Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas (encore) ? 

Nous sommes un groupe composé de cinq musiciens et d'un ingé son, d'un piano, d'une batterie, d'une guitare et de deux contrebasses. On essaie de jouer – en quelques sortes – comme des machines et d'imiter les sons qu'on peut obtenir avec des synthétiseurs, mais avec des instruments acoustiques. Depuis quelques années, on bricole nous-mêmes nos instruments pour les faire sonner différemment. On électrise l'acoustique, en somme.



Mais est-ce vraiment possible de jouer comme des machines, comme vous dites ?

Non, bien sûr, c'est impossible de sonner comme quelque chose de séquencé à l'infini. Mais les premières boîtes à rythme, qui ont servi à inventer le son techno tel qu'on le connait aujourd'hui, avaient leurs défauts et je crois que c'est ce qui fait la particularité des disques de Detroit, par exemple. Avec Cabaret Contemporain, on essaye d'humaniser ce son et de le rendre plus “vivant”.

Quel a été votre parcours avant de former le groupe ?

On a tous été au conservatoire, c'est là qu'on s'est rencontrés. Mais on a des parcours différents, chacun a eu des groupes avant et jouait divers styles de musique. On avait déjà une bonne palette de genres : rock, techno, hip-hop… Finalement, le conservatoire, c'est juste l'endroit où on s'est retrouvés.



Vous étiez déjà amateurs de musique électronique, vous alliez en club ?

Oui, bien sûr ! La musique électronique, c'est notre source d'inspiration et elle est presque infinie… Surtout en ce moment, il se passe pleins de trucs passionnants. 

C'est une question bête, mais pourquoi ne pas utiliser des machines tout simplement ?

On avait tous la maîtrise de nos instruments respectifs. En fait, sonner comme des machines, ce n'était pas l'intention de départ. Mais en jammant ensemble, on s'est dit que ça pourrait être marrant de faire de la techno avec des contrebasses.

Il y a une difficulté particulière à jouer comme vous le faites, comme des boucles séquencées ?

Oui, il y a d'abord une difficulté technique, il faut avoir une maîtrise complète de son instrument, être hyper précis. On ne se rend pas compte, mais c'est très dur de faire sonner une batterie comme une séquence faite par une boîte à rythme par exemple. C'est très motivant, on a beaucoup à apprendre des machines. D'autant que ça te fait repousser tes limites. Une fois passée cette contrainte technique, tu peux y ajouter quelque chose de personnel en acoustique.



La musique électronique est-elle propice à l'improvisation ?

Oui, complètement. On développe des thèmes musicaux très ouverts et donc parfaits pour improviser. Nos morceaux ne sonnent jamais de la même manière. Avec notre musique, on a presque le rôle d'un DJ : on doit appréhender les réactions du public et faire en fonction, ça influence énormément la façon dont on joue. C'est donc très important que le morceau ne soit jamais le même.

Vous êtes un des rares groupes, voire le seul, à inclure l'ingénieur son et le producteur comme membres à part entière. Pourquoi ?

L'ingénieur son parce que la sonorisation de nos concerts est un peu particulière. L'ingénieur module certains de nos sons en live et c'est comme s'il jouait avec nous finalement. Le groupe gravite autour du producteur, il nous conseille et alimente beaucoup la discussion artistique, et évidemment toute la partie de management et de production. Il nous a poussés vers la direction qu'on a prise musicalement, et nous a empêchés de trop partir en live parfois. C'était donc logique de les inclure tous les deux dans Cabaret Contemporain.



Il y a un côté très artisanal dans votre musique, j'ai cru comprendre que vous bricoliez vos instruments pour leur donner d'autres sonorités ?

Oui ! En ce qui me concerne, je trafique pas mal mon piano. On appelle ça “préparer un piano” : tu mets de la patafix ou du scotch de déménagement sur les cordes qui sont dans le piano pour faire ressortir certaines harmoniques, un peu comme si tu jouais avec une pédale. Nos deux contrebassistes jouent parfois avec des baguettes et tapent sur leur instruments, Julien joue souvent avec des instruments de cuisine : des casseroles, des cuillères, des pots de confiture… C'est une techno artisanale en fait.



Vous vous apprêtez à sortir votre premier “vrai” album après un disque en hommage à Moondog et un EP en collaboration avec Château Flight (Gilb'R et I:Cube)… Vous l'avez enregistré dans des conditions live ?

On l'a enregistré l'année dernière, et non, on l'a fait prise par prise… Le but, c'était de trouver un équilibre entre le côté live et quelque chose de plus produit, on a essayé de pousser plus loin au niveau du son avec les moyens du studio. Mais là, effectivement, on réfléchit à enregistrer un disque live.



Pour un instrumentiste formé au conservatoire, est-ce parfois frustrant et difficile de se cantonner à jouer la même boucle ?

Non, pas du tout. Tu sais, même si on sort du conservatoire, on a beaucoup de respect pour les producteurs de musique électronique. Souvent, ils ne sont pas instrumentistes, mais ils peuvent trouver en 5 minutes des sons qu'on ne trouvera jamais, même avec notre diplôme du conservatoire. La créativité, c'est beaucoup plus complexe qu'un nombre d'années d'études et de certificat. À la fin de mes études, je sentais que j'arrivais au bout de mes possibilités, je n'avais plus d'inspiration. Pourquoi tu crois que je pose de la patafix maintenant ? Parce que ça élargit le champs des possibles. J'ai retrouvé une approche beaucoup plus vivante et pleine de surprises. Parfois, j'hallucine des sons qui peuvent sortir d'un piano préparé.