Comment résumer, en quelques mots ces sept années de Sound Pellegrino ? Un moment marquant peut-être ?

C'est passé tellement vite. Je nous vois encore trouvant le nom Sound Pellegrino, et appelant JR d'Institubes avec l'idée en tête. Des moments marquants il y en a eu plein : les premiers mixes enregistrés chez Orgasmic, la signature de Matthias Zimmermann, le début des crossover series, les deux soirées à Miami, la première compilation, les 5 ans au Batofar, le premier Boiler Room... Mais aujourd'hui c'est un vrai moment marquant : il y a eu notre premier CD mixé SNDPE vol 05 en Janvier, et là on s'apprête à sortir le premier album d'artiste de l'histoire du label – celui de Matthias Zimmermann. Sept ans, c'est symbolique, parce que l'aventure Institubes – mon précédent label – a duré 7 ans. Là, Sound Pellegrino est en train de devenir le label le plus important de ma carrière.

Vos compilations nous permettent souvent de découvrir de nouveaux artistes. Qui sont-ils ? Où allez-vous les dénicher ?

On écoute beaucoup de mixes d'autres DJs déjà, puis on fouille sur internet. On nous envoie beaucoup de demos et de sorties, on rencontre des gens tout le temps, dans des scènes différentes. Quand on est séduits par des morceaux ou des artistes, on va commencer par les jouer à la radio, dans notre émission sur Rinse France. Puis peut être en club, et on va peut-être finir par leur demander des morceaux pour nos compilations, ou des maxis... En gros voilà les différentes étapes. 

Du rap à la house en passant par une collaboration avec Lio, ta carrière a emprunté des chemins très opposés. Qu'est-ce qui guide tes pas ?

Je pense qu'il y a un fil conducteur un peu flou entre toutes ces choses. Les gens qui me connaissent vraiment très bien arrivent à le lire et se disent : "Oui c'est logique qu'il fasse ça, puis ça". Je pense que les gens qui m'ont connu à l'époque des forums internet – de type Scenehoppers ou Institubes – voient à peu près où je veux en venir. La plupart de mes choix, aussi contradictoires et éclectiques puissent-ils paraître, ont été à peu près tous générés à partir d'un style de "pensée"... Un genre d'ADN de choix de vie, de goûts, de manières d'aborder la musique, la culture ou la façon de s'habiller qui a été décidé et mis au point collectivement par mon entourage et moi aux alentours de 2003. C'est cet état d'esprit, impossible à résumer en un paragraphe, qui guide mes pas. 

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Aujourd'hui que te reste-t-il des années TTC ?

D'excellents souvenirs et quelques regrets, enfin... Je pense que j'étais un peu con à l'époque mais ça dépend aussi des époques de TTC. Peu importe, il y a eu du bon et du moins bon et c'était important de vivre tous ces moments, de faire cette musique au moment où on l'a faite. C'était important de se construire comme ça et ça nous a fait vivre des expériences incroyables. On s'est construits en tant qu'adultes à la fois grace à ces expériences et en réaction à ces expériences.

La popularité grandissante de la techno vous fait-elle peur ?

Peur non ; mais elle ne profite ni à moi, ni à la plupart des gens que j'aime, ni aux gens dont la musique m'intéresse, en tous cas puisque c'est un certain type de techno très fermé qui devient populaire. Il traîne avec lui une mentalité de néo-puriste réac' en recherche perpétuelle de crédibilité, hyper antipathique et incompatible avec mon idée de la musique.

Quand quelqu'un arrive à booker un DJ que j'aime à Paris, on est souvent très peu à danser devant lui alors que les soirées purement techno parisiennes cartonnent et ne désemplissent pas. Peut-être que cela fonctionne par cycle. Moi j'aime la techno mais j'en ai une certaine définition qui ne plait pas à certains. Je l'aime, mais j'aime aussi la mélanger avec d'autres choses – et ça aussi pour beaucoup de gens, "ça ne se fait pas".

La nuit à Paris, elle a quoi de particulier à tes yeux ?

Pas grand-chose... Coté rap ça tourne complètement en rond, et coté house ou techno tout le monde se croit à Berlin, aimerait être à Berlin, "Berliner Paris" – ou je ne sais quelle idiotie, ce qui crée un manque profond d'identité. Ils rêvent d'un âge d'or, variable selon les personnes, qu'ils ne pourront jamais reproduire. Et ceux qui ne fantasment pas sur Berlin, versent dans la nostalgie et courent sans cesse après leurs souvenirs du Palace, du Pulp, du Paris Paris, ou même des premières années du Social, pour les plus jeunes.

C'est aussi la faute des restrictions et du manque de liberté qui règne sur la nuit Parisienne. Heureusement, il y a la Ballroom Scene Parisienne qui ne cesse de grossir, et quelques soirées ici et là qui me redonnent le sourire, et de l'espoir pour le futur. Je pense notamment aux soirées ReSources à Bonus Stage, et aux soirées Mains en L'Air d'Orgasmic bien entendu. Récemment je suis aussi allé à La Mona et je me suis bien marré. 

On doit s'attendre à quoi pour l'anniversaire de Sound Pellegrino au Badaboum ?

Matthias Zimmermann fait son grand retour à Paris, ça fait longtemps qu'on a pas joué avec lui. Je me demande ce qu'il joue en ce moment puisque comme tous les grands artistes, il change souvent de peau. Si ses derniers mixes en ligne sont une indication, ce sera sûrement très funky. Et Orgasmic est en feu en ce moment ! Il arrive à synthétiser un truc de dance music africaine et de rap mondial, qu'il mélange avec son héritage club – en témoigne son récent Boiler Room.

Quant à moi, je vais passer quelques classiques Sound Pellegrino, et mélanger ça avec les bombes club/grime/tech du moment. On verra bien ce que ça donne.

Comment perçois-tu l'avenir de Sound Pellegrino ?

On ne se pose jamais la question et c'est pour ça qu'on a réussi à rester en vie pendant ces sept ans ! On voit une année après l'autre, 2016 parait déjà bien chargée avec le LP de Matthias et des projets de Loom, Doline, Le Dom, Koyote... 

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