1/ Peut-on revenir sur l’histoire de ce nom ?

Ici, au Mexique, la production de vinyles est compliquée depuis la pénurie de presse. Mais cette difficulté rend tout le processus plus intéressant encore. Je me suis entouré de personnes qui ont la même vision que moi, c’est-à-dire exclusivement intéressées par l’amour de la musique de qualité, ce qui est plutôt rare à trouver ici. Après quelques années, on a décidé de lancer notre propre festival qu’on a appelé Comunite, en hommage à la communauté d'amoureux de la musique que nous sommes. On ne considère pas seulement cet événement comme un simple festival, on ne base d’ailleurs pas notre communication sur le terme « festival », c’est plutôt un événement où les artistes et les fans peuvent se rencontrer, le tout dans un lieu paradisiaque (à Tulum, une ancienne cité Maya dans laquelle nous organisions depuis trois ans des petits événements avec Acid Pauli, Delano Smith ou Giegling par exemple), avec une ambition sociale et écologique derrière. Et grâce à notre propre label aussi maintenant.


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Le nom nous est venu de l’idée de l’union et de la communion. Comunite est pour nous une belle opportunité de rassembler des artistes pour qu’ils collaborent entre eux ou tout simplement pour qu’ils y trouvent de l’inspiration. Par exemple, cette année, nous avons invité les gars de Giegling pendant 25 jours à Tulum pour produire du son, ce que l'on fait souvent avec les artistes que nous convions à nos événements. Edward et Rhadoo préparent peut-être quelque chose ensemble suite à leur rencontre sur place. C’est toujours dans cet esprit de créer une communauté et de venir à la rescousse de l’identité musicale que l’Amérique Latine a perdue autrefois. 

2/ Finissez cette phrase : Tout a commencé…

Tout a commencé quand j’ai lancé le label CVMR Mexico il y a quelques années. On a réussi à rassembler des grands noms comme Larry Heard, Swayzak, Glenn Astro, Vakula, Mark E, en plus de nos talents nationaux qui produisaient déjà sur AAAA comme Soul Of Hex, Century, Reptare, Pettro, Billie Mandoki. A côté des sorties, le but de CVMR a toujours été de fournir une vision de la musique à 360 degrés. Cela signifie par exemple que l'on gère aussi des bookings pour influencer la direction musicale de certains festivals ou de certaines fêtes.

J’ai toujours rêvé de lancer un label au Mexique, ce qui est arrivé grâce à notre émission de radio, entièrement dédiée à la musique électronique et qui était diffusée à Mexico City. Au bout d’un moment, on s’est senti limité et on a eu l’envie de construire quelque chose de plus grand. Au final, je pense que tout ceci nous a immergé dans ce que le Mexique offre de meilleur en ce qui concerne la musique que l’on aime.

   
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3/ Votre ligne artistique en quelques mots-clefs ?

Notre vision artistique est basée sur la façon naturelle dont les choses se font au festival. Tous ceux qui veulent jouer et participer à notre événement sont contents de ce que nous proposons, ce qui rend le résultat vraiment intéressant. Le style de musique n’a pas d’importance dans Comunite, ce qui donne lieu à de belles collaborations. Nous avons une certaine approche qui consiste à sortir des sons produits par des artistes locaux ou latino-américains. Cela nous permet de soutenir le son de cette nouvelle génération latino-américaine. 


"Cela fait 100 ans que notre histoire a été perdue et la fusionner avec la culture du reste du monde est une vraie bénédiction."

4/ Si vous aviez un slogan ? Un hymne ?

"Un lieu intemporel où l’on disparaît, se transforme et existe collectivement pour toujours." 

5/ Si vous deviez associer l’esprit du label à un club du monde ce serait…

On compte ouvrir notre propre club à Mexico City. La réponse est donc toute trouvée !

6/ Plutôt vinyle, CD, K7 ou digital ?

Vinyle seulement ! 

7/ Le distributeur est sympa ?

Oui très. Nos distributeurs sont français et nous travaillons avec eux depuis deux ans. Je ne pourrai pas être plus heureux. C’est Topplers. Allez voir ! 

8/ Côté artwork, comment fonctionnez-vous ? Que cherchez-vous à exprimer ?

Nos artworks s’inspirent du design des fabrications et du textile indigènes mexicains. Ils sont produits dans les régions de Merida et Oaxaca. C’est un artisanat qui prend plusieurs années à être confectionné et qui est fait à la main selon les traditions.

ComuniteArtwork du COM001

9/ Les remixeurs de rêve ? 

Je considère Ricardo Villalobos comme l’un des maîtres de la musique électronique, en plus il a des origines latines ! Sinon, ce serait un rêve que d’avoir Lawrence, Traumprinz et bien-sûr James Holden comme remixeurs.

10/ Dominer le marché du disque ou sortir deux pépites par an ? 

Deux ou trois perles par an. Nous n’avons pas pour mission de dominer un marché en particulier. Je pense d’ailleurs que ce label n’est pas pour tout le monde. Nos sorties sont destinées à une niche bien spécifique et j’ai appris que ce genre de projet créatif doit se faire de façon naturelle, sinon cela ne vaut pas le coup de le faire.

11/ Il y a quoi de prévu pour la release party de cette première sortie ?

Il va y avoir un event avec des artistes qui ne veulent pas encore dévoiler leur identité. Intriguant, non ? 

12/ Et si je regarde un peu vos playlists du moment, j’y trouve quoi ?

Ma playlist du moment est composée de tracks de DJ Metatron. Sinon il y a Donato Dozzy, Vid et tout ce qui provient du label Andromeda. Los Gaiteros de San Jacinto et le dernier Moodymann (son mix pour DJ-Kicks) passent en boucle. Quelques raretés latinos comme Jorge Reyes et Ricardo Villalobos bien-sûr.

13/ Qu’est-ce qu’il y a à l’horizon pour vous ?

Cette année sera très intéressante et productive. On prépare déjà Comunite 2017 et on veut aussi organiser quelques ateliers au Manana Cuba Festival, où on enregistrera des artistes locaux pour notre label. On s’occupe d’une partie de la programmation de ce festival, ce qui nous permet d’avoir de nouvelles sorties et de faire de nouvelles connections entre différentes cultures pour l’édition de l’année prochaine.

 
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14/ Un dernier mot ?

On est très content de tout ce qui est en train de se passer avec Comunite. C’est un projet qui a pour ambition de mettre en lumière le Mexique et l’Amérique Latine et de venir à la rescousse de notre identité et de nos racines. Cela fait 100 ans que notre histoire a été perdue et la fusionner avec la culture du reste du monde est une vraie bénédiction.


ENGLISH VERSION

1/ Can we retrace the story of the label name?

Regarding putting out records, printing vinyl here is very difficult, since there aren’t any printing plants in the country, so that has always been a struggle, yet makes the whole process very interesting. I’ve teamed up with a group of people with the same vision as me; everyone without an alternative intention other than the love for quality made music – something difficult to find here in Mexico. After a few years of operation we decided to start our very own festival, called Comunite. The name pays homage to this community of music enthusiasts we wanted to expand to a greater scale. We consider this event to be more than a festival. Actually, we never mentioned it being a festival in any of our communication because frankly, it’s way more than that. Comunite is an encounter where artists and the people who love their music meet in an idyllic setting in Tulum, backed with a solid social and ecological standpoint; and now a music label. 

Why Tulum? For the past 3 years we’ve been curating small events there with Acid Pauli, Delano Smith, Giegling, and others. The name of this new platform comes from the idea of union and communion and for us Comunite is great opportunity to bring artists and collaborate between them or even just to find inspiration to produce music. This year we invited Gielging guys for almost 25 days to stay in beautiful town of Tulum to produce new material. Most of the artists stayed for several days and got the chance to meet each other, like Edward and Rhadoo – maybe they will do something together one day. The whole idea is to create a community and rescue the culture that Latin America once lost, its musical identity.  

2/ Finish the sentence: It all started…

It all started a few years back when I started a label called CVMR Mexico, in which we have been able to compile under one single name the talent of big figures like Larry Heard, Swayzak, Glenn Astro, Vakula, Mark E, in addition to the national gems of AAAA, Soul of Hex, Century, Reptare, Pettro, Billie Mandoki, etc.

It was always a dream to put out a label here in Mexico for me. Additionally to putting out records, CVMR’s goal has always been to provide a 360 service around the output of music, that meaning handling bookings (Soul of Hex for example) to curating the musical direction of other festivals/parties. The label actually was born out of a radio show we used to curate in Mexico City’s only electronic music radio station, which of course limited us at some point and had to start something bigger. Overall, I think all of this has definitely bathed us in a good part of what Mexico has to offer for the music we love.

3/ Your artistic vision in a few key words?

Our artistic vision is based on the organic way our encounters take place within the festival. Everyone who wants to play and attend the festival is really keen on everything we propose, which makes the results really interesting. Genres and music styles do not matter in Comunite, so there are really great fusions to be heard. We do have a certain approach to supporting the sound of a new generation in Latin America, which intends to provide fresh outputs of our local and LATAM artists.

Our artistic vision also involves giving continuity to the encounter. One of our ideas next year is to curate workshops with artists from afar, so they can translate the inspiration from the Tulum context into new music. 

4/ And if you had to pick a motto? An anthem?

"A timeless space to disappear, transform, and collectively exist forever."

5/ If you were to match the spirit of the label with one club in the world, which would it be?

This year we plan to open our own club in Mexico City. That could be the perfect answer.

6/ Vinyl, CD, K7 or digital?

Vinyl only.

7/ And is the distributor nice?

So nice. Our distributors are from France, we’ve been working for them for 2 years and couldn’t be happier. Topplers. Check them out ;) 

8/ How does your artwork come about? What are you looking to express?

The artwork is inspired by the indigenous Mexican textile/fabrics design. These are produced in regions like Mérida and Oaxaca – arts and crafts that take years to produce and are handmade by these people with years of tradition.

9/ Who would be your dream remixers?

I consider Ricardo Villalobos a master of electronic music, and he has Latin roots as well. Otherwise, Lawrence, Traumprinz, and of course James Holden would be a dream to have as remixers.

10/ Would you prefer to dominate the record market or release two gems per year? 

Two or three gems per year definitely. Our mission here is not to dominate any sort of market. I actually think that this label is not for everyone. I think it’s an output for a very specific niche and I think it will flow its course organically. I’ve learned that for these kind of creative projects it has to flow naturally, otherwise it’s not worth putting it out.

11/ What’s lined up for the release party?

It will be an event featuring artists who don’t want to be named at this point. Intriguing right? 

12/ And if we had a scroll through your current playlists, what would we come across? 

My current playlists are filled with DJ Metatron tracks. Also, Donato Dozzy, Vid, and everything from his label Andromeda. Los Gaiteros de San Jacinto, Moodymann’s new DJ Kicks mix are on repeat. Also, Latin rarities like Jorge Reyes and of course Villalobos.

13/ What’s on the horizon for you guys? 

This year will be really interesting and productive. We’re already preparing Comunite 2017 and we want to do a couple of workshops before at the Manana Cuba festival to record local artists for the label. We’re doing part of the curation for this festival to get new releases and connections between cultures for next year’s edition of the gathering.

14/ A final word?

We’re really happy with the outcome of everything we’ve done with Comunite. It is a new project in which the main objective is to shine a light on Mexico and Latin America, to rescue our cultural identity and roots. This has over 100 years of lost history and the potential to fuse it with global culture is truly a blessing.