Photo en Une : Electrocorp Magazine


1/ Peut-on revenir sur l’histoire de ce nom ?

Il va falloir remonter assez loin, en 2008 ! À sa naissance, le projet se résumait à un modeste blogspot, tenu par un petit branleur de lycéen et répondant au nom d'Electro Corporation. Electro parce que c’est comme ça qu’on qualifiait de manière large la musique que l'on écoutait. C’était l’âge d’or d’Ed Banger et des grosses turbines, et “techno” était un peu un gros mot à l’époque, personne de notre âge ne disait “j’écoute de la techno”. Corporation, parce que l’idée de singer un nom de multinationale industrielle était assez drôle. Et puis ça avait l’avantage d’être explicite et facile à retenir.

Par contraction c’est rapidement devenu Electrocorp et c’est d’ailleurs là qu’on s’est aperçu que le nom existait déjà : Electrocorp c’est une entreprise américaine qui fabrique des ventilations industrielles ! Du coup on a songé pendant un moment à changer l’orthographe en Electrokorp mais quelqu'un a fait remarquer que ça faisait penser à Afrika Korps… On s’est dit qu’on préférait passer pour des marchands de ventilateurs que des nostalgiques de Rommel et en fin de compte, Electrocorp est resté. Depuis, le terme “électro” est d'ailleurs un peu tombé en désuétude. Aujourd’hui, on a l’impression de le retrouver plus souvent sur les pochettes des compiles Fun Radio que dans les articles de presse spécialisée. Attends, mais du coup ça veut dire qu’on est vintage ?

2/ En réalité, qui se cache derrière ?

Aujourd'hui le capitaine c’est Antwan, qui gère les affaires depuis son bastion bordelais. Max, le fondateur, vit maintenant à l’autre bout du monde mais suit le projet d’un œil attentif. Il participe toujours à la rédaction de contenu, dossiers de presses, etc. Et il y a bien sûr notre DJ résident Tom A.P, une ribambelle de copains-pigistes et enfin… nos stagiaires bien-aimés !

3/ Votre ligne artistique en quelques mots-clefs ?

Découvertes, frissons, voyage, house, techno et mangue-passion : secoue tout ça et t'obtiens un délicieux smoothie acidulé. C’est la saveur Electrocorp.

4/ Si vous aviez un slogan ? Un hymne ?

On a toujours gardé le simple et très efficace “Electronic Music Provider” parce que c'est ce que nous sommes. On chine et on diffuse nos sélections et nos trouvailles. On est des fournisseurs de kick-snare, de synth-wave et de sub-bass. On a aussi pensé à “From house to techno, love and rodeo”, mais le rodéo ça rappelait trop nos concurrents américains de la ventilation.

5/ Si on vous demande ce que vous avez plus que les autres, vous répondez…

Du recul et du background. Du recul car on n'a pas la tête dans le guidon, et tout le monde a son métier à côté. On fait ça uniquement par passion, ce qui nous permet d'avoir des rapports assez sains avec les autres orgas. On n’est pas dans la compétition.

Le background ? Parce que ça fait huit ans qu'on fait ça et on s'approche plus de la trentaine que de la vingtaine au sein de l'équipe. Du coup, on a une vision assez globale de la scène, on voit venir les petits jeunes et on hésite pas à leur filer un coup de pouce, on sait sur qui on peut compter… et ceux qui n’hésiteront pas à te tirer dans les pattes à la première occasion.

6/ Trois mots pour définir votre public ?

Chaleur, sourire, plaisir.

7/ Une préférence pour le choix des clubs/salles où vous organisez ?

Le point primordial, c'est le système son. Ça peut paraître banal de dire ça… mais tu peux faire venir n'importe quel artiste ou faire le DJ set de ta vie : si le son est pourri, tout le monde s'en fout. Ensuite on aime les lieux avec une certaine âme, où on sent qu'il peut se passer des trucs, les clubs avec plein d'espaces différents, des recoins. L'Iboat à Bordeaux, pour nous c'est l'idéal : le système son est très bon, régulièrement révisé, et le bateau offre de nombreux espaces pour que le public puisse voyager avec nous toute la nuit sans se lasser.

8/ Vous êtes abonnés à Paris (ou ailleurs) ou vous vous baladez ?

On est plutôt ancrés à Bordeaux mais on se balade un peu. On va fêter nos deux ans de résidence à l'I.Boat en juillet avec la légende Deetron, mais on tient aussi une résidence estivale à Biarritz cet été, avec six dates sur lesquelles on invite six DJ's français, à commencer par S3A le 14 juillet. On a aussi fait quelques trucs sur Paris à Nuba et au feu Social Club.

9/ On peut ramener ses parents à vos soirées ?

C’est assez conseillé, il va bien falloir quelqu'un pour vous gérer après 6 h du matin et vous emmener en after ! D'ailleurs on fait entrée gratuite, open bar et bain moussant pour les plus de 60 ans. Faites tourner l'info.

10/ Si on s’incruste en backstage avec vous, ça donne quoi l’ambiance ?

Nous, on reste plutôt près de la scène ou carrément dans le public... Parce qu'on aime bien se dandiner avec la foule et que c’est ici que ça se passe. Mais d’après ce qu’on nous a raconté on trouve plutôt des gens torses-nus qui dansent sur les tables, nos copains qui se font engueuler parce qu’ils ont collé des stickers partout, et de l’amour qui dégouline des murs.

11/ Le truc le plus WTF qui soit arrivé pendant l’un de vos événements ?

Max Boubil. On l'a retrouvé en backstage lors d’une de nos soirées a l'I.Boat. On ne sait pas trop ce qu’il foutait là mais il avait l’air de bien s'amuser.

12/ Comment imaginez-vous la soirée de rêve ? Avec quel line-up ?

On aime beaucoup les lieux insolites : le fort du Dimensions Festival, les OFF du Sonar, le Bourget 2014... Niveau line-up, ça serait un mélange de Three Chairs, Omar S, notre Lolo national, feu-Frankie Knuckles, Floorplan (son nouvel album vaut le détour...) aux côtés de jeunes loups qui nous rendent fous genre Bicep, Borrowed Identity, Nathan Melja, Space Dimension Controller... En terminant sur le live de Kink. Parce que c'est un tueur. Point.

13/ Si je regarde un peu vos playlists du moment, j’y trouve quoi ?

Vu qu’il fait beau et chaud, on s’autorise à écouter des trucs assez putassiers qui ruineraient notre streed-credibility si on les révélait. Donc si tu regardais dans nos playlists, on serait hélas dans l’obligation de te faire disparaître... Mais pour ce qui est de la partie qu’on assume publiquement, en ce moment on saigne pas mal les dernières sorties de Clone Records avec notamment le dernier EP de Gerd et celui de Kink qui sort bientôt.

Dans nos playlists tu trouveras aussi le label Church avec Laurence Guy, Mall Grab, Project Pablo, ainsi que la maison Pampa Records de DJ Koze qui a sorti une compile monstrueuse il y a deux mois... et en vrac les derniers EP's de Aus Music, Shall Not Fade, Argot, Wolf Music, 1080p, les edits Disco de Razor-n-Tape ou Disco Deviance, les labels français D.Ko, In The Box Records, Boussole... bref, plein de trucs qui n'ont pas forcément grand-chose à voir ensemble mais qui font notre identité. Tant que ça fait danser les poils sur nos avant-bras, on prend.

14/ Les derniers artistes que vous avez fait jouer ?

Récemment, on a fait jouer le duo super funky Fouk, Recloose (natif de Detroit, ancien protégé de Carl Craig), le mythique et très versatile Gerd, les jeunes Borrowed Identity et Max Graef, mais aussi Franck Roger, Point G, S3A, etc. Le style peut varier d’une date à l’autre, mais à chaque fois c’est une gigantesque rigolade. Si t’avais vu la tête des gens au premier rang lorsque Point G a lancé son live il y a un an dans la cale de l’I.Boat... Ils ont pris une fessée.

15/ Il y a quoi à l’horizon pour vous ?

Un nouveau site web tout beau pour continuer de partager de la musique en écrivant des conneries dessus. Toujours notre résidence à l'I.Boat et nos six soirées estivales au Carré Coast à Biarritz, mais aussi nos soirées Ground dans lesquelles on invite des trucs encore plus pointus... et on discute avec plusieurs clubs parisiens pour refaire des soirées dans la capitale.

16/ Un dernier mot ?

On voudrait remercier nos mamans, qui ont toujours crû en nous, et Didier Deschamps.