Photo en Une : NS

« En tant que DJ, je suis passé de punk révolutionnaire à légende disco. Maintenant je fais les soirées Dinosaures du Rex Club ou je mixe au Salon du Vintage. La prochaine étape ? La soirée « vieux con » ! Je vais essayer d’y basculer le plus tard possible ! » Dans une pirouette et avec un certain sens de l’humour, Patrick Vidal assume son âge : il vient toute juste d’avoir 60 ans. Cela en fait l’un des plus vieux DJ's français. Mais il n’est ni usé, ni fatigué. On a l’impression qu’il se régénère la nuit tombée, qu’il se booste à l’énergie dépensée par les danseurs. Son secret ? « Je suis toujours passionné par la musique. Et cela depuis que j’ai 15 ans. J’ai cette envie de la découvrir et de la partager. La communion qu’il peut y avoir autour de la musique sur un dancefloor est quelque chose de magique. J’aime quand il se passe des moments de grâce sur la piste. Et le DJ a cette position unique de filtre entre les musiciens qui composent des morceaux et les danseurs. »

A la fin des années 1970, avant sa carrière de DJ, Patrick Vidal a été une légende du rock underground au sein du groupe new wave Marie et Les Garçons, dont le titre Rien à dire a refait surface dans la bande-son de la série The Get Down sur Netflix. Il y chante et tient la basse. « Nous voulions détruire les clichés rock and rolliens. Nous étions un groupe moderne, influencés par Devo ou The Residents. Nous étions aussi inspirés par le cinéma et nous pensions la musique d’un point de vue graphique, en concevant les textes comme des collages. Nous avons fabriqué notre monde à nous, très new-yorkais, mais sans connaître New York à l’époque. »

Marie et les Garçons - "Rien à dire"

Après cinq ans d’existence, une poignée de singles et un unique album éponyme, Marie et Les Garçons s’arrête. Patrick Vidal part alors habiter à New York de 1980 à 1982. Cette ville rêvée, cette ville fantasmée. « J’y ai vécu de mes droits d’auteur. Je sortais, j’allais voir des concerts. Beaucoup de funk, de soul et de disco. Roberta Flack, les débuts de Prince. J’allais à l’Apollo Theater. Et je suis rentré car j’aime quand même la vieille Europe. » De retour en France, il débute sa carrière de DJ, derrière les platines des Bains Douches, puis du Palace. « J’étais résident. Je mixais toute la nuit, de 23h à 7h du matin. Cela permettait d’offrir un vrai voyage aux danseurs, d’avoir un partage intense. A l’époque, je naviguais entre soul, disco, les débuts du hip-hop et de l’électro et des nouveautés anglaises, cold wave ou synth-pop. » 

Aujourd’hui, Patrick Vidal passe toujours derrière les platines, que ce soit chez Maxim’s (pour les soirées Bizarre Love Triangle) ou aux Etoiles (pour les soirées Madame Klaude). Il occupe aussi ses semaines en étant directeur artistique au restaurant bar branché L’Alcazar : « J’y choisis les live et je recrute les DJ's. » Mais surtout, cet oiseau de nuit est un infatigable passionné de musiques qu’il aime partager : « Du disco bien sûr, mais aussi de la new wave, de la techno acid et de l’électro. Je peux même aimer des productions dark comme celles de Louisahhh. Je suis la preuve vivante que l’électro n’est pas une musique réservée aux jeunes ! »

Patrick Vidal @ l'Ambassade - Difu 5 Years Party #2

En matière de musique électroniques, Patrick Vidal s’y connaît d’ailleurs plutôt bien : après avoir défriché la new wave avec Marie et Les Garçons, il a été un pionnier de la house en France. En 1990, il fonde le duo Discotique avec Christophe Monier (futur The Micronauts et Impulsion). L’unique maxi de Discotique (Sexe) sera la première référence de Rave Age Records, souvent considéré comme le premier label techno/house français. « Dans les années 1980, Christophe Monier m’avait contacté pour que je produise le duo électro-pop Olga Volga qu’il faisait avec Christophe Conte, aujourd’hui journaliste aux Inrocks. Plus tard, nous nous sommes recroisés au Virgin Megastore. Nous étions les seuls à avoir des disques de house sous le bras : nous avons décidé de faire de la musique ensemble ! » 

Discotique - Sexe Dur

Dans son parcours discographique, Patrick Vidal est difficile à suivre. Il participe en 1983 à un album d’Octobre, groupe composé d’ex-musiciens de Marquis de Sade. Puis, la même année que le maxi de Discotique, il sort son premier album solo, Histoires d’aventures. Un disque au charme pop porté par le single « Six AM ». Puis, il lance l’aventure Sūtra, avec Thomas Bourdeau et un certain Mirwais derrière la console d’enregistrement. Un unique album en 1998, Suicide Sūtra, est signé en Angleterre sur le label Other.

Sutra - Suicide Sutra

Marie et Les Garçons font encore parfois des apparitions scéniques sporadiques, jusqu’au décès de Marie Girard en 1996. Tout comme Les Garçons, la version sans Marie. Récemment, son nouveau groupe se nomme A Boy Called Vidal. Avec cette formation, le chanteur aime toujours revisiter, avec élégance, le répertoire de sa formation seventies.

A Boy Called Vidal : Re-Bop (live)

Et entre deux concerts, Patrick Vidal fait du sound design pour des défilés ou des showrooms. Et, la nuit venue, il file derrière ses platines. « J’ai été très impressionné par l’arrivée de la house en 1986. C’était le retour d’une grande époque, comme au temps du disco. Il y avait enfin une nouvelle musique faite pour danser. J’adorais notamment les productions Strictly Rhythm. Aujourd’hui, au Salon du Vintage ou ailleurs, j’aime toujours jouer beaucoup de disco. Des productions Prelude ou Salsoul, du Prince bien sûr et du funk hybride, du boogie, de l’électro et aussi The B-52’s. Je ne me lasse jamais d’être aux platines et je vais vous faire suer jusqu’à 70 ans ! »

Patrick Vidal sera en DJ set au Salon du Vintage, les samedi 15 et dimanche 16 octobre, au Carreau du Temple, Paris 3. www.salonduvintage.com