Photo en Une : © Risk Party


Le collectif Risk se voit comme le « missionnaire de la musique électronique » à Dijon, et souhaite « emmener les musiques électros partout, et surtout là où on ne les attend pas ». Nicolas Giller, l'un des fondateurs du festival SIRK, nous parle de son festival printanier dans la ville des ducs de Bourgogne.

Présente-nous ton collectif, le Risk : qui êtes-vous et que faites-vous à Dijon ?

On est un collectif d'une dizaine de personnes, avec des professionnels intermittents et aussi des DJ’s amateurs, aidé aussi – largement – par des bénévoles pendant nos gros événements. Pendant le SIRK Festival, on a par exemple la chance d'avoir une cinquantaine de bénévoles qui nous suivent toute l'année et sont impliqués dès le début du projet, dans la prog’ aussi. Le festival SIRK est notre plus gros projet depuis 3 ans. En le créant en 2015, on a rempli ce qui nous apparaissait comme un trou dans le paysage culturel de Dijon. On essaye de faire reconnaître cette culture électronique dans différents milieux, comme lorsqu'on a fait des ateliers dans des maisons de retraite, ou tout au long de l'année dans les Maisons de la jeunesse et de la culture. On est un peu des missionnaires de la musique électronique en fait : on veut emmener les musiques électros partout, et surtout là où tu ne les attends pas !

Comment a été accueilli votre projet de monter le premier festival de musique électronique à Dijon ?

Pour nous, le festival et sa durée sont assez symboliques, avec 9 événements étalés sur quatre semaines, on a voulu montrer qu'on peut aussi faire la fête pendant un mois à Dijon ! On est beaucoup en contact avec les pouvoirs publics, et notamment avec la mairie de Dijon, qui nous soutient. Les musiques électroniques sont inscrites dans le programme de la mairie comme un acte culturel à part entière, donc les portes sont assez ouvertes à nos projets. Même si on nous freine aussi un peu.

Quels freins rencontrez-vous ?

C'est assez rare, mais ça vient souvent d'une tentative un peu folle de notre part ! Quand on se retrouve dans les bureaux de l'adjointe au maire, on nous dit un peu : « Ohlala les garçons calmez-vous, on n'est pas à Berlin ou à Bruxelles ! Mais on va voir ce qu'on peut faire... » C'est vrai que parfois on abuse, intentionnellement, surtout lorsqu'on demande des choses comme… Le bureau du maire pour faire des soirées ! Mais à vrai dire, on a déjà fait des soirées dans les salles de la mairie, et aussi sur les places centrales et dans les halles du marché. On a fait aussi des opens-airs dans un parc, dans le centre-ville. On a fait par exemple des Silent Disco déambulatoires dans les rues de Dijon : on se posait sur des places et les gens dansaient avec des casques et pouvaient changer d'ambiance musicale entre les spots.

Les lieux dans lesquels vous aimez faire la fête sont souvent inhabituels et sortent du cadre traditionnel du club.

À Dijon on est confronté à un souci : nous n'avons pas de lieu qui programme réellement de l’electro au jour le jour. On va avoir un peu d’electro à la Péniche Cancale et à la Vapeur, mais il n'y a pas vraiment de club qui ait une identité catégorisée house ou techno. On y organise tout de même des événements, car ce sont des lieux emblématiques pour notre collectif, comme pendant le festival, où on va à la Péniche Cancale le vendredi 13 avril, et à la Vapeur le samedi 21 avril. Mais pour le reste, on a décidé de trouver nous-mêmes des lieux et de construire des choses plus originales.

Présente-nous les lieux insolites que vous avez décidé de choisir pour cette troisième édition du SIRK Festival.

Tout d'abord, l'ouverture du festival se fera au Cellier de Clairvaux le mardi 3 avril. C'est un ancien cellier qui conservait du grain et du sel au 17e siècle. C'est une cave voûtée qui fait 2-3 mètres de haut, avec de vieilles pierres. Un beau lieu chargé d'histoire. Puis il y a aussi le Boulodrome, où on fait la fête depuis trois ans déjà. C'est donc un boulodrome municipal, un grand hangar avec du sable au sol. L'après-midi, on peut jouer aux boules, au molki, boire un coup et il y a de la musique. Il sera ouvert à partir de 15h, avec une atmosphère plutôt familiale, et c'est gratuit jusqu'à 16h. À partir de 18h, à l'heure de l'apéro, ça change un peu d'ambiance. Les familles commencent à s'en aller, les potes avec des enfants s'en vont, puis les mecs qui sont là pour faire la fête arrivent. Le Boulodrome, ça donne une ambiance différente de celle d’un club. Il y a un peu de poussière avec ce genre de sol, donc ça fait plus penser à une ambiance festival.

Pour la troisième édition, vous avez même réussi à avoir l'aéroport.

Oui ! On y travaillait depuis la première édition à vrai dire. C'étaient des grosses négociations, car c'est assez compliqué étant donné que c’est une ancienne base aérienne militaire, qui a changé d'activité en un aéroport civil, mais dans lequel les transports aériens sont surtout des lignes de jets privés ou des vols sanitaires. Il a donc fallu négocier pour avoir accès à ce lieu, car il faut un peu bloquer ces flux pendant quelques heures.

Nos soirées des vendredi 6 avril et samedi 7 avril vont avoir lieu dans une hangarette – là où ils mettaient les mirages – qui est utilisée aussi le reste de l'année par des artistes qui y ont leur atelier. L'architecture du lieu est assez atypique, car c'est un demi-tube. Du coup, on va jouer un peu sur la carte du minimalisme de ce genre d'endroit et mettre ce côté un peu improbable en avant. On est assez heureux d'occuper un aéroport pour cette troisième année, car c’est pas mal dans l'ambiance du moment, où tout le monde essaye de sortir des clubs et de prendre plus de liberté.

Vous programmez aussi deux soirées en « lieux secrets ».

Ce sont des lieux prêtés par la mairie, en centre-ville, comme des hôtels particuliers ou le salon d'un hôtel particulier. On fait ça en « lieu secret », car ils flippent un peu de la fréquentation, du coup on fait ça par réservation puisqu'on est sur des jauges de 100-150 personnes. Même si c'est le mardi soir, ça nous est déjà arrivé de nous retrouver à 400 ou 500 personnes, donc ce n’est pas trop possible dans ce genre d'endroits.

Vos événements se déroulent dans des lieux qui n'ont originellement et historiquement rien à voir avec les musiques électroniques. Pourquoi investir ces lieux aujourd'hui ?

Notre idée, c'est de transformer un lieu qui n'est pas du tout fait pour la fête, à la base, en un lieu festif éphémère. Notre argument avec la ville de Dijon, c'est de leur dire : « Vous avez du patrimoine et c'est dommage de le montrer seulement le 14 et 15 septembre pendant les journées du patrimoine. Nous, on a un public et on vous propose de matcher entre les deux. » On bosse aussi avec le service des musées pour qu'ils ouvrent leurs portes. Ça fonctionne petit à petit, c'est un travail de longue haleine. Au départ, quand t'arrives devant une conservatrice de musée et que tu lui dis : « Bon, on va faire de la techno dans la salle consacrée aux arts grecs », elle te regarde avec des yeux bizarres. Puis un an, deux ans après, elle a eu des échos de toi et elle sait que c'est du sérieux et que ça marche !

Quel genre de public vous suit dans ces endroits et quel public visez-vous ?

Le festival durant presque un mois, avec 9 événements, on a le temps et les possibilités de voir assez large. On programme à des moments et des endroits différents justement pour pouvoir attirer un maximum de personnes. Par exemple le mardi soir à l'heure de l'apéro, on sait qu'on aura une population plutôt de trentenaires ou de commerçants qui ont envie de se détendre après le travail, en mode afterwork, alors que lorsqu'on programme une soirée de 23h à 6h, là on est plutôt sur des jeunes qui peuvent avoir jusqu'à 35 ans. Puis la journée, c'est souvent des familles, des gamins et des grands-parents. Donc ça va de 2 à 65 ans. On essaye de mettre en avant que l'époque des musiques électroniques où c'était « la musique du diable », avec l'ecstasy, etc., est révolue. On veut montrer qu'on peut proposer à tout le monde se de réunir autour des musiques électroniques.

Du coup, vous proposez quel type de programmation pour appuyer ce désir ?

On essaye de donner une couleur à chaque soirée. Pour l'apéro au Cellier, on a programmé Feadz, car voulait quelque chose de très éclectique. Le vendredi 6, avec Manu le Malin à l'aéroport, ce sera une vibe assez techno, mais sans atteindre non plus du hard-core, étant donné qu'il fait The Driver. Le live de Voiski sera aussi très techno pour cette soirée-là. Le lendemain, samedi 7, on sera plus sur des vibes house et minimal avec James Dean Brown et avec Alex et Laetitia Katapult. À la Péniche Cancale le vendredi 13 on va être sur de la house, mais limite garage, car ce sera très chanté avec Paul Cut et Fabzeu – résident du collectif. Le samedi 21 à la Vapeur ce sera plutôt house et techno, classique. Et puis dans le Boulodrome, les deux derniers jours, ce sera plutôt orienté house, avec différentes teintes bien sûr.

Comment avez-vous présenté votre projet aux artistes ?

Ce sont pas mal de démarches, pas toujours faciles. On connaît la plupart des artistes souvent, parce qu'on a déjà bossé avec eux, notamment Alex Katapult. Et sinon, les jeunes sont assez accessibles. En termes de têtes d'affiche, c'est plus compliqué. Disons qu'il n'y a plus aucune différence qui est faite avec le promoteur qui est en face. C'est-à-dire que moi, des managers vont me vendre un artiste comme si j'étais un mec d'Ibiza, comme si je faisais mon entrée à 50 € et que je me faisais 20 € sur le verre de vodka. Donc du coup il faut leur expliquer que nous on ne met pas l'entrée au-dessus de 15 € parce que sinon personne ne vient, et qu'on vend de la bière à 3 €. Donc, me demander 20 000 € pour un DJ alors que je mets 800 personnes dans ma salle, ce n’est pas possible. On veut rester un festival à taille humaine. On veut être accessible et discuter avec les artistes.

Depuis 3 ans de festivals dans des lieux insolites, il n'y a jamais eu de problème ? Pas de boule de pétanque qui atterrit sur les machines ?

Non, mais je touche du bois ! On a échappé à ça. Surtout après l'histoire du mec qui pétait des iPhone avec des boules de pétanque – c'est une vidéo qui tournait pas mal sur le web –, car c'était à Dijon !

 

Pour plus d'informations sur le programme, rendez-vous sur la page Facebook du SIRK Festival.