Votre nouvel album s'appelle No !. C'est un “no” à quoi ?

Isaac Mutant : “No”, c'est l'opposé de “Yes”, on est d'accord ? On n'est pas des “yesmen”, c'est un “no” d'opinion. La norme, le système qui ne nous satisfait pas, on dit “no” à ça.

Human Waste : On déteste l'idée de dire “yes” à tout. Il faut gueuler “no” à ce que tu n'aimes pas et ce qui te révolte.

SpoOky : Tu n'obéis pas à la pression de la société. C'est ok de dire “no”, parce qu'on est dans une “yes society”.

Dookoom

Vu les paroles de vos morceaux, cette “yes society” n'a pas tellement l'air de vous emballer…

Isaac Mutant : C'est le principal sujet de nos titres. Tous les morceaux de l'album représentent ce contre quoi on s'érige. C'est pas très mainstream pour le coup, on a quelque chose à dire, on le balance.

“On déteste l'idée de dire “yes” à tout. Il faut gueuler “no” à ce que tu n'aimes pas et ce qui te révolte.”

En 2014, vous sortiez le titre et le clip “Larney Jou Poes”, qui a fait son petit effet. On vous y voyait cramer un champ pour dénoncer l'exploitation des ouvriers agricoles, quelque chose d'assez radical. Un site, AfriForum, a porté plainte contre vous, où en êtes-vous avec cette histoire ?

Human Waste : C'est en cours. On ne peut pas vraiment en dire plus, légalement.



Mais qui sont ces gens d'AfriForum exactement ?

SpoOky : Ce sont des soi-disant défenseurs des droits civiques. Ils défendent des minorités, en l'occurrence les Blancs, surtout des fermiers…

Human Waste : Ouais, ils sont… Euh…

Isaac Mutant : C'est des connards.

Human Waste : Ouais, voilà (rires) !

Mais ils attaquent souvent d'autres artistes sud-africains ?

Human Waste : Pas vraiment. Ils ont attaqué un politicien noir parce qu'il avait chanté une chanson qui sonne un peu comme un cri de ralliement anti-apartheid. Ils sont allés devant la Cour, et ils ont gagné [le titre du chant en question est “dubul’ ibhunu”, qu'on peut traduire par “kill the Boer”, ndlr].



Ce titre, “Larney Jou Poes”, vous a fait connaître au-delà de votre pays, mais comment a-t-il été reçu en Afrique du Sud ?

Human Waste : Beaucoup de médias en ont parlé, on a perdu des contrats de sponsoring…

Isaac Mutant : Les fermiers blancs ont eu peur. Ils l'ont pris comme une menace de mort. Je crois que les gens ont eu peur de voir ce que révélait vraiment cette chanson. C'est une possibilité que les Noirs s'érigent contre les Blancs, c'est vrai, il y a trop de problèmes. Mais la télé ne montre pas cela. Alors, quand on se charge de le faire, les gens sont effrayés.

“L'industrie musicale adore montrer des Noirs qui s'entretuent. Ça, il n'y a pas de problème. Mais quand les Noirs menacent les Blancs, là, c'est autre chose.”

Human Waste : L'industrie musicale adore montrer des Noirs qui s'entretuent. Ça, il n'y a pas de problème. Mais quand les Noirs menacent les Blancs, là, c'est autre chose.

C'est vrai que c'est pas vraiment une chanson commerciale…

Human Waste : Euh, pas vraiment, non.

Vous continuez à la jouer sur scène ?

Isaac Mutant : Ce soir, on ne la fera pas, parce qu'on est là pour défendre notre nouvel album. Mais on a des titres dans le genre, ne t'inquiète pas. On n'a jamais arrêté de la jouer en Afrique du Sud. Le problème dont on parle dans “Larney Jou Poes”, celui de la condition des ouvriers agricoles, n'est pas réglé, alors on la joue, point barre.



Beaucoup de gens en France voient l'Afrique du Sud comme cette fameuse Nation Arc-en-ciel voulue par Desmond Tutu… Qu'en est-il réellement ?

Isaac Mutant : La Nation Arc-en-ciel, c'est des conneries qu'ils balancent au reste du monde. Genre, tout va bien en Afrique du Sud, on s'aime tous les uns les autres… Ça n'existe pas. L'Afrique du Sud est dans la merde. Tous les problèmes sont mis sous le tapis. Ça boue, ça boue, on continue de jouer avec le feu, mais un de ces quatre, ça va exploser. Les ouvriers agricoles sont exploités, les fermiers font comme si de rien n'était, et ils nous reprochent de dire ce que l'on pense. Des quartiers n'ont pas d'eau potable, le chômage augmente, et rien n'est réparé. Les viols, la violence, les prisons qui débordent… Et le racisme est le pilier de tout ça. Alors, leur Nation Arc-en-ciel…

“L'Afrique du Sud est dans la merde. Tous les problèmes sont mis sous le tapis.”

Human Waste : Les Blancs ont le capital, et ils profitent de la main-d'œuvre bon marché. Il y a un vrai problème d'inhumanité, ils n'ont pas de compassion.

Isaac Mutant : Et les politiciens s'en branlent.

SpoOky : Ils reconstruisent, tentent de réparer, mais les fondations sont pourries.



Les musiciens sud-africains ont-ils un rôle à jouer ? Peuvent-ils aider à régler certains de ces problèmes ?

Isaac Mutant : Trois fermiers ont augmenté le salaire de leurs ouvriers après que notre chanson soit sortie. Il y a eu des renégociations, “Larney Jou Poes” a fait ressurgir le problème. Les musiciens peuvent aider.

Human Waste : Mais en réalité, il y a très peu de musiciens politisés en Afrique du Sud. Ils font de la dance music pour faire bouger les gens, c'est tout. Si tu critiques le gouvernement, tu peux te griller facilement.

“Les musiciens peuvent faire changer les choses s'ils se préoccupent vraiment du peuple. Je me fous de ce que pense le gouvernement, les sponsors… Mon peuple souffre à mort.”

Isaac Mutant : On a quand même ce rôle de voix du peuple oubliée. Les musiciens peuvent faire changer les choses s'ils se préoccupent vraiment du peuple. Je me fous de ce que pense le gouvernement, les sponsors… Mon peuple souffre à mort.

Isaac, j'ai cru comprendre que tu parlais le sabela. Peux-tu expliquer ce que c'est exactement ?

Isaac Mutant : Le sabela est un langage utilisé par les membres de gangs en prison. Pour s'organiser, il fallait que l'on se comprenne [l'Afrique du Sud compte onze langues officielles, plus les non officielles, ndlr] sans être compris par le personnel de la prison. Ça a été créé par des esclaves qui travaillaient dans les mines. C'est une combinaison de zulu, principalement, du langage de rue… Je ne le parle pas totalement, c'est très complexe. C'est un langage secret pour une société secrète, il faut être initié. J'en utilise souvent des mots, des expressions pour illustrer un sentiment dans une chanson… Mais puisque c'est secret, je dois réfléchir à deux fois avant d'employer un mot de sabela, je pourrais me faire botter le cul sinon. Mais c'est un langage très romantique.

SpoOky : Romantique, vraiment ?

Isaac Mutant : Mais ouais ! C'est très respectueux, avec des formules de politesse, etc. Mais bon, j'en ai déjà bien assez dit…

Dookoom

Il paraît que l'un de vous a du suivre un petit programme d'entraînement physique avant de démarrer cette tournée, parce qu'il était épuisé lors de la précédente. C'est vrai ?

Isaac Mutant : Ah, c'est moi (rires). Lors de la dernière tournée, quand j'ai vu la bouffe française, j'étais fou. Et je suis tombé malade. Alors là, j'ai du beaucoup marcher, faire un peu d'exercice… On n'est plus des ados et notre musique est très intense !

Donc vous êtes hyper préparés pour cette tournée…

Human Waste : Ouais ! On va la tuer cette tournée ! On a tué la dernière déjà, mais celle-là encore plus.