Maïwenn joue la diva dans le film mais la voix est celle d'une vraie chanteuse d’opéra, l'Albanaise Inva Mula. À l’époque, elle était une jeune soprano montante, mais son agent s’était occupé de Maria Callas, donc ce n’était pas n’importe qui. Aujourd’hui, elle est dans le top 10 des sopranos au monde. Pour le brief, puisqu’elle était extra-terrestre dans le film, il fallait des notes qu’un être humain ne puisse pas chanter. J’avais donc volontairement écrit des choses inchantables, des notes beaucoup trop hautes, trop basses, des phrases trop rapides, que j'allais arranger avec le sampler.

Je n’avais jamais travaillé avec une chanteuse d’opéra, je ne me rendais pas bien compte de leur niveau technique, et je me disais qu’il y avait 60 % de notes chantables. Dans le studio, avant même d’enlever son manteau, elle a pris la partition et a commencé à fredonner. Mes poils se sont hérissés tellement la beauté du timbre de sa voix, la perfection du chant, étaient impressionnants. Et pourtant, elle fredonnait. Je n’en revenais pas. On s’est installés, elle a commencé à chanter et ça m’a terrassé. Elle en a chanté 85 %, des choses que je ne pensais pas possibles techniquement. J’ai ensuite samplé sa voix et j’ai fait mes petites bidouilles. Aujourd’hui, ça peut sembler anodin mais à l’époque, plus d’un se demandait comment j’avais fait.

"Elle a chanté 85 % des choses que je ne pensais pas possibles techniquement"

Quand je leur ai expliqué ce que j'allais faire, ils ne comprenaient pas tout, mais avaient l’air confiants. Au moment de la validation, j’étais impressionné, c’était tout de même l’ancien agent de Maria Callas et du chef d'orchestre autrichien Herbert von Karajan, et elle, sublime chanteuse d’opéra. Du haut niveau, un milieu que je ne connaissais pas et pour lequel j’avais beaucoup de respect et d’admiration. Je me sentais comme un gamin en train de bidouiller quelque chose de sacré ! Ils sont venus tous les deux, je les ai assis devant la console. J’étais terrorisé. Ils l’écoutent une première fois et à la fin, ils se retournent et me disent : « On peut réécouter ? » Après la seconde écoute, ils se sont retournés une nouvelle fois, hallucinés. Elle disait : « Mais comment tu as fait ?! » Elle ne comprenait pas comment c’était possible qu’elle s’entende chanter des choses impossibles. Ils étaient comme des gosses.

Lire l'interview complète d'Eric Serra ici

Article paru dans TRAX#188 (Jeff Mills, décembre 2015 / janvier 2016).