Photo en Une : © Julie Oona

Comment est né le projet UTO

Émile : Il y a eu plusieurs phases. Tout d’abord la rencontre, qui ne correspond pas au moment où nous avons commencé à faire de la musique ensemble, ni à celui où l’on a décidé d’en faire un projet à part entière.

Neysa : On s’est quand même rencontrés dans une salle de concert.

Émile : Pendant un concert des Suuns à la Cigale. Neysa était ouvreuse et moi j’allais voir Suuns.

Neysa : C’était il y a quatre ans.

Émile : Et ça fait maintenant un an que l’on fait de la musique ensemble.

Neysa : Émile était déjà professionnel, il jouait dans plusieurs groupes et il en vivait. Moi je finissais mon master de lettres. J’ai toujours été mélomane et la musique a toujours été importante pour moi, surtout écrire des textes et des chansons. Mais je ne l’avais jamais fait sérieusement.

Emile et Neysa alias UTO © Basile Bertrand

Vous avez habité ensemble avant de monter votre groupe, cela a dû favoriser l’envie de créer un duo, non ?

Neysa : Du coup on s’est retrouvé dans un grand espace, avec le studio d’Émile au milieu du salon. Lorsqu’il a commencé à jouer tu penses bien que j’ai été bien embêtée pour écrire mes textes… Du coup on a dû mettre en commun… (rire) Et comme il n’écrivait pas de textes, ça tombait bien.

Et pourquoi ça a fonctionné ?

Neysa : Ça aurait très bien pu ne pas matcher… Je pense qu’il y avait cette place pour moi dans le projet. Une place pour une voix, pour des textes.

Émile : C’est vrai que je passe un peu tout mon temps à faire des sons, sans trop savoir pourquoi et sans viser un truc en particulier, ni être dans un cadre où je sais que ces sons vont exister. Donc effectivement travailler à partir des textes de Neysa a été une bonne façon de faire de la musique. Et c’est devenu un fil rouge.

Donc votre duo est complémentaire. Ce n’est pas l’un ou l’autre qui mène la barque…

Émile : Absolument. Neysa écrit ses textes et de mon côté je fais le son. Et on se répond complètement.

Neysa : Quelques fois j’ai déjà le texte et une mélodie en tête. Par exemple, "The Beast", je l’ai enregistré a cappella il n’y avait aucune instru. Dans d’autres cas, Émile me propose une boucle et j’écris un texte dessus.

UTO - The Beast

Émile : Sur "The Beast", en tant que musicien, j’ai travaillé sur ce texte de manière un peu innocente, presque naïve. Et du coup il en est sorti quelque chose de paradoxal, presque l’antithèse du texte de Neysa.

Neysa : Au départ c’était un guitare-voix très triste, et ces aboiements n’étaient pas des cris de joies mais de résignation, car il n’y avait plus rien à dire. Et Émile a complètement pimpé le truc. (rire)

C’est vrai qu’on ne ressent pas la tristesse au premier abord…

Neysa : C’est une chanson sur une histoire qui se termine. Un moment où il y a eu un rapport de domination et de soumission. Et dans cette fuite, je me suis dit "hé bien si je suis un chien, si je suis une chienne, je vais aboyer." C’était le plaisir de la libération aussi.

Et qu’en est-il de vos univers, musicaux et personnels ? Vous êtes un duo, ils doivent être différents…

Neysa : Je dirais que le mien correspond à des images. Mon père est Anglais, je suis Franco-Britannique, je crois que j’ai un rapport particulier à la forêt, qui est présente dans presque tous mes textes. J’ai un rapport à l’animalité aussi. Ce sont des images qui sont là quand j’écris et qui se mélangent à mes influences musicales.

Émile : J’ai plutôt une formation de jazz, je suis venue à l’électro en faisant de la musique sur mon ordinateur. Aphex Twin, tout le catalogue de Warp, Ninja Tune, R&S…

© Basile Bertrand

Neysa : Mes parents sont nés dans les années 50, et du coup j’ai beaucoup écouté la musique des années 60, 70. Je n’aimais pas du tout la musique électronique quand j’ai rencontré Émile. À l’inverse de lui, qui était à fond dedans. On a fait un grand écart, pour se retrouver début années 90 avec le trip hop, Massive Attack, Portishead... Ce sont des références que l’on a en commun. Je pense à Beth Gibbons aussi, qui a une intensité différente de la plupart de chanteuse, tout en étant très littéraire. Je n’ai pas une grosse voix, donc j'essaie de tendre vers ça.

Émile : Neysa a aussi tout ce background de musique folk, Sibylle Baier, Van Morrison…

Neysa : C’est lié à la campagne. Ce sont des gens qui te disent "je viens d’un bled paumé et je vais te raconter mon histoire." J’aime ce côté narratif et le côté sauvage, « je vais à la ville, mais ça ne va pas le faire... »

On en déduit que tu ne viens pas de Paris…

Neysa : J’ai grandi en face de la prison de Fresnes. Il y avait la prison, l’A86 et le onzième étage de ma tour HLM. J’ai passé 18 ans dans cette chambre à regarder cette ville-dortoir. Il faut composer dans ces cas-là, et tu t’inspires de ce qui t’entoure, ou de ce qui ne t’entoure pas.

L’univers carcéral est une bonne source d’inspiration ?

Neysa : Quand tu vis en plus dans une tour HLM tu prends conscience des gens, des pièces. La chambre occupe une place importante pour moi. Je suis assez solitaire et casanière. La prison, je l’ai probablement transposée en chambres.

"Un ami a fait écouter deux de nos sons à Pain Surprises un vendredi soir, le dimanche ils étaient chez nous."

Après "The Beast", qui est votre premier morceau, vous avez continué dans le trip-hop ?

Neysa : Dans notre prochaine chanson "Itch", la ligne trip-hop est beaucoup plus assumée, d’ailleurs je ne chante pas, je parle. On oscille entre une pop un peu sucrée, et ce côté trip-hop qu’on a gardé et qu’on continue à amplifier.

Comment s’est faite la rencontre avec Pain Surprises ?

Émile : On s’est rencontrés par l’intermédiaire d’un de mes meilleurs amis qui avait sorti un single y a un an chez eux, avec un projet qui s’appelle "Isabelle". Il leur a fait écouter deux de nos sons un vendredi soir, et le dimanche ils étaient chez nous.

Neysa : Ils ont débarqué à notre grande surprise. Et c’était hyper agréable.

Émile : Une chouette rencontre, très simple. On a pris un an pour se connaître, car je pense que c’est dans leur ADN de signer des artistes pour leur esprit et pas seulement pour la musique. Le fait est que ça a bien marché et aujourd’hui on est super potes.

Vous avez remixé le son de Jacques "Dans la Radio", vous pouvez nous le raconter ?

Neysa : Ca s’est fait dans la chaleur… (rire) Tu te souviens comment il faisait chaud ? C’était terrible. On est dans une galerie en verre, plein sud, il faisait au moins 40 et Émile me dit "Faut qu’on fasse une cover de Jacques…" Je crois qu’on ressent bien le côté caniculaire dans la chanson.

Émile : Etienne Pikkety de Pain Surprises m’avait appelé début juillet pour me dire qu’ils souhaitaient faire un album avec tous les artistes du label sur un son de Jacques. Le truc c’est que nous, on avait rien sorti encore, et la voix de Neysa étant très importante dans notre projet, il fallait qu’elle soit dans la chanson. Du coup, c’est plus une cover qu’un remix. Neysa n’aime pas chanter les chansons des autres…

Neysa : Je vais certainement m’y faire mais ce n’est pas évident au départ, ce n’est pas naturel.

Émile : Donc elle a ce timbre un peu saoulé dans la voix.

Neysa : Et le premier commentaire sur YouTube c’était : "Elle est sous Xanax ?" (rire)

Qu’est ce qu’il faut attendre d’UTO dans les prochaines semaines ou mois ?

Émile : Un EP va sortir chez Pain Surprises. On a plus d’une dizaine de tracks plus ou moins terminées. On aimerait bien tout sortir, mais ce n’est pas forcément la meilleure chose à faire. Il y aura aussi un clip.

Au fait, ça veut dire quoi UTO ?

Neysa : C’est un animal avec qui on a passé beaucoup de temps.

 

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