A quoi ressemble la vie d'un producteur techno anglais à Berlin ?

Shifted : Je suis à Berlin depuis cinq ans, j'y ai déménagé juste après mon premier album, mais le temps passe tellement vite. Et d'ailleurs, maintenant que j'y pense, ce sont des conneries : je suis là depuis bien six ou sept ans en fait !

Blawan : Moi, je suis installé depuis un an et demi. Je voulais bouger depuis longtemps, mais il a fallu que je me retrouve célibataire pour sauter le pas. Ce n'est pas tant que Berlin m'attirait mais Londres devenait insupportable.

Shifted : C'est effectivement une ville très dure. J'aime bien y retourner en touriste, mais y vivre me fout une putain de trouille.

Blawan : C'est « grime », tu ne peux pas y vivre librement, tu y es forcément prisonnier de fortes contraintes financières. Et puis socialement, c’était horrible : j'habitais dans le Nord, à plus d'une heure de mes amis.

Shifted : Je pense qu'avec Paris et New York, ce sont les endroits les plus durs du monde occidental. J'ai des amis à Londres qui ont de très bons jobs, et ils doivent quand même vivre en coloc à trois ou quatre !

Blawan : Moi, ce n'était pas mieux, étant donné qu'on vivait à quatre ou cinq, mais tous producteurs ou DJ’s ! Certes, c'était un environnement très stimulant car je vivais avec Pangea, Randomer, Joe et Kowton, tous des producteurs intéressants qui m'ont inspiré à leur manière. Cet aspect créatif et de partage était génial, ça semblait une bonne idée, mais rapidement, c'est l'aspect « vivre ensemble » qui a posé problème… (Tous deux éclatent de rire.)

Shifted : Quand t'as 20 ans, que tu aimes prendre des drogues, boire, et faire de la musique, ça va, mais à partir de 30 ans, quand tu rentres de tournée, retrouver des inconnus dans ton salon, ce n'est plus possible. Pas moyen que je revive ça !

Blawan : Aucun de nous deux n'a d'ami qui vit seul à Londres. Tu paies 1 000 euros par mois pour une petite chambre et le privilège de te faire emmerder chez toi ! Quitter Londres est la meilleure chose qui pouvait nous arriver.

Shifted : Berlin reste une grande ville, mais… Ici, comme à Stockholm ou Barcelone, tu réalises enfin toute la merde que tu te coltinais dans ta vie en vivant dans un endroit comme Londres.

“Mes trois premières années à Berlin, en rentrant de mes gigs le dimanche soir, j’allais directement au putain de Berghain pour décompresser ! Le problème, c'est que j'ai commencé à rentrer chez moi le mercredi d'après !” - Shifted

Blawan : Je peux le dire, j'ai carrément une histoire d'amour avec Berlin, mais c'est parce que je n'ai pas l'impression de vivre dans une ville mais dans un village. On a de la place, de la liberté, on est entourés de gens créatifs, on a l'esprit plus léger, tu peux sortir le soir sans crainte.

Shifted : Je ne me suis jamais senti menacé de quelque façon que ce soit, pas une seule fois, je n’ai même jamais vu de bagarre. Ce n'est pas la ville parfaite, mais y en a-t-il ? Je me suis récemment plusieurs fois posé la question de bouger ailleurs, élargir mes horizons, mais je me suis rendu compte que je me sentirais perdu hors de Berlin. Je changerais peut-être d'avis, mais retourner au Royaume-Uni, jamais. Après, ça peut-être à double tranchant : j'étais plus productif à Londres qu'ici, c’était comme si j'allais au taf tous les jours. Alors qu’à Berlin, il m'arrive de passer une semaine sans rien faire de particulier, mais c'est sans doute aussi structurellement lié au fait d'être plus sollicité. J’ai besoin de plus de temps pour moi.

Blawan : Effectivement, pas mal de gens viennent ici en pensant que ce sera bon pour leur carrière, et ils finissent par ne rien faire et se la couler douce. Il faut avoir un autre type de motivation à Berlin. Mais heureusement, alors que j’imaginais y retrouver une communauté de gens similaires à moi, on ne se voit presque pas car on a tous nos carrières de DJ’s. Au final, on ne se voit qu'en club !

blawan
Blawan


Shifted : Le seul endroit où tu peux être sûr de retrouver tous les week-ends une partie de cette communauté, c'est au coin d'un bar au Berghain, toujours en train de raconter les mêmes conneries et de prendre les mêmes drogues. Et pour être tout à fait honnête, mes trois premières années ici, en rentrant de mes gigs le dimanche soir, je faisais la même chose : j’allais directement au putain de Berghain pour décompresser ! Le problème, c'est que j'ai commencé à rentrer chez moi le mercredi d'après !

Blawan : Le cliché de Berlin, la ville qui ne dort jamais, c'est vrai ! C'est tellement facile de se laisser entraîner, car le lundi matin, tu n'es pas obligé d'aller au taf, car tu ne paies que 400 euros de loyer ! Et puis si t'as pris des trucs et que tu es dans un grand club sans fenêtre qui ne ferme jamais, ta notion du temps s’évapore… Il y a tellement de teufeurs autour de nous que tu mets un moment à te rendre compte que ce n’est pas forcément sain ou normal. Tu n’as jamais l'impression d'être marginal ou de faire quoi que ce soit de mal, pas de mauvaise conscience.

Shifted : Tu trouveras toujours facilement quelqu'un prêt à faire la fête et prendre des drogues avec toi ! J'ai juste mis trois ans à intégrer que ce n'était pas la meilleure idée.

Blawan : Mais c'est aussi une ville qui t'aide à grandir quand tu comprends ça. Avoir quitté la promiscuité d'une grande ville pour la retrouver dans le club ? OK, si c'est pour le taf, mais aujourd'hui, je chéris ma vie privée. Le regard des autres, l'opinion sur ma musique, même celle des amis, ça n'a plus autant de prise sur moi. Déjà, quand tu es producteur techno, tu as forcément une vie en marge de celle des autres : ta semaine est organisée à l'inverse de celle des autres puisque tu ne bosses vraiment que le week-end, tu as du matos partout, tout tourne autour de ça. C’est difficile avec tes amis et pour ta vie sentimentale, voire impossible. Accepter cela n'est pas chose facile. Mais si c'est vraiment ce que tu veux, Berlin t'en donne pleinement les moyens.

Shifted : Mais c'est vraiment Berlin qui veut ça, car si tu vas à Munich ou Francfort, c'est comme un autre pays tant les mentalités y sont différentes. Mais ça reste quand même d'une certaine manière une ville étrangère même pour nous, et c'est peut-être ce que nous y recherchons.

Blawan : C'est vrai qu'il y a beaucoup trop de techno qui se mord la queue, qui s'influence trop évidemment d'elle-même, et c'est un danger pour nous tous. Dans un environnement où j'ai moins de repères, c'est plus facile de me concentrer sur moi-même et mes intuitions.

Vos musiques respectives ont pris un tournant bien plus expérimental ces dernières années. Cela aurait-il pu arriver à Londres ?

Shifted : Je ne sais pas. Je le crois, mais en même temps, c'est vrai que je n'y produisais que de la musique pour faire danser… Si je sors depuis maintenant deux ans des tracks ambient, drone, noise, c'est parce que je ne trouvais plus amusant de produire de la techno, mais ça va par vagues, car aujourd'hui, c'est l'inverse, je prends plus de plaisir que jamais à composer des tracks purement dancefloor. Mais l'approche a changé : je trouve paradoxalement bien plus expérimentale la démarche de produire de la musique dancefloor, alors qu'auparavant, je cherchais peut-être à lui imposer des règles. Mais jusqu'à un certain point, c'est effectivement une discipline qui demande bien plus de compétences que dans la musique expérimentale.

“On passe donc notre temps à chercher une façon nouvelle de faire sonner un instrument déjà utilisé des millions de fois” - Blawan

Blawan : En toute sincérité, je n'en suis pas encore au même niveau d'abstraction que toi, mais je pense que malgré tout, notre créneau reste la club music, une discipline tellement cloisonnée et codifiée qu'il est très difficile d'y trouver une voie originale.

Shifted : Surtout en ce moment, car la techno arrive à saturation, et ce sont des détails quasiment infimes qui font la différence entre un son original et un son banal et redondant. Il doit y avoir un putain de millier de tracks techno qui sortent chaque semaine, et on utilise tous les mêmes instruments, les mêmes codes, c'est donc véritablement un art de l'infime variation qui donne rarement quelque chose d'exaltant. Quand tu envoies des promos et que tu reçois pour retour des « Yes ! Je peux utiliser ce track ! », cette démarche utilitaire fait presque froid dans le dos, car cela confirme que dans son immense majorité, cette musique n'est perçue que comme fonctionnelle : « Je vais pouvoir utiliser ton track dans mes mix pendant quelques semaines, et puis il sera ensuite jeté et remplacé par quelque chose qui y ressemble beaucoup… »

Blawan : Pour être tout à fait honnête, je suis moi-même souvent coupable de ça… (Rire.) Parce que quand je joue en club, j'ai souvent bu quelques verres, et il y a toujours ce moment de panique où tu ne sais pas du tout quoi jouer, et pan ! Ce genre de track à la rescousse !

Shifted : Oui, bien sûr, moi aussi, j’ai ce track qui va te donner cinq minutes de répit (rire).

Blawan : La plupart des DJ’s n'ont pas un record bag énorme, c'est aussi pour ça qu'on entend toujours un peu la même chose ! Mais aussi parce que ça marche. Tu finis par jouer beaucoup de tools juste parce que ça marche, et les tracks les plus intéressants finissent en after ou dans des podcasts.

Shifted : Mais je pense qu'il y a la place pour les deux. La techno est tellement populaire aujourd'hui qu'on se retrouve avec plein de gens qui ne devraient pas sortir de disques. Il n’y a rien de mal avec de la techno purement utilitaire, mais il n'y a presque plus que ça ! C'est devenu bien trop « cool » d'être producteur ou DJ techno, et ça attire justement plein de monde. Du coup, ça devient de plus en plus difficile de séparer le bon grain de l'ivraie.

Shifted



Blawan : Mais ça va changer. La techno existe depuis trente ans et il y a tellement de diversité entre Underground Resistance et… je ne sais pas moi, Rivet ? Forcément, les critères esthétiques dominants vont changer, et toute cette techno utilitaire va tomber en désuétude.

Shifted : Quand UR a démarré, ça correspondait à une époque où les progrès technologiques étaient gigantesques et réguliers. Moi, j'étais obsédé par la drum’n’bass, et j'entendais Optical ou Photek réinventer le champ des possibles à chaque maxi qu'ils sortaient. Aujourd'hui, nous n'avons plus droits qu'à des micro-avancées, mais elles n'en demeurent pas moins importantes ou intéressantes.

Blawan : À l'époque, les équipements n'étaient pas « standardisés ». D’un sampler à l'autre, il pouvait y avoir des différences énormes et la compréhension de ces instruments était également bien plus subjective. Aujourd'hui nous utilisons tous les mêmes outils qui possèdent tous des tutoriels YouTube, certains d'entre nous se sont mis aux synthés modulaires, mais même ça, la majorité est en train de se l'approprier d'une manière ou d'une autre. On passe donc notre temps à chercher une façon nouvelle de faire sonner un instrument déjà utilisé des millions de fois, et forcément, la chance compte beaucoup dans ces investigations.

Shifted : Tu prends un gars comme Mike Parker, c'est un peu comme le peintre Mark Rothko : c'est toujours la même chose depuis vingt ans, mais il a un sens inné de ce qu'il fait, qui transcende une forme balisée. Utiliser une TB-303 aujourd'hui ? C'est quasi impossible car tout le monde l'a fait et entendu depuis trente ans, mais c'est aussi le seul type de challenge qu'il nous reste, et c'est également ce qui fait la différence entre un « producteur » et un « artiste ». Je n'ai aucune forme de formation musicale et ça m’a dérangé pendant pas mal de temps, mais j'en suis aujourd'hui très heureux car je ne suis jamais concerné par des exigences techniques qui seraient contraignantes dans cette recherche d'originalité. C'est un mélange paradoxal de pragmatisme et de naïveté qui me garantit cette capacité d'investigation tout en conservant un souci d'efficacité. Après, le vrai talent réside peut-être dans la post-production…

J’ai commencé en faisant de la merde, comme tout le monde. La différence est peut-être que je n'avais pas de plateforme de distribution pour mes premières merdes comme on en a aujourd'hui.” - Shifted 

Mais cette réflexion et cette démarche ne sont possibles que grâce à votre expérience, et cette musique est traditionnellement une expression de la jeunesse.

Shifted : Oui, bien sûr, je ne peux pas me pointer face à un jeune producteur et lui balancer : « Laisse tomber ! »

Blawan : Je suis sûr que tu l'as quand même déjà fait (rire) !

Shifted : J’ai commencé en faisant de la merde, comme tout le monde. La différence est peut-être que je n'avais pas de plateforme de distribution pour mes premières merdes comme on en a aujourd'hui. Et du coup, ça manque de liberté : quand tout a une destination en amont, rien ne peut échapper à une fonctionnalité. Si je reconnais kiffer un bon tool, je préfère encore avoir la liberté de pouvoir profiter d'un track à ma façon, que sa fonction ne soit pas trop évidente.

Jamie (Blawan), cette fonctionnalité, tu viens de nous dire pleinement l'assumer, mais sur tes dernières productions – notamment pour le label de Guy –, ça ne semble pas évident.

Blawan : Aussi surprenant que cela puisse paraître, elles sont pourtant nées avec le club en tête, mais j'ai bien conscience que le résultat n'en laisse rien transparaître (rire). Comme tout ce que je fais depuis quelques années, tout est produit à partir de synthés modulaires, je cherche des textures, des atmosphères, des sons intéressants, et je « technoïse » le tout avec des rythmiques, c'étaient juste des « patchs » qui tournaient. Mais là, pour une fois, je trouvais que quelques structures « nues » que j'avais en travail fonctionnaient bien ensemble, et j'ai pour la première fois pensé que leur donner un contexte différent de celui du club serait intéressant. Je suis moi-même encore le premier surpris par ça, car ce n'était pas du tout la démarche initiale. C’est pour ça que je ne suis pas pour autant convaincu par le fait de qualifier cette musique d'expérimentale, même si elle y ressemble.

Mais alors, quelle différence y a-t-il entre sortir ses propres investigations de son son et un jeune producteur qui sort ses tout premiers track techno ?

Blawan : Touché ! (Rire) Mais en même temps, le marché n'est pas le même, et j'ai peut être plus besoin de caisse de résonance concernant ces nouveaux tracks que mes productions plus immédiates. Et puis au final, c'est peut-être juste un témoignage brut de l'essence de ce que je fais, si l’on considère les beats interchangeables, une manière de montrer que le moteur et le carburant sont singuliers. La plupart des mes productions sont des prises live, très spontanées. Là, il s'agissait plutôt de fondations, des fondations que j'ai finalement trouvées suffisamment élaborées pour se suffire à elles-mêmes.



C'est donc une volonté d'exposer la cuisine interne en quelque sorte. Alors pourquoi sortir ça sous un alias ?

Shifted : Honnêtement, c’est du marketing. Comme on le disait plus tôt, trouver un son personnel qui trouve un écho chez le public est un travail de longue haleine et particulièrement incertain. Pour une oreille profane, quelle différence entre Blawan, Randomer ou moi-même ? Je ne suis pas sûr de la réponse, mais présenter nos travaux les plus abstraits sous le même nom pourrait contribuer à diluer cette identité si difficilement acquise.

Blawan : Et puis, même pour ceux qui perçoivent les différences, un nouveau nom et un type d'artwork différents, ça permet, je l'espère, de redistribuer les cartes, d'éliminer les attentes esthétiques et structurelles, c'est une sorte de pacte avec l'auditeur : « Si tu n'aimes pas ça, ne juge pas le reste de la même manière, et vice versa. »

Shifted : Je fantasme complètement sur le fait qu'il y ait quelque part quelqu'un qui déteste viscéralement Shifted mais qui adore profondément la musique d'un de mes autres alias, sans savoir qu'il s'agit de la même personne. Vu que je viens de la drum’n’ bass [il fut précédemment connu sous le nom de Commix chez Metalheadz, ndlr], c'est d'ailleurs probable, et c'est d'ailleurs pour ça que pour mes premières sorties en tant que Shifted, personne n'était au courant. Je ne voulais pas qu'on puisse être en bien ou en mal influencé par ma précédente carrière.

Commix - Be True

Blawan : Voilà, nous sommes en fait très (trop ?) conscients de l'image qui est projetée de nous et des malentendus que cela peut engendrer. Un artiste techno est par essence un work in progress, mais ce concept n'est pas facilement intelligible par un public qui se définit trop souvent comme « fan ». D'ailleurs, c'est certainement un problème pour nos agents de booking qui préféreraient nous voir embrasser une image plus monolithique. La scène techno est particulièrement liée à la thune : le circuit des dates DJ ou des live est gigantesque et particulièrement concurrentiel, et sortir un disque de drone n'aide en rien ma carrière, au contraire. Quand ton alias devient établi, on essaye de te presser jusqu'à la moelle, et il faut savoir résister. J'ai ce projet avec Surgeon – Trade – qui tourne beaucoup. Mais puisqu'on n'a pas sorti de disque depuis plus de trois ans, c'est la question qui revient sans cesse, alors que dans l'absolu, quel est l'intérêt ? C'est un projet qui prend tout son sens dans le live ! Mais les bookers et les clubs ont cette abstraite exigence de nouvelles sorties, même si ton talent premier est le Djing ou le live, alors que par ailleurs, quelle que soit la qualité, presque personne n'achète de disques.

Trade - Positive Neckline

Shifted : Ça veut bien dire que même dans une industrie aussi underground que la nôtre, les décideurs sont là pour la maille et se fichent bien souvent du contenu, mais rien de surprenant à cela dans le monde dans lequel ont vit actuellement.

Mais avec Kilner pour toi Jamie, et puis les disques de Guy pour Hospital Production (le label noise de Prurient), cela vous ouvre forcément un nouveau public, d'autres types de festivals, non ?

Shifted : Oui, c'est très intéressant, même si je n'en ai pas encore beaucoup profité. Honnêtement, ça reste particulier : il y a un an, j'ai fait un concert dans une salle où les gens étaient assis, les lumières se sont éteintes quand je suis monté sur scène et tout le monde s'est tu. J'étais terrifié ! D'habitude les gens dansent, boivent, crient, personne ne fait attention, au mieux, ils remarquent juste quand un nouveau DJ débarque derrière les platines, et encore… Là, c'était juste un des pires moments de ma vie ! Mais rétrospectivement, j'ai adoré le challenge, lutter contre cet éternel sentiment d'être un imposteur : « Vais-je enfin être démasqué ? » (Rire.)

Shifted - Vacive [Hospital Productions 2016]

Cette lutte ne semble d'ailleurs pas dater d'hier chez toi.

Blawan : Oh mais chez moi aussi ! (Rire.)

Shifted : Même depuis le succès, je constate que si je suis tout à fait capable de faire ce que je fais, devrais-je le faire ? Suis-je bon ? Si tu ne penses pas ainsi, c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi ! Je suis constamment déçu par ce que je produis, mais c'est une étape nécessaire. Ce n'est que quand la musique est perçue par le public que je peux enfin la juger voir l'apprécier.