fait leurs preuves en assurant toujours un bon déroulement de leur soirée, un respect des lieux irréprochable et une ambiance toujours décontractée, c’est maintenant les propriétaires des lieux les plus fous de France qui font appel à Cercle – et plus seulement l'inverse.

Comment l’idée de faire des événements dans des endroits aussi insolites t’est venue ?

Tout a commencé il y a à peu près deux ans dans mon appartement, j’avais invité des amis à passer, à jouer devant la caméra. Petit à petit on s’est délocalisé. D’abord dans des clubs un peu traditionnels, puis après on a fait une première date pour la fête de la musique y a deux ans avec Jean Tonique, qui avait bien marché. Le cadre était très qualitatif, on était sur un bateau en pleine Seine. Tout de suite après j’ai rencontré Philipe Tuchmann, qui est devenu le directeur artistique de Cercle, et qui m’a rejoint en septembre 2016. De là, on a décidé de marquer le coup en contactant la tour Eiffel qui a accepté notre projet ; ça leur a plu. On a booké une session avec Møme sur le 2e étage de la tour. Ça avait vraiment bien marché à l'époque, on a fait plus de 700 000 vues et reçu des messages de soutien de vraiment tout le monde. Je pense qu’il y a eu une vraie demande, dans la musique électronique, de voir ça sous un autre spectre que le monde de la nuit, donc on a commencé à faire de plus en plus de concert sur des lieux esthétiquement intéressants. C'est de là que l'aventure a commencé. Le mouvement autour niveau communication, presse etc. aura fait le reste. Maintenant on en est à continuer à faire ça quasiment tous les lundis dans plein d'autres lieux en France et en Europe. 

Est-ce que vous avez déjà fait plusieurs fois le même lieu ? 

Oui, et on compte bien continuer avec certains. Par exemple la tour Eiffel on l'a faite deux fois, le Musée de l'Air aussi. D'ailleurs, quand on revient dans un lieu, on fait justement en sorte de changer totalement le décor. La première fois au Musée de l'Air, on était sous le Concorde. Et la deuxième, on l’a faite sous la fusée Ariane. 

Comment les lieux en sont venus à vous démarcher eux-mêmes ? 

Je pense que c'est comme tout : à force de travail. Il faut dire qu’on a essuyé beaucoup de refus. Le public, de l'extérieur, ne voit que les choses positives. Nous, derrière, (au début) on a eu beaucoup de difficultés, et même hésité à arrêter. Ça a été difficile, mais on a fait nos preuves. La tour Eiffel, c’était un gros coup de chance, parce qu'on n’était pas encore très gros, on commençait tout juste à faire des choses sympas et ils nous ont fait confiance sans trop de garanti derrière. Et puis ça s'est juste super bien passé. C’était un énorme tremplin. Ce qui nous a fait gagner en légitimité sur nos demandes qui ont suivi. Et c’était l’occasion de peaufiner notre CV. Donc forcément, on en a profité pour démarcher d'autres lieux. On fait toujours en sorte que tout se passe bien, tout le long des événements, on double toujours la sécurité par exemple. Les gens le remarquent, les gérants des lieux se parlent beaucoup entre eux – c'est un monde assez petit. Donc quand tout se passe bien, ils se font tourner le mot, ce qui a amené à ce que certains propriétaires finissent par nous réclamer directement.

Le plus dur c'est de démarcher les lieux ou les artistes ? 

Moi je m'occupe plus des lieux que des artistes, mais effectivement, c’est plus difficile parce qu'on fait ça dans des endroits qui n’ont pas pour habitude d'accueillir autant de personnes, ni ce genre de public ni un concert tout court. Parfois c'est compliqué, dans le sens où les gens peuvent avoir certains a priori sur ce genre d'événements. C'est des générations un peu plus anciennes, alors que quand tu fais ça dans un club c'est beaucoup plus simple. Mais bon, tout est relatif, ça dépend qui tu contactes, où tu veux faire ton événement…

Tu as déjà eu à gérer des gros soucis pendant les soirées ? 

Franchement, pas trop. Même pas du tout. Les gens sont vraiment respectueux, je pense que quand tu arrives dans un lieu comme un château ou la tour Eiffel, des endroits fragiles et inhabituels, il y a une vraie prise de conscience. Il y en a toujours un ou deux qui d'allumer une cigarette à l'intérieur, mais franchement à part ça, aucun problème majeur et je touche du bois. Vu qu'on organise ça le lundi soir, les gens commencent leur semaine, ils n’ont pas pour but de se mettre une mine et de se fatiguer dès le 1er jour. C'est un avantage aussi, ça change du vendredi, ça nous aide beaucoup.  

Est-ce que tout se passe toujours aussi bien pour l'organisation que pour le public ? 

C'est souvent le rush, pour sûr. Le direct amène beaucoup de stress, on fait tout pour rester calme, on gère au maximum avant afin d'éviter tout problème pendant que ça filme. On doit s'adapter en permanence car ce sont des infrastructures qui ne sont pas du tout équipées. Par exemple dans un château fort, avec les pierres, c’est très difficile de trouver du réseau, donc on essaie de poser des antennes un peu partout. Parfois, comme à Charles de Gaulle, tu peux rencontrer des problèmes de compatibilité au niveau de l'alimentation à l'électricité, donc il faut penser aux groupes électrogènes, à la régulation des enceintes et à tout le reste. C'est plutôt formateur, il faut toujours préparer le terrain en amont, aller voir comment c'est, ce qui s'y passe, ce qu'il est possible de faire ou pas et pouvoir appréhender. En même temps, c'est super valorisant d'organiser ce genre de soirée, là où ça n'a jamais été vu auparavant. Quand on réussit et que tout s'est bien passé, on est soulagé. Tout le monde est sur un petit nuage à la fin. Il y a une certaine fierté et une reconnaissance aussi, que ce soit nous ou les lieux quand on nous remercie. C’est énergisant, on a envie de continuer, surtout quand tu sais qu'on a eu des moments difficiles.

L'endroit le plus impressionnant où vous avez organisé un concert ? 

Bonne question. Franchement y en a tellement que je ne saurais te dire. Mais si je devais en choisir un, ça serait le Château de Chambord. Le cadre était incroyable, c'était beau. Quand tu y arrives, tu tombes sur une forêt de plus de 5 000 hectares. L'année dernière, on a fait une soirée dans l'Aven d'Orgnac aussi, une grotte en Ardèche où on a fait jouer Johannes Brecht. C'était une grotte de 10 000m², on se serait cru dans un film. Et tout le défi technique derrière… On était à peu près à 50m sous terre, fallait réussir à trouver du réseau, le son ne pouvait pas être trop puissant mais on a réussi à le faire. Après, moi, je reste un passionné d'aviation, donc quand l’aéroport de Charles de Gaulle nous a contactés, ça m'a vraiment touché, je n'arrivais pas à y croire...

L’endroit le plus impressionnant où tu voudrais organiser un truc ? 

Bonne question, j’en ai des centaines… Mais le top du top, ça serait l'Elysée. J’imagine juste… Je ne suis pas sûr que cela soit impossible, mais je t'avoue que je n'ai même pas essayé de les contacter. Plus c'est compliqué, plus j’en ai envie. Et les catacombes... On les ferait bien, mais même avec la partie accessible, on ne peut pas. Et forcément la partie interdite... Le but, ce n'est pas encore d’organiser des free parties, même si ça pourrait être incroyable.