Photo en Une : © Paco Tyson

Laurent Garnier, Ricardo Villalobos, Steffi pour le premier soir, Ellen Allien, Robert Hood et Karenn pour le second. Le festival Paco Tyson, qui se déroule entre Nantes et Carquefou sur le site Chantrerie, a voulu frapper fort au niveau de sa programmation 2018. 100% électronique mais autant ouvert à la techno, qu'à la house et à la trance, le festival nantais veut fédérer tous les publics de sa ville. Et sa scène, puisque l'on retrouve également à l'affiche les DJ's des collectifs qui dynamisent la nuit de la ville de Loire-Atlantique.

Discord et C.H.I.C.H.I., les deux organisateurs du festival, la connaissent bien, cette nuit. Les années fastes comme les trous d’air. Aujourd’hui, ils savourent une concurrence saine entre tous ses acteurs. Une synergie qui permet à chacun de ne pas marcher sur l'autre, et à un festival aussi ambitieux que le Paco Tyson de prendre forme.

A quel point la première édition vous a-t-elle aidé dans l’organisation de cette deuxième ?

Discord : c’était une super première édition, on avait fait beaucoup d’événements avant, mais là c’était un gros challenge avec une jauge à 5 000 personnes par jour. On a réussi à remplir les deux soirs et surtout nous n'avons eu que des bons retours du public. C’est bien, parce que parfois tu peux oublier des choses dans une première. Pour la deuxième, ça nous a aidé pour booker des artistes. Et la différence, c’est qu’on grossit un peu, on va passer à une jauge à 8 000 au lieu des 5 000 de l’année dernière. Il fallait qu’on accueille plus de monde.

C.H.I.C.H.I. : aujourd’hui, quand on veut booker un DJ à Nantes, c’est plus facile parce que tout le monde sait où ça se trouve. Il se passe des choses tous les week-ends. Pour notre festival, ça a facilité les choses de voir que c’est sérieux.

Quelle a été l’idée première pour la programmation ?

Discord : Ce qui a plu aux gens l’années dernière, c’est qu’on est parti dans tous les styles avec de la house, de la techno, de la trance et même du hardcore. Tu as des types qui sont venus pour Ben Klock et qui ont pu aller voir ce qui se passait sur la scène trance. Pour la deuxième, on a décidé de choisir des grosses têtes d’affiche dans tous les styles, on voulait taper fort. Laurent Garnier, Ricardo Villalobos le vendredi soir, c’est un plateau inédit. On ne voulait pas proposer ce que fait tout le monde. On veut être dans l’opposé du festival élitiste pour bobos nantais et faire découvrir des scènes trance à un public qui n’y serait pas forcément aller de lui-même.

C.H.I.C.H.I. : c’est ça la force du truc. On ne voulait pas rester dans le schéma exclusivement house et techno, qui marche bien. De toute manière, à Nantes, on le voit bien, les kids adorent aussi la trance et la plupart des soirées sont sold-out. On se devait de tenir compte de ce public là aussi.

"Pour l'édition 2019, on va devoir trouver un nouveau lieu"

Vous avez eu le droit à des subventions étant donné que c’est votre deuxième édition ?

Discord : la mairie de Nantes ne nous ont pas aidé directement financièrement, mais ils nous ont prêté du matériel et nous ont fourni le terrain. Ils sont derrière nous. De toute façon, on a clairement envie de ne pas se reposer sur les subventions. On ne veut pas compter sur quelque chose qu’on ne maîtrise pas, donc on a limité les demandes. 

C.H.I.C.H.I. : il faut rendre un hommage appuyé à Thomas, notre banquier. L’année passée, on est allé le voir avec notre dossier du festival. Et il n’y a pas plus bidon que ça pour défendre un projet pareil. Heureusement, il nous connaissait, il sortait régulièrement en soirée et a senti le potentiel que pouvait avoir le festival. Il connaissait bien la ville et l’engouement que ça pouvait engendrer. On lui a demandé une somme et il a pu la débloquer en deux semaines. 

Vous n’avez pas eu de problèmes avec les riverains sur la première édition ?

C.H.I.C.H.I. : le festival est entre Nantes et Carquefou, mais bien plus proche de Carquefou. Nous n’avons pas eu d’échange avec la mairie et elle a été un peu surprise de ne pas avoir été prévenue. C’était un couac global. On a aussi fait des lettres pour prévenir les riverains mais on en a pas fait assez, si bien que plusieurs centaines de foyers n’ont pas été prévenus. Pour la deuxième édition, on va faire des milliers de flyers pour avertir la population.

Discord : on a eu quelques plaintes mais ce n’était pas si dingue que ça. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a eu le droit de le refaire une deuxième fois au même endroit. Par contre, pour l'édition 2019, on va devoir trouver un nouveau lieu, car même si la mairie de Nantes nous soutient, une élue est vent debout contre nous. Ca va être un sacré challenge de trouver un nouveau lieu pour accueillir autant de personnes car comme dans toutes les grandes villes, c’est compliqué. J’organise aussi des soirées avec Sweat Lodge et plus ça va, plus on est obligé de s’éloigner de la ville.

Mis à part les quelques grands noms, la programmation est très pointue. Vous avez toujours eu un public de connaisseurs à Nantes ?

Discord : depuis quatre, cinq ans, il y a une intensification des soirées. Il y a une augmentation du public, qui a été bien éduqué. A Nantes, il y a plein d’artistes peu connus qui sont passés et qui ont rempli des salles. On est dans la scène depuis longtemps mais on ne connait parfois que vaguement certains artistes qui passent. Ca nous force à aller choisir des artistes plus pointus, il y a une idée de cercle vertueux derrière.

C.H.I.C.H.I. : surtout que la majorité des clubs à Nantes proposent des soirées de musique électronique. Si t’es étudiant à Nantes et que t’aimes pas ce style musical, tu ne sors pas beaucoup. Les soirées sont très pointues et je ne connais quasiment pas de soirées dans le coin avec des gros DJ’s qu’on a déjà vu 50 fois. Tu ne verras jamais une soirée avec un DJ dance un peu neu-neu.

"Si t'es étudiant à Nantes et que tu n'aimes pas la musique électronique, tu ne sors pas beaucoup"

Vous avez aussi voulu mettre en avant beaucoup d’artistes locaux.

C.H.I.C.H.I. : Hors des artistes internationaux, on veut représenter Nantes. Il y a plein de mecs qui ne sont pas mis en avant, qui sont super bons artistiquement et qui se défoncent. On ne veut pas faire les papas, mais c’est important pour nous de les mettre en avant dans un festival de leur ville. On a organisé des tremplins et j’ai décidé de refuser les mix de mes potes. J’ai découvert quelques mecs qui sont super bons, qu’on ne voit jamais nulle part, parce que les mecs ne jouent que dans leur chambre. 

Discord : avec la diversité des styles, avoir des artistes locaux était l’axe principal de réflexion pour la programmation. On a décidé d’inviter tous les crews qui font vivre la musique électronique à Nantes. Tout le monde peut participer, même si c'est nous qui organisons. C’est important, entre organisateurs d’événements, on est tous potes.

C.H.I.C.H.I. : on ne se force pas, ça se fait naturellement, c’est vraiment sain.

Comment expliquer cette relation saine ? Vous aviez un système d’agenda pour ne pas vous marcher sur les pieds entre événements, par exemple. Ce n’est pas le cas partout.

C.H.I.C.H.I. : aujourd’hui, on n’a plus d’agenda car il y a trop de soirées partout. Mais le fait d’avoir mis ça en place nous a permis de tous avancer. Maintenant, on fait attention naturellement à ne pas trop se marcher dessus. Et puis il y a tellement de public qu’on ne peut pas de toute manière.

Discord : je pense que ce qui a créé cette relation, c’est le fait que comme Nantes n’est pas une très grande ville, on se connaissait tous. On était plusieurs associations à faire des soirées au CO2, on se croisait, ça a créé une vraie synergie. Et puis, on faisait la fête ensemble, on allait aux soirées des autres. On n’a jamais boycotté les soirées des autres collectifs. Ca n’a pas toujours été le cas. Il y a plus de dix ans, c’était un peu plus la guerre que ces dernières années. Mais aujourd’hui, même les gens de Scopitone, l’autre festival de Nantes sont venus au Paco Tyson. Ils proposent eux-aussi un plateau électronique mais on ne se voit pas comme des concurrents. Ils ne sont pas sur le même concept, donc ça ne se télescope pas.


Il y a eu plusieurs rapprochement entre les collectifs de villes différentes comme BPM (Brothers From Different Mother, Positive Education et Metaphore). Comment vous vous situez par rapport aux autres villes ?

C.H.I.C.H.I. : on est très copains avec les gars d’Astropolis de Brest. On ne travaille pas directement avec eux mais quand on peut jouer là-bas ou s’inviter, on le fait. On essaie de faire un genre de Paco Tyson tour, toutes proportions gardées. On joue au Badaboum à Paris, au 88 à Rennes ou au Terminal à Lyon pour faire parler du festival. On profite d’avoir le Paco Tyson pour avoir des contacts un peu partout et les ramener à Nantes quand on peut.