Bienvenue dans le monde conflictuel de M.I.A.. Un monde né au cœur de la révolution tamoule des 70’s, qui pousse sa famille à fuir vers Londres. De là, son mélange bizarre de hip-hop, de dancehall et de funk attire l’attention d’un certain Diplo. Elle suit le chemin vers la gloire en s’appuyant sur le tube planétaire "Paper Planes". Puis, tout est devenu compliqué. Aujourd’hui, M.I.A. vit de nouveau à Londres, son visa pour les USA n’ayant pas été renouvelé. Est-ce lié à ce majeur tendu à la NFL (la ligue de football américain) en plein Super Bowl en 2012 ? Cette année, on l’a vue se faire incendier sur les réseaux sociaux, d’abord pour son soutien à une campagne de H&M et ensuite pour avoir reproché aux défenseurs de la cause Black Lives Matter – et notamment Beyoncé ou Kendrick Lamar – de ne pas porter autant d’intérêt aux vies des musulmans et des Syriens menacées sur le Vieux Continent. Pour cette raison, le festival Afropunk de Londres l’a carrément virée de ses têtes d’affiche.

Au début de l’été, elle annonce à son label Interscope, filiale d’Universal Music, qu’elle est prête à partager gratuitement son album sur les réseaux. Et qu’il s’agira de son dernier disque sur une major. Entière et ultra-sincère – ce qui met ses attachés de presse et managers en panique – M.I.A. est-elle en guerre permanente avec le monde entier ? Allongée sur le confortable canapé en cuir d’un grand hôtel parisien, cet été, elle essayait de nous persuader qu’à 41 ans, elle voulait désormais « faire la paix ». On l'a presque crue.

MIA

Trax : Finalement, tu n’as pas leaké ton album. Pourquoi ?

M.I.A. : Non, je ne l’ai pas fait. Ce disque, je l’ai fait sans management derrière moi, je n’avais pas de pression, pas de label, pas de deadline, pas d’équipe. Une fois terminé, j’étais prête à passer à autre chose, à le sortir comme ça et à faire du M.I.A. Et puis Genneah (Genneah Turner, son agent et manager historique, ndlr) est venu m’aider sur le mastering. Je lui ai dit : « Voilà, je vous donne ça, je file. » Je ne voulais rien en faire…

Tu n’es donc pas vraiment en guerre contre les majors ?

Non, parce que de toute façon, je peux faire de la musique toute ma vie et la sortir gratuitement, la donner aux gens. Je l’ai fait auparavant, je le fais tout le temps. Même pour cet album, plusieurs de mes chansons étaient déjà sorties. C’est ma façon de faire les choses. Donc ce n’est pas comme ça que je les combattrai, ce n’est plus comme ça en tout cas.

"Mais je crois qu’ils ont besoin de moi, ce pays a besoin de moi ! Ils ont vraiment putain de besoin de moi."

Pourquoi as-tu dit que c’était ton dernier album sur une major américaine ? Parce que tu y es interdite de séjour ?

Heu… Oui. Je n’y suis pas retournée depuis deux ans.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi es-tu interdite de territoire aux États-Unis ?

Ça peut être beaucoup de choses. C’est peut-être parce que j’ai dit les mauvaises choses au sujet des mauvaises personnes. C’est peut-être… Je me suis battue pour la garde des enfants avec mon ex et pour venir fonder une famille solide en Angleterre. Comme je suis allée au tribunal pour partir des États-Unis, les Américains sont genre : « Maintenant, va te faire foutre, tu ne reviendras jamais ! » C’est que j’étais vraiment en mode « Laissez-moi partir ! Laissez-moi partir ! » (Elle éclate de rire mais retrouve vite son sérieux.) Tu sais, j’ai dépensé beaucoup d’argent pour quitter les États-Unis, parce que… Enfin, c’était une situation compliquée. En gros, j’ai dû rester là-bas pendant quinze ans, donc il a fallu que je me batte pour partir. C’est peut-être ce qui a entraîné tout ça. Donc ça peut être ma vie personnelle, ou bien ma vie professionnelle, c’est peut-être ces histoires de labels, ou encore la NSA (National Security Agency, l’agence de renseignement américaine, ndlr) parce que je dis tout le temps de la merde sur eux…

M.I.A. - Go Off

C’est peut-être ton doigt d’honneur à la NFL !

(Elle rigole.) C’est possible que ce soit la NFL ! Putain, je suis sûr qu’ils se connaissent entre eux, en plus. Je les imagine bien tous ensemble à une soirée entre train de se dire : « Cette connasse, qu’elle aille se faire foutre ! » (Elle explose de rire.) Mais je crois qu’ils ont besoin de moi, ce pays a besoin de moi ! Ils ont vraiment putain de besoin de moi.

MIA

La suite de l’interview à retrouver dans le Trax #196, déjà en kiosque.
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