Photo en Une : © Sami Janjer

Josey Rebelle n'aime pas être au centre de l'attention. Paradoxal pour celle qui a fait de son émission dominicale sur Rinse FM un rendez-vous immanquable des oiseaux de nuit londoniens. Bien établie dans la capitale anglaise, c'est tout naturellement qu'elle s'est retrouvée en 2010 aux platines de la toute première édition de Boiler Room. Invitée par des clubs comme Fabric, Panorama Bar, De School and Plastic People, ainsi que des festivals comme Outlook ou Dimensions, celle qui jongle avec les époques et les genres ne jouit pas de la même popularité en France. Une injustice qui ne saurait perdurer.

Salut Josey, quoi de neuf ?

J'ai hâte de jouer à Rennes ce week-end et surtout de partager la scène avec des artistes dont je n'ai jamais entendu parler : Sama' de Palestine, Zamilska de Pologne et Borusiade de Roumanie. J'enchaînerai ensuite avec ma dernière date de l'année au Magnetic Fields au Rajasthan, avant de prendre une petite pause. J'ai déjà joué en Inde en mai et je suis contente d'y retourner.

Comment décrirais-tu ta sélection musicale sur Rinse FM ?

Mon émission dure trois heures chaque dimanche, donc c'est l'occasion rêvée de jouer toutes les variétés de musiques que j'aime - du soul, jazz ou reggae à la house, jungle et techno. J'ai très rarement l'occasion de jouer tous ces genres en club ou en festival.

Peux-tu décrire l'esprit de Rinse FM ?

Rinse FM a commencé comme une radio pirate, mise en place par des jeunes de la classe ouvrière. Ils avaient faim de pouvoir diffuser leur musique dans tout Londres, malgré les risques. Aujourd'hui, c'est une station légale, mais j'ai grandi dans ce même environnement ouvrier en étant plongée dans la musique. C'est pourquoi cette faim et cette passion ont toujours résonné particulièrement en moi. C'est ça pour moi l'esprit Rinse, et c'est pour ça que je suis restée sur cette station. J'ai aussi la liberté de pouvoir jouer ce que je veux. Passer sur Rinse, c'est faire partie d'une famille, et c'est super que cette famille s'exporte en dehors du Royaume-Uni : quand je suis à Paris, j'essaye toujours de passer jouer un set sur Rinse France.

Comment a évolué ton show au fil des ans ?

Je crois que les prémices n'ont pas changé - je joue la musique que j'aime - mais maintenant que je dois remplir une émission de trois heures chaque semaine, je découvre une incroyable quantité de musique. Certains morceaux n'ont pas été publiés et arrivent dans ma boîte mail, certains viennent de sortir sur Internet ou en disque, et d'autres sont des classiques que je découvre sur Discogs ou dans des brocantes. Que la musique soit ancienne ou récente, c'est un sentiment incroyable de tomber amoureuse d'un morceau que tu viens de découvrir.

Qui as-tu rencontré qui a impacté ton émission ?

Il y a énormément de DJ's incroyables sur Rinse FM qui viennent de nombreux genres différents et qui m'inspirent. Dans ma propre émission, j'ai eu l'honneur de recevoir des légendes internationales comme Leroy Burgess, et mon chanteur de house préféré, Robert Owens. Mais j'ai aussi eu l'honneur de présenter quelques talents incroyables de chez moi, Londres : des producteurs comme Brassfoot, Tribe of Colin, Shy One et Ikonika.

Tu aimes sampler des messages engagés dans tes mixes. Comment la musique électronique peut-elle porter des messages politiques ?

Quand j'ai mis un sample d'Angela Davis dans mon mix pour l'équipe de Discwoman aux Etats-Unis, il y a eu des gens qui ont commenté que la musique et la politique devaient rester séparées. Pour moi, tout ce qui se passe sur cette planète est politique. J'ai choisi de m'exprimer en jouant de la musique, donc évidemment je suis attirée par la musique d'autres artistes qui ont aussi quelque chose à dire. J'ai grandi en écoutant de la soul, du reggae et du hip-hop dans lesquels des artistes comme James Brown, Nina Simone, Dennis Brown, Public Enemy et Queen Latifah faisaient toujours de la musique avec un message puissant. Mais il n'y a pas besoin d'avoir des paroles politiques pour avoir un message politique - à mon avis, des genres comme la jungle ou le grime sont politiques parce qu'ils sont l'expression de groupes marginalisés par la société. Oui, la musique y est l'élément le plus important, mais on ne peut pas ignorer le contexte politique dans lequel l'art est fait.

Josey Rebelle sera sur la scène des Trans Musicales de Rennes le 9 décembre prochain.