D’où vient le nom Chaos in the CBD ? Vous aviez envie de foutre le bordel dans les business centers ou de les détruire ?

Ben : Notre nom provient essentiellement du CDB, le Central Business District, le centre-ville ou quartier d’affaires où étaient installés tous les clubs d'Auckland. Tout le concept repose sur le fait que c’est là que nous sortions, nous bourrions la gueule et nous amusions.

Louis : Mais ça, c’était autour de 2008/2009. Depuis, le nom a perdu un peu de son sens pour nous. Maintenant, c’est vraiment juste un nom. Je crois que nous vivons plus à travers ces valeurs maintenant (rire). D’autant plus que nous n’y habitons plus.

Comment en êtes-vous venus au son ?

B : On a commencé à faire de la musique quand nous étions jeunes. Nous étions tous les deux dans un groupe de rock, si je puis dire. Cette expérience nous a permis de progresser énormément et de nous intéresser de plus en plus à la musique électronique. On a commencé à en écouter de plus en plus et finalement à en créer, en particulier de la house. C’est rapidement devenu notre sujet de prédilection, et ça l’est toujours.

L : Nous étions plus vieux que la normale lorsqu’on a commencé à s’impliquer vraiment. On était très férus de musique électronique française à l’époque, Justice, Ed Banger…. C’est par là qu’on a commencé et c’est de là qu’on a évolué.

© iambarnie.com

"On préfère le club au fait d’être debout, sans bouger, et regarder un groupe en se tenant le menton en mode intello..." 

@ Munich

Et pourquoi la house ?

B : On a toujours aimé l’ambiance du club, cela va avec le besoin de sortir avec nos amis et de se sociabiliser. Et je crois que pour nous, la house a toujours représenté ça. Cette musique est beaucoup plus un sentiment que quelque chose de palpable.

"Nous sommes plus dans une logique de retour et d’évocation des classiques de la house des années 90."

L : Je crois que c’est notre forme d’expression personnelle. Quand on sort en club, c’est le style de musique que l’on veut entendre. Je préfère ça au fait d’être debout, sans bouger, et regarder un groupe, en se tenant le menton de manière intellectuelle. Je veux plutôt me perdre dans la musique. C’est aussi une manière de s’évader du quotidien. Je pense que nous avons découvert la house à peu près au même moment où nous avons découvert le clubbing, car les deux vont juste naturellement ensemble.

On a l’impression que votre musique ne correspond pas aux standards du genre. Qu’est-ce qui rend votre musique si différente ?

B : Je ne dirais pas que notre musique est complètement différente des autres morceaux house, mais comme beaucoup d’artistes, nous donnons notre propre style à la house que nous faisons. Ce qui est logique. Je dirais que c’est peut-être plus émotif, plus deep peut-être, tout en étant percutant. Le groove a une place beaucoup importante dans ce que nous faisons.

L : Et nous sommes pas influencés par les modes actuelles, cela nous touche d’une manière ou d’une autre mais ne se ressent pas dans notre travail. Nous sommes plus dans une logique de retour et d’évocation des classiques de la house des années 90. Beaucoup des sons que nous jouons ou qui nous intéressent proviennent des 90’s. Tous ces tracks sont tellement intemporels… Et je crois que la musique que compose Beans [ndlr : le sobriquet de Ben] entre dans ce cadre. La house est une musique qui résistera à l’épreuve du temps, et c’est le message qu’on veut faire passer au monde.

Chaos In The CBD Boiler Room London DJ Set

Vous êtes frères, comment vous partagez-vous le travail ? Vous avez des rôles prédéfinis ? 

B : Je fais la majeure partie du boulot de composition, avec un set-up plutôt basique. Il y a beaucoup de sampling et on travaille avec quelques musiciens.

L : On va essayer d'intégrer plus de musiciens d'ailleurs, des vocalistes notamment, des choses plus organiques.

B : Et puis on ne peut pas toujours tout faire soi-même. Au bout d’un moment, je pense qu’il est important d’impliquer d’autres personnes et ainsi amener une nouvelle saveur.

L : Et il y a tellement de bons musiciens autour de nous, ce serait du gâchis de ne pas avoir recours à leurs talents.

Comment avez-vous rencontré French Fries, le DA de ClekClekBoom ?

L : C’est la magie des réseaux sociaux. C’était à l’époque de MySpace et nous étions très fans de lui, de Bambounou, et de tous ces Français de cette époque. On a donc engagé la conversation. Il est rapidement apparu que nous avions beaucoup en commun. Pas seulement au niveau musical : nous étions aussi le même genre de personnes. Nous avons eu l’opportunité de faire une tournée en France, en 2010. C’est aussi une des raisons qui nous a poussé à bouger à Londres, parce que nous avons rencontré beaucoup de nouvelles personnes, et nous avons réalisé qu’il y avait beaucoup plus d’opportunités en dehors de Auckland. Et nous avons gardé cette relation en France aussi. French Fries vit maintenant à Berlin et fait plein de projets différents, mais on reste en contact.

Chaos In The CBD - Rolling 84's

Sur votre dernier EP, on a l’impression qu’il y a des influences plus "tropicales" que dans vos productions chez ClekClekBoom par exemple. Pourquoi ce changement ?

B : Je ne dirais pas que c’est « tropical ». Je dirais que c’est plus percussif. Je ne sais pas si on a tellement changé, cela correspond à une volonté d’exploration plus profonde des éléments avec lesquels nous avons toujours travaillés. La percussion est toujours un élément avec lequel il est magnifique de travailler, parce que cela crée du groove, et c’est probablement quelque chose où nous sommes bons, au moins là-dedans (rire).

L : Quand nous étions chez ClekClekBoom, nous étions plus jeunes, tout était dirigé vers le club, et le son était un peu plus lourd.

B : Aujourd’hui, nous sommes un peu plus confiants qu’à l’époque, plus matures. On ne tâtonne plus, on est plus sûrs de ce qu’on fait.

Chaos In The CBD - Subterranean Storm

Vous rentrez d’une tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande. Comment se porte la scène électronique là-bas ? Y a-t-il un public réceptif ?

L : C’est probablement l’une des meilleures expériences que nous ayons vécues, parce que c'est notre pays, et même si nous avions déjà joué en Australie auparavant, y aller avec Rhythm Section… C’était tellement rafraîchissant de voir tous ces gens se déplacer pour nos sets.

B : Je crois que la scène a énormément grandi depuis notre époque.

L : C’est toujours très différent de Londres, dans le sens où les gens qui vont en club ne sont pas les mêmes et ils n’ont pas la même façon de se comporter. Melbourne, par exemple, a une scène solide. Aujourd’hui, vous pouvez organiser un événement le dimanche soir et remplir complètement la salle. Ca fait plaisir ! Il y a encore du boulot comparé aux lieux où nous avons joué en Allemagne, par exemple, mais on est sur la bonne voie.

Chaos In The CBD - Midnight in Peckham

B : Cette scène d’Australie et de NZ est très forte aujourd’hui, et ça ne va qu’en s’améliorant. Beaucoup d’artistes de différents coins du monde viennent y jouer et de plus en plus de gens sont passionnés par la dance music.

L : Une des raisons pour lesquelles nous avons quitté la Nouvelle-Zélande, c'est qu'n sentait qu’il n’y avait pas de place pour ce que nous voulions faire. Mais en y retournant, on a pu constater qu’il y a beaucoup plus de producteurs, de gens passionnés, d’organisateurs d’évènements, même si c’est toujours difficile de se faire de l’argent, ça ne les arrête pas !

Vous allez jouer un extended set au Djoon lors de la soirée Make It Deep, vous appréhendez-vous cet événement ? 

L : 3 heures… On a une petite idée de ce qu’on va faire, mais quand tu rentres dans le club, tout peut changer en sentant le mood des gens. Et on aime donner aux gens ce qu’ils veulent. On ne joue pas juste pour nous… Donc on va y aller avec une idée générale, on va préparer pas mal de disques, des choses assez diverses, histoire de pouvoir gérer quelle que soit l’ambiance. On aime toujours arriver un peu plus tôt avant le début de notre set, histoire de jauger un peu la vibe. On a hâte.

Les deux frangins de Chaos In The CBD se produiront au Djoon pour la soirée Make It Deep le vendredi 16 décembre. 

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