Photo en Une : Voiski © Tous droits réservés

À l'occasion du Red Bull Music Academy Festival, Voiski a imaginé une installation de 24 haut-parleurs pour présenter son œuvre entre drone, techno et downtempo. Mais avant ça, il nous a accordé quelques explications sur sa démarche et ses méthodes de composition, et dévoile l'album complet en avant-première.

Quel est le propos de Disconnections, Music for Clouds ?

C’est un disque de morceaux composés dans les avions, qui s'accompagne d’un livre de photographies. C’est un travail qui parle de ces moments d’ennui, de ces moments où je suis en attente et que j’essaie de rendre productifs. Au gré des tournées, j’ai découvert que pour être DJ il faut être patient. L’attente constitue 60 ou 80% de notre activité. On passe plus de temps à attendre dans les aéroports, les chauffeurs de taxi, à l’hôtel qu’à être sur scène. Au final, un live représente tout juste une heure de ma journée. 

Donc avec cet album, tu veux montrer ce qu’il y a autour de la création ?

Un peu, oui. Par exemple, j’ai cette photo que j’ai prise à la sortie d’un club dans un parking avec, au fond, une fille assise sur un banc en train de pleurer et de recevoir un texto. À ce moment-là je me sentais plus proche de cette personne parce que j’étais seul, il était tôt et je ne connaissais personne. J’avais envie de rentrer chez moi, la fête était passée. C’est juste un souvenir un peu étrange, une fin de soirée qui me marque plus que la soirée elle-même, laquelle ressemble à beaucoup d'autres soirées : je vais venir, faire mon concert, puis je vais repartir, prendre un avion pour jouer dans un autre club, etc.  Les soirées se ressemblent parfois mais ce qui les entoure est toujours un peu cinématographique. Jouer trois fois par week-end toujours un peu la même chose pourrait finir par rendre insensible. Du coup j’ai tendance à mettre en valeur les différences, c’est-à-dire le paysage et le cadre plus que les clubs eux-mêmes.

Derek's Neighbors, Edmonton © Voiski

En composant dans l'avion, tu tires donc profit des moments où tu parcours ce paysage.

Oui. Ces morceaux d’ambient étaient d'abord destinés à accompagner les live que j’allais faire. Dans l’avion, je fais tout sur l’ordinateur. Sans clavier, sans rien. C’est très différent de ma façon de produire, je suis toujours un peu dans l’urgence car quand le vol se termine, j’arrête. Pour l'album, je me suis donné comme consigne de ne rien retoucher dans la composition et la structure. Après je suis allé au Red Bull Studio Paris pour le le mixage de l'album avec de vrais instruments analogiques, consoles et effets. Mais globalement, les morceaux sont composés intégralement au cours de trajet, et ils sont nommés selon l’aéroport de départ et celui d'arrivée. Par exemple, Amsterdam-Berlin va s’appeler AMSTGL. Plus la distance est longue, plus le morceau est complexe. Le titre entre Sydney et Abu Dhabi est le plus complexe de l’album, il y a plus de structures rythmiques et d’éléments que dans les autres. Je n’ai pas vraiment passé 6 heures dessus car mon ordinateur n'avait plus de batterie, mais ça fait partie du jeu.

Escaping from the Crowd At Wave Festival © Voiski

Quand j’ai lu le titre Music for clouds, ça m’a tout de suite fait penser à Music for airports de Brian Eno. Il y a un lien ?

Je suis un grand amateur d’ambient, j’ai même écouté plus d’ambient que d’électro dans ma jeunesse. Ça fait aussi partie de mon background, même si ce n’est pas évident quand je me présente comme un DJ qui fait de la techno mélodique.

Music for airports était le premier album d’une série de quatre albums. Est-ce que ton LP va s’inscrire dans un projet plus long ?

J'y ai pensé. J’ai ce label que je suis en train de monter pour sortir cet album, Super-95, où je serai amené à développer des projets conceptuels. Mais je pense que cet album-là, je clos le chapitre sur les morceaux d’avions. 

(Disconnections) Music for Clouds © Voiski

Pour présenter cet album, tu as préparé une installation de 24 haut-parleurs. C'est une sorte d'orchestre ?

Quand il a fallu penser à présenter l’album, Red Bull m’a proposé de concevoir un acousmonium, un orchestre de haut-parleurs, à la Marbrerie de Montreuil. Ce sera une pièce ouverte dans laquelle on pourra déambuler, avec un projecteur de diapositive qui projettera les photos du livre. Il y aura peut-être aussi un petit moniteur sur lequel s’afficheront les titres des photographies, avec une voix de synthèse comme dans les aéroports. Ce ton robotique, agréable et cordial, mais un peu hypocrite. J’ai toujours été marqué par cette annonce très douce et positive qui dit « Mesdames et messieurs, nous vous informons que tout objet abandonné sera systématiquement détruit. »

Voiski présentera son album le 30 septembre prochain à la Marbrerie lors de la "Nuit à Montreuil" organisée par le Red Bull Music Academy Festival Paris. Toutes les informations sont disponibles ici. D'ici là, rendez-vous au Batofar pour le Beau Mariage de Voiski le 7 octobre, une soirée sous le signe de la techno expérimentale à laquelle il convie GONNO, HBT, Kartei, DJ Galaxy et Subversive aux platines.