Photo en Une : © D.R.

Un rapide coup d'oeil sur les agendas nocturnes en atteste sans ambages : à Luxembourg, les musiques électroniques ont du mal à se développer. Pourtant, plusieurs collectifs se mobilisent pour tenter de promouvoir cette scène. Parmi eux, le label Lauter Unfug, a par exemple invité des figures de la tech house comme Nick Curly, Santé ou encore Mathias Kaden. On compte aussi Pitch Mouvement, un collectif plutôt house, techno, deep ou encore M a u v e, une autre team orientée house underground. Plusieurs organisations donc, mais pour une scène électronique quasi-confidentielle. Hugo HP s'active depuis 20 ans pour que la techno obtienne ses quartiers dans la capitale, où elle peine à trouver son public.

Quelle est l’histoire de la scène techno à Luxembourg ? 

Hugo HP : Au début des années 90 il y avait une douzaine de DJ's au Luxembourg, qui étaient plutôt orienté électro, new wave, trance… Les plus connus étaient Flower, Double P et Mad Mike. Vers le milieu des années 90, un DJ d'origine portugaise nommé Chich a commencé à organiser des soirées techno. Je l’ai rencontré par hasard à Bruxelles, au Fuse. On s'est bien entendus et depuis de ce jour, je pense que c'était en 1996, nous avons commencé à organiser régulièrement des soirées techno, dans les clubs qui acceptaient notre musique.

A travers la création de différents collectifs les soirées techno ont commencé à Luxembourg, on en a notamment organisé au fameux cafedelagare, devenu aujourd'hui le Lenox Club. Ça fait presque vingt ans qu’on tente de promouvoir la culture techno à Luxembourg et on a réussi à faire venir la plupart des grands DJ. Malgré ça, la scène n’a jamais vraiment évolué ; nos évènements ne dépassent jamais les 400, 500 personnes. 

Pourquoi cette scène ne s’est-elle pas plus développée ? 

Il y a plusieurs raisons. À Luxembourg il y a très peu d’universités et d’écoles, donc les jeunes ont tendance à partir à l’étranger pour poursuivre leurs études. On est aussi très proche de pays comme l’Allemagne, la Belgique ou la France qui organisent énormément d’évènements et de festivals. 

Quelle est la position des autorités sur le sujet ? 

On a fait plusieurs demandes, plusieurs démarches pour organiser des festivals, etc. C’est très compliqué à Luxembourg d’obtenir les autorisations nécessaires. Il y a beaucoup de concerts de rock et d’autres styles musicaux, mais lorsque les autorités entendent le mot « techno » ils imaginent souvent que ces soirées vont causer des débordements. C’est un pays très conservateur et il y a un manque d’ouverture d’esprit à ce niveau-là. Dès qu’un club va s’orienter vers la musique électronique, il y aura régulièrement des contrôles de police, des contrôles au niveau des autorisations, des papiers, etc.

Malgré ce manque de culture club, plusieurs figures de la techno ont joué à Luxembourg ? 

On a programmé Dave Clarke plusieurs fois, le 6 janvier on fait aussi venir Charlotte de Witte. Il y a eu Amelie Lens, Nina Kraviz, Len Faki… On a vraiment réussi à faire venir des grands noms, mais ça se passe toujours dans des soirées avec une ambiance assez intimiste qui ne dépassent pas les 500 personnes.  

Tu fais aujourd’hui partie du collectif WildSide, qui se cache derrière ce nom ? 

Il y a pas mal de bénévoles, des personnes qui veulent défendre avec nous la scène techno à Luxembourg. Sinon, le collectif est surtout dirigé par Mark Netty et moi-même. Avec le DJ local Pablo Discobar on possède également le label Deck Fat Records, créé il y a deux ans. Nous avons notamment prévu de sortir un album avec des tracks 100% luxembourgeois au début du mois de janvier. 

Quelles sont vos prochaines soirées ? 

Nos deux prochaines soirées sont au Lenox Club, le 27 octobre avec Dave Clarke, Ben Long, Nuke et le 1 décembre avec notamment le Français Oxia qui viendra jouer à Luxembourg au Lenox Club. Il y aura aussi l'Allemand Agent! ou encore Alberto Stocco.  

La suite du collectif, c’est quoi ? 

On va continuer de travailler et d’organiser des soirées en espérant qu’un jour la scène techno explose, ici, à Luxembourg. On espère pouvoir organiser des évènements avec 2 000, 3 000 personnes. Si on fait tout ça, c’est aussi pour que les gens découvrent ce milieu-là. Au final, ça fait vingt ans qu’on organise ce genre de soirées et ça se déroule toujours très bien, il y a rarement des complications, des débordements. C’est notamment pour ça qu’on a du mal à comprendre pourquoi la scène techno à Luxembourg n’a jamais vraiment eu l’occasion de se développer.