Pour plonger dans un mix où le DJ enchaîne un track de bass music avec un gros tube de Beyoncé, avant de le déchirer lentement avec une prod torturée de M.E.S.H, direction la Bye Bye Ocean. Un monde parallèle et postmoderne, traversé par quelques espèces aquatiques venues des profondeurs de l'underground.

BBO est l'un des rares crews français à s'intéresser de près à des labels étrangers expérimentaux comme Tri Angle, Non Worldwide, ou encore Lit City Trax. C'est aussi le premier à avoir invité les artistes révolutionnaires du collectif Janus, qui tiennent maintenant une résidence au Berghain, et sont récemment passés à la soirée du Do Disturb au Yoyo. 

Avec ses line-up pointus et osés, Bye Bye Ocean nous fait voyager dans le temps : l'Antarctique a fondu à cause de la production démultipliée de Segways volants et de perches à selfies, des dauphins fluos dominent le monde, et Arca est devenu une pop star. Bienvenue en 2050. 

Peut-on revenir sur l’histoire de ce nom ?

Bye Bye Ocean ou BBO pour les vrais. Le crew se compose de Camille Bodinier (aussi membre fondatrice de Stock71 et Permalnk) et d'Aprile (également membre fondateur de Permalnk, Casual Gabberz et ex-deBonton). Ce nom n'a pas de vraie signification, on cherchait surtout à créer une image. Le côté "Ocean" c'est dérivé du seapunk et d'une certaine culture Internet dont on se revendique. "Bye Bye" c'est plus pour la connotation définitive, apocalyptique. Ça annonce la fin d'une période. 


Vous êtes d’où ? 
De Jaurès et de la Chapelle, dans le nord de Paris. 
C’est quoi votre ligne artistique ? 
Elle est assez floue et ça évolue au fil du temps. En ce moment, on se focalise sur le future club avec des artistes, crews et labels comme Total Freedom, Janus, Non Records ou encore NAAFI. On cherche toujours à être en marge de ce qui se fait majoritairement, non par snobisme mais par affinité. On aime les artistes qui défendent une couleur particulière, qui font les choses à leur manière sans trop se soucier de "ce qui se fait". Aux dernières soirées, on a invité Lotic, False Witness, Rabit, Kablam, M.E.S.H, Sudanim, Kid Antoine, Faze Miyake, Drippin, Soda Plains,...

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L'aspect visuel, c'est l'autre élément majeur des Bye Bye Ocean. On collabore depuis le début avec des artistes visuels super patate comme Studio Jimbo, Sybil Montet, Lambert Duchesne, ou encore Early Holography. Ils se donnent énormément sur les visuels de com' ou les projections et installations des soirées. À la douzième BBO on avait une installation composé de 8 moniteurs diffusant les créations de 3 artistes différents, c'était assez incroyable.

En marge de nos soirées BBO "normales", on collabore aussi avec 33RPM + 8%, un webzine musical vraiment calé, pour les soirées Voodoo Rave. Elles sont dédiées à la rave music 90's. Un saut dans le temps qui nous permet de revenir sur nos influences et nos origines. On a déjà invité Jerome Hill, Minimum Syndicat, Photonz, Automat, Umwelt, Voiron,... C'est toujours très cool et l'esprit rave y est.

Quelques mots pour définir votre public ?
Il est assez varié. Il y a pas mal de styles différents, avec des têtes qu'on retrouve souvent : c'est ce qui fait le plus plaisir. La foule est bigarrée mais se rejoint dans l'envie de vivre de nouvelles expériences en club. C'est beau !

Vous êtes abonnés à Paris ou vous vous baladez ?
On organise les BBO à La Java depuis plus de deux ans, et c'est sans doute notre endroit fétiche. Il règne là-bas une ambiance qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. On pourrait probablement trouver un lieu plus grand, plus intéressant en terme d'architecture, ou avec un meilleur son, mais c'est notre maison de cœur. En voyant l'ambiance et le lieu, beaucoup d'artistes n'en revenaient pas. Plus tard, on organisera probablement des événements de plus grande taille ailleurs, mais pour nos bimestrielles, c'est le lieu parfait !

Si je regarde un peu vos playlists du moment, j’y trouve quoi ?

En vrai, on écoute ce qu'on joue dans nos soirées (ou alors des trucs complètement débiles qui n'ont rien à voir). Il y a toute une scène Internet qui croise ses influences sur des SoundClouds qu'on suit depuis longtemps. Du coup, on a le nez dedans depuis un moment, et le choix est vaste. Et comme on est aussi étroitement lié à des soirées rave, gabber ou trance, on en écoute pas mal aussi !

Comment imaginez-vous la soirée de rêve ? Avec quel line up ?
On téléporte la Java et tous ceux qui ont participé à la BBO sur une planète où les océans dominent. Grâce à un système ingénieux de maîtrise du temps appelé "infinite loop", on s'arrange pour que ça ne finisse jamais. Une soirée interminable, entre live expérimentaux non dansants et grosse folie rave du turfu.
Plus sérieusement, on aimerait beaucoup développer un coté live expérimental qui ne soit pas orienté club dans nos soirées à venir.