On vous a dégoté en exclusivité un titre du nouvel EP de Dehousy, World Rhythms, à sortir sur son Bandcamp le 6 juillet :

Rencontre avec Dehousy

Tes deux premiers EP - Back it up et Penpal Ballad - sont très bass music alors que les suivants – Unknown Fluid, Persian Club, Beyond Infinity - sont d’un style très différent. C’est quoi finalement, l’identité musicale de Dehousy ?

J'ai pas mal réfléchi avant de lancer Dehousy. Dès le départ, j'avais pour ligne directrice de faire danser les gens en mettant toujours un peu de mélodie dans mes productions. Ce sont les mélodies qui m'ont donné envie de faire de la musique à la base. Plus jeune, j’avais commencé à apprendre la batterie au conservatoire de Vannes mais j'ai détesté ça car c’était uniquement du rythme. Du coup j’ai changé pour le piano. Maintenant quand je produis - que ce soit du grime, de la bass ou de la techno, j’insère toujours des notes de piano un peu graves. Ça rajoute de la violence et de la profondeur à la musique. 

Tu considères ta formation classique comme une force pour ta production ?

Clairement. Je réutilise toujours cette formation, notamment pour les accords quand je crée une mélodie. C’est plus rapide pour moi que pour les gens qui font ça à l’oreille. Même dans la musique électronique, tu ne peux pas juste te mettre derrière un logiciel et te lancer, c’est important de comprendre comment marche la musique. Pour ça il faut passer par le solfège. Et beaucoup n'y connaissent rien. 

Dans tes derniers EP's on retrouve des influences africaines avec beaucoup de percussions et de vocaux tribaux. Comment expliques-tu cette influence ?

Il y a un an, j’écoutais un track africain sorti par Addison Groove - dont je suis un grand fan - et j’ai trouvé ça incroyable. Au même moment, j’ai découvert Muslimgauze. J’aimais tout ce qu’il faisait : ses covers, sa musique, les raisons pour lesquelles il faisait cette musique-là… C’est devenu l’un de mes piliers. Pour le premier EP que j’ai sorti chez [Re]sources - Unknown Fluid - j’ai choisi d’ajouter des vocaux et des percussions tribaux à mon style grime de départ. C’est la première fois que je faisais ça. C’est devenu un de mes fils directeurs et mes deux prochains EP's seront aussi très world music. 

Qu’est ce que ça a changé pour toi d’intégrer le label de Tommy Kid et Calcium ?

[Re]ssources est mon premier label sérieux et durable. Je suis parti à Paris parce que je sentais qu’à Rennes [ville où il faisait ses études, ndlr], j’avais fait le tour de ce qui se faisait en matière de musique électronique. Grâce à Tommy, j’ai tout de suite eu plein de dates sur la capitale et c'était ce que j'espérais. Il m’a fait rencontrer plein d’artistes partageant les mêmes goûts que moi. Le fait de découvrir des collectifs promouvant la musique que j’aimais m’a permis de sortir du formatage house/techno de Rennes. Je n’avais plus besoin de ça pour me produire en club.

"La France a été considérée un temps comme un pays pionnier de l’électro, mais c’est vite passé. Peut-être qu’il y a une date de péremption pour les genres musicaux au final."

Tu t’es récemment produit sur Overdrive Infinity, la chaîne de Teki Latex. Qu'est-ce que vous préparez, tous les deux ?

En début d’année, Teki Latex a créé un groupe Facebook rassemblant vingt petits producteurs de Paris qu’il trouvait intéressants car proposant une alternative à la scène house/techno dominante. Il nous a expliqué qu’il voulait créer une nouvelle French Touch dans les années à venir. L’un des piliers de cette nouvelle vague sera d’ailleurs la musique africaine, avec des filtres disco par dessus par exemple. J’étais déjà à fond dans ce style et ça m’a poussé à continuer là dedans. Je trouve ça drôlement plus dansant et joyeux que la techno berlinoise froide. Teki Latex est un visionnaire, il a toujours eu des idées avant tout le monde et il y a de fortes chances que ça marche.


DEHOUSY — Overdrive Infinity par OverdriveInfinity

Tu trouves que la France manque d’un genre musical qui lui serait propre ?

La France n’a plus d’identité musicale propre. Il y a de plus en plus de producteurs techno français mais ça ressemble vachement à ce qui se fait à Berlin. On n’a pas de gros producteurs house non plus. À côté, Londres a une scène avec un genre très UK, Berlin a sa techno… La France a été considérée un temps comme un pionnier de l’électro, mais c’est vite passé. Peut-être qu’il y a une date de péremption pour les genres musicaux au final. Le problème c'est qu'on a pas eu de renouveau par la suite.

Et tu n'as pas peur de la prise de risques ?

C'est pas vraiment une prise de risques, plutôt du je-m’en-foutisme. Je fais ce que j'ai vraiment envie de faire et si ça ne marche pas, YOLO. Après, c’est vrai que c'est dur d’apporter un renouveau. Quand tu fais de la musique, tu te dis vite que tout a déjà été fait. Mais je pense que l’horizon a toujours été bouché, les mecs se disaient déjà ça il y a trente ans. Perso je crois qu’à un moment, une idée naît et crée un mouvement. Et c’est là dessus qu’on travaille avec Teki et les autres.