Photo en Une : © David Antunes

Votre nom de scène est un hommage au film Christine du réalisateur-compositeur John Carpenter. A-t-il influencé votre musique ? Est-ce votre principale inspiration ?

Oui, en effet, c'est en référence au film de Carpenter, autant pour la musique que pour l'univers "possessif" de la voiture jalousement amoureuse de son conducteur. Un rapport que l'on entretient également avec nos machines et nos instruments dans notre studio, au détriment de nos vies personnels. Mais finalement, Carpenter ne nous inspire pas tant que ça. C'est la référence facile pour le cinéma horreur-thriller, mais il y en a plein d'autres : Argento, Hooper, Miller, Kubrick...

Vous avez commencé en 2011. Comment avez-vous fait pour toujours rester dans votre style bien défini ?

Nous avons toujours eu une idée assez précise de ce que nous voulions faire. On a évolué et muri, on est moins sauvages qu'au début, mais on tient une certaine ligne de conduite, et au final je pense que ça nous sert. Bon nombre se sont cassé les dents à suivre les modes ; le risque est de se perdre et de perdre son public.

Pourquoi cette appétence pour le design et les sonorités des années 80/90 ?

Nous sommes des enfants des années 80, et des 90's, où il y avait une sorte d'apogée de la télévision et du cinéma. On osait des choses qui aujourd'hui n'existent plus. La création était riche et moins formatée, Schwarzy pouvait buter 100 mecs sans choquer personne, maintenant il n'y a même plus de gros mots dans les Marvel. Concernant la musique, c'est un peu pareil : des groupes comme Nirvana, Rage Against The Machine, Radiohead, ou même U2, n'ont plus d'équivalent aujourd'hui, on est beaucoup trop dans la consommation. Il y a un peu de nostalgie sûrement...

Quelle importance a l’esthétique dans votre musique et dans vos clips ? Comment la définiriez-vous ?

Nous avons toujours aimé le rapport de la musique à l'image, ça nous transporte immédiatement. Nous pensons tout de suite à des images lorsque nous composons, c'est sûrement pour cela que ça sonne "cinématographique". On a donc essayé de retranscrire cela dans nos clips. Nous avons travaillé avec des réalisateurs qui comprenaient notre univers, mais proposaient également leur patte, comme pour le clip "Howling Wave" (Alexis Benoit) et "Drama" (Florent Dubois).

Christine - Howling Wave (Official Video)

N’est ce pas un peu difficile de s’imposer quand on fait le pari du synthwave et revival 80's ?

C'est surement difficile de s'imposer tout court aujourd'hui, à moins de faire du consommable. On fait de la musique en toute indépendance et liberté, on a créé notre propre label et notre propre studio d'enregistrement, et nous sommes donc moins sous pression qu'avec un gros label. Il y a beaucoup moins d'intermédiaires qui viennent gratter leur part, du coup on s'en sort pas mal sans faire des millions de clics.

Comment vous-êtes vous rencontrés ?

Nicolas : À la création du groupe en 2010, je travaillais avec Stéphane, quelqu'un qui a une grosse culture funk. À partir de 2013, Martin traînait dans le coin et faisait le DJ un peu partout en ville, on est devenus potes et il faisait du graphisme pour nous, il m'a aidé a créer le label Mouton Noir Records et quand Stéphane est retourné faire de la funk, Martin a naturellement pris sa place.

Comment travaillez-vous à deux ? Que ce soit en studio ou en live.

On travaille principalement dans notre studio, Martin est sur toute la partie graphique, visuelle, vidéo et communication, et moi je m'occupe de la composition et de toute la production sonore. On s'apporte mutuellement du recul sur le travail de l'autre. Pour le live, une fois que j'ai créé la matière sonore, on la joue ensemble aux platines pour mettre le tout en place.

Nicolas et Martin DR / Christine


Qu’est ce qui vous rapproche d’artistes comme Atari Teenage Riot, Amon Tobin, Boys Noize ou We Are Match, que vous avez remixés ?

Ce sont des artistes dont nous apprécions le travail, qui ont su faire preuve de diversité dans leur musique tout en restant cohérents avec ce qu'ils aiment. Certains comme Amon Tobin nous ont beaucoup inspiré, et d'autres sont devenus des amis, comme We Are Match.

Boys Noize - What You Want (Christine Remix)


Selon vous, pourquoi avez-vous été choisis pour faire la BO du film Sam Was Here ? Comment avez vous procédé ?

On était en contact depuis un moment avec la boîte de production Phantasm/Vixens qui fait du clip/pub/film indé, et nous attendions le bon projet pour travailler ensemble. Ils nous ont présenté le réalisateur Christophe Deroo et le feeling a été instantané. Nous avons travaillé sur son film, et Phantasm a produit le clip de "Howling Wave" en parallèle. Win-win, comme on dit. Pour Sam Was Here, nous avons enfin pu travailler comme nous rêvions de le faire, composer à l'image. Les images étaient superbes, c'était génial.

Votre album Atom From Heart est sorti le 17 février. Qu’est ce qu’il représente pour vous ?

Nous sommes très fiers, c'est l'aboutissement de beaucoup de choses, de remises en question, d'introspection, de violence psychologique, d'amour et d'espoir. On voulait que tout ça ait un sens, que l'exercice soit cohérent et distingué, je crois que nous avons réussi. Et c'est aussi le moment où nous recommençons à jouer en live, après de longs mois en studio. Nous serons le 8 mars au Pop-Up du Label (Paris) avec les potes Greg Kozo et Verlatour. On a aussi une belle date avec Mr. Oizo le 15 avril à Lille.

J'aimerais que l'on discute de la scène de Rouen. Si vous aviez un tour d’horizon à faire faire à un ami qui ne connaît pas la ville, vous l’emmèneriez où, voir quels groupes ou collectifs ?

Notre culture locale est une culture mise à mal par des politiques avide de contrôle et de rentabilité. Il y a de moins en moins de lieux d'expression à Rouen comme en Normandie. Nous regrettons la mort Du Rock Dans Tous Ses États et de son association l'Abordage, nous avions un public à Évreux... Mais la Normandie reste une chouette région, il y a encore quelques lieux sympas (Le Vixen, le 3 pièces, le 106, Regular Shop, De bruit et d'encre...). On bosse nous-mêmes en collectif avec d'autres associations et dans le lieu d'art Le Hall, on essaie de mettre en avant la culture locale. C'est très important pour nous.

Si l'on devait définir la touche, ou la patte, d’un artiste de Rouen, quels mots vous viendraient à l'esprit ?

"Tu te la racontes beaucoup trop" (rire)