Photo en Une : ©Ghislain Mirat

D'où vient le nom The Pilotwings ? Du jeu vidéo du même nom ?

The Pilotwings : Le nom vient en effet du jeu vidéo Pilotwings 64 qu’on se prêtait enfants. Il y a une dizaine d’années, il est devenu très facile de télécharger des OST de jeux vidéo sur Internet. Celle de Pilotwings, composée par Dan Hess vers 1995, reste une de mes préférées. C’est du funk débile et de l’ambient très niais. À cause des contraintes de stockage, les compositeurs devaient coder des synthétiseurs puis insérer des lignes MIDI dans la cartouche.

Les jeux vidéo ont-ils été une influence majeure sur votre musique ?

The Pilotwings : Sachant qu’on est tous les deux nés au début des 90’s, les bandes-son de jeux vidéo sont notre library music : des morceaux d’illustrations ludiques, composés avec des moyens limités. Certaines nous ont marqués comme celle de Bomberman Hero, qui est de la jungle à 90 %, et dont on peut parler éternellement.

"Nos "roots", c’est la vie agricole bourguignonne, les fachos, l’ennui à la campagne et le rêve Internet."

Comment s'est faite la rencontre The Pilotwings / BFDM ?

The Pilotwings : Elle a été manigancée par les ex de Judaah et Guillaume il y a trois ans. On avait le même état d’esprit, des goûts complémentaires, on s’est tout de suite dit qu’il fallait faire un truc ensemble. Judaah était déterminé, il nous a mis un bon coup de pied dans nos gros culs bien grassouillets.

Judaah, lorsque tu as rencontré le groupe, qu'est-ce qui t'a le plus marqué dans leur musique ? Comment les as-tu conseillés pour obtenir un son abouti ?

Judaah : Quand j’ai rencontré les gars, ils m’ont fait écouter des sons plus proches de la tech-house, et je trouvais dommage et un peu simple de se lancer dans un label avec ce type de "son", surtout avec la culture musicale qu’ont les deux zigotos. Du coup, je leur ai simplement dit de faire de la musique pour eux, pas pour le public, de se faire plaisir, et surtout de s’amuser, et là est né Agorespace EP.

On ne va pas se mentir, BFDM et les artistes qui entourent le label commencent à avoir une aura internationale niveau dates et retombées. D'autant plus que BFDM a dorénavant une émission sur NTS Radio. Ma question donc : est-ce un parti pris d'avoir appelé le premier album du label Les Portes du Brionnais et jouer à fond la carte du terroir ?

The Pilotwings : Tu vois ces mecs qui te bassinent avec leur racines guatemaltaises, leur passé à Detroit ou le mur de Berlin ? Eh bien nous, nos "roots", c’est la vie agricole bourguignonne, les fachos, l’ennui à la campagne et le rêve Internet. C’est le néant, il n'y a rien à faire.

L'album des "Pilot" comporte énormément de courants musicaux. Comment en êtes-vous arrivés à composer ces types de son ? Quelles influences ont été déterminantes dans la création du disque ?

The Pilotwings : On a toujours composé des morceaux dans des styles très variés, mais on ne l’a assumé qu’à partir de Une Nuit au Boxboys sur Macadam Mambo. On est en permanence à la recherche de nouveaux disques et on se lasse très vite, surtout du format house/techno classique et consensuel. Plus que des hommages, notre musique est faite de défis personnels et de grosses marrades.

En studio, sur quels types de machines/logiciels travaillez-vous pour que cela sonne aussi bien ?

The Pilotwings : Pour l’album, la rythmique est assurée par le duo TR 707/TR 727, un module de batterie Pearl et des percussions diverses. Les synthés sont essentiellement le Korg M1, le DX7 et un Yamaha CS01. On a également utilisé des machines soviétiques comme le Polivoks (big up Couthier). Tout passe par l’ordinateur où l’on enregistre, mixe et triture les pistes.

Vous commencez à faire du live. Le passage du studio à la scène n'a pas été trop chaotique ?

The Pilotwings : En fait, le nouveau live s’est monté assez rapidement car on a pu travailler sur d’autres concerts l’année passée. La trame s’est construite naturellement et il reste de la place à l’improvisation, pour s’adapter au lieu.

The Pilotwings
Artwork de l'album "Les portes du Brionnais" de The Pilotwings

Parlons de cette magnifique pochette : après les artworks des précédents disques, comment vous est venue l'idée de celle-ci ? Personne ne vous attendait vraiment là !

The Pilotwings : Cela faisait longtemps que les pochettes de Wham! nous faisaient de l’oeil, et pour l’album, on voulait marquer le coup. Clément, le graphiste de BFDM, a été très enthousiaste et a organisé la séance en famille. Ca fait du bien de sortir de cette esthétique lo-fi/rave qui est devenue la norme.

Les premiers disques du label mettaient en avant principalement (on imagine) des Lyonnais : Labat, Pilotwings, J-Zbel, Hajj… Peu à peu, le catalogue s'est ouvert à l'international, comment se sont faites ces rencontres ? Privilégies-tu les artistes que tu connais déjà ou te plais-tu à aller chercher loin sur le Net ou ailleurs ?

Judaah : Etant lyonnais, à mes yeux, il va de soi de faire appel aux gens qui m’entourent, ça participe à la création d’une scène locale. Je l’ai souvent dit, je préfère faire appel à des petits producteurs, voire à des producteurs qui n’ont jamais rien sorti au préalable qu’à "des gros noms” qui en sont à leur 30e sortie, qui n’en ont rien à foutre de ta gueule et qui t’envoient leurs fonds de tiroir. Les artistes que j’ai sortis, je l’ai ai tous déjà rencontrés une fois. BFDM est un label familial avant tout, je me vois mal sortir un mec avec qui on échange uniquement par mail.

Lorsque l'on a parlé du renouveau parisien, les médias se sont empressés de parler de "scène" alors que l'on retrouvait dans le même sac des artistes techno, house et beaucoup de labels plus obscurs. Aujourd'hui, il y a une vraie émulation à Lyon et le terme de scène lyonnaise commence à se faire entendre. Vous sentez-vous appartenir à une scène ?

Judaah : Bien sûr, pour moi, si « une scène » regroupe plusieurs sous-genres, la base reste « électronique ». Peu importe que ça soit de la house, ambient, techno, acid, la base reste la même, Lyon connaît une vraie émulation, il y a plusieurs shops de vinyles, plusieurs soirées qui s’organisent, de plus en plus de producteurs, tout plein de labels… Ce qui se passe en ce moment est assez encourageant et prometteur !

The Pilotwings
©Clément Bertrand

J'ai entendu des rumeurs comme quoi Bambounou et Simo Cell sortiraient bientôt des disques sur BFDM Souhaites-tu confirmer/en parler ?

Judaah : Hahaha, les potins !! Non, ça ne me dérange pas d’en parler. Pour le coup, Bambi et Simon sont des gars que j’apprécie énormément, après faut voir ce qu’ils me proposent. Il faut savoir faire la part des choses, ce n’est pas parce que ce sont des potes que je vais m’empresser de sortir le premier truc qu’ils me proposent, ça serait hypocrite et je ne fonctionne pas comme ça. Je suis assez exigeant dans ce que l’on me propose, j’aime la prise de risque, l’innovation et que les mecs se cassent le cul, c’est important même pour eux ! Après, ce n’est que ma vision des choses...

Quels sont les projets du label ?

Judaah : Pour fin novembre, il y a Lastrack qui sort un EP Plan à 3 complètement barré, un mélange de trap futuriste, d’électro/ambient, un peu emo sur les bords, je suis bien content du résultat ! Ensuite ce génie de Basses Terres qui va sortir une tape en édition Limitée à 150 exemplaires, de la bonne zik de goth torturé comme je l’aime ! Et j’ai recruté un nouveau soldat, un Français exilé à Londres, ça sortira en décembre/janvier à voir… Et puis le meilleur pour la fin : mon petit Naulot, mais ça dépend de lui, quand il acceptera de prendre un bain avec moi, peut-être que l’on pourra enfin « travailler main dans la main »...

Souhaites-tu créer un studio etc pour proposer un vrai espace de travail pour les artistes ?

Judaah : C’est quoi un artiste ?

The Pilotwings