Photo en Une : © Martin Dupont


Parmi tous les noms à l'affiche de cette édition se trouve celui de Simon, plus connu sous le pseudonyme Shlagga. Il présentera au festival un projet complètement inédit : celui d'associer sa techno industrielle moderne et la cold wave des années 80 en réinterprétant les morceaux de Martin Dupont, groupe culte également originaire de Marseille. Chef de file du mouvement wave français, le crew a connu le succès dans la fin des années 80 puis a disparu de la scène musicale de façon brutale, ne laissant derrière lui qu’une brume mystérieuse et des morceaux entêtants. À l'occasion d'un live exceptionnel, Shlagga réunit exceptionnellement sur scène les Martin Dupont. Notre équipe s’est entretenue avec Alain Seghir et Brigitte Balian, deux des membres historiques du groupe, et le jeune DJ pour tenter de saisir la teneur du voyage spatio-temporel que promet ce live.

Pourquoi avoir choisi de retravailler les oeuvres de Martin Dupont?

Shlagga : C’est important de travailler sur un projet qui a vraiment du sens pour moi. Je connais ce groupe depuis une dizaine d’années, j’ai beaucoup de souvenirs dessus et j’ai toujours aimé la cold wave. Aujourd’hui, pour mes propres créations, je regarde de plus en plus vers le passé, vers ce qui a pu marquer la musique avant les années 2000. J’aime l’idée d’emmener ce qui a déjà été fait vers de nouveaux horizons, plus actuels, contemporains. Martin Dupont, c’est vraiment un groupe culte, quelque chose d’un peu bizarre, de mystérieux qui a disparu en ne laissant que sa musique derrière lui. 

Du point de vue du groupe, comment voyez-vous le fait que votre musique continue de vivre après que votre groupe se soit dissout en 88 ?

Martin Dupont : Ce qui est étrange, c’est qu’on a jamais vraiment eu le sentiment de se séparer. À l’époque, on avait juste besoin de faire un break. On a vendu tout notre matériel en se disant qu’on en rachèterait du meilleur. On avait l’intention de reprendre, mais ça ne s’est jamais fait. La proposition de Simon, c’est un peu l’occasion de remettre un pied sur scène. Le faire de façon complice avec un artiste actuel, et dans le cadre d’un festival dans notre ville natale, à laquelle on est très attachés, ça prend tout son sens. Les uns et les autres nous ont dit qu’on ne pouvait pas revenir comme ça… Mais nous, on voit ça juste comme une chance et un clin d’oeil sympa à notre histoire et notre public. C’est vraiment un plaisir.

Comment s’est déroulée cette collaboration ?

Shlagga : Lorsque les organisateurs du festival m’ont proposé de faire un projet de création et de choisir des artistes avec qui travailler dessus, mon choix s’est rapidement porté vers des artistes ou des groupes qui me touchaient. Après avoir décidé de travailler ensemble, il a fallu s’accommoder des contraintes de chacun. On s’est rendu compte que nos emplois du temps respectifs ne nous permettaient pas d’envisager de nous voir et de créer ensemble. J’ai donc opté pour une réinterprétation de leurs titres à ma manière. Donc on travaille surtout à distance, je leur envoie mes propositions, ils me font leur retour. Les membres qui sont encore à Marseille passent au studio, on fera des répétitions tous ensemble une semaine avant le live. C’est très simple, fluide, on s’entend bien, et il y existe une grande confiance entre nous.

À quoi est censé ressembler le projet final ? 

Shlagga : J’aime beaucoup l’onirisme assez froid et lumineux de leurs morceaux. Pour moi le challenge est d’y apporter ma touche un peu plus sombre, plus club. Sur scène, je jouerai mon live analogique seul, comme j’ai l’habitude de le faire. Les artistes de Martin Dupont apparaîtront en guests et viendront me rejoindre au fur et à mesure du live et des morceaux, en tant que chanteur, clarinettiste, guitariste… C’était aussi important pour moi de travailler avec un groupe de musiciens qui pouvait apporter quelque chose de plus que ce que je fais moi-même. Sur l’aspect visuel, on voudrait travailler la projection de vidéos pour renvoyer vers l’univers de Martin Dupont tout en y apportant une esthétique plus actuelle et créer ainsi un pont entre les époques. On pense peut-être aussi voir les créateurs de fringues qui travaillaient avec le groupe à l’époque pour des costumes… On est très libres et c’est très gratifiant de travailler avec une telle liberté.

Comment vivez-vous le fait de vous retrouver autour de ce projet ?

Martin Dupont : Il y a un côté catalyseur à s’atteler à la même chose. On n'a pas été aussi proches depuis longtemps. Avant, on échangeait de façon très diluée, pas très investie, avec des « il faudrait » qui ne débouchaient sur rien. Là, quand on discute de ce projet, on parle de réalité concrète, et finalement on se rend compte qu’on ne s’est pas vraiment quitté. Notre amitié autour de la musique est toujours bien vivante.

Shlagga : C’est aussi touchant pour moi d’être témoin de la réunion du groupe. Certains membres ne s’étaient pas parlé depuis cinq ans… Chez nous, les membres de Metaphore sont soudés jusqu’à la mort. Alors de voir que ce genre de liens ne se défait pas au fil du temps, c’est à la fois rassurant et émouvant.

Cette collaboration devrait-elle se réitérer ?

Martin Dupont : On a répondu d’une seule voix pour accepter l’invitation de Simon, on lui fait entièrement confiance pour mener au mieux sa production. Mais notre participation n’est pas censée être autre chose qu’amicale et symbolique. On est ravi d’y participer, mais ce projet appartient avant tout à Shlagga, et notre rôle restera celui de l’invité. 

Shlagga : Il n’est pas non plus prévu que je rejoue Martin Dupont dans d’autres sets. C’est un projet exclusif, juste pour le Bon Air.

Shlagga jouera donc Martin Dupont sur la scène du Cabaret Aléatoire le samedi 2 juin 2018, lors du festival Le Bon Air. Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site de l'évènement.