Tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas (encore) ?

Je m'appelle Mathieu Poterie, j'ai 25 ans et je débarque avec mon projet solo qui s'appelle Rag And Bones, l'album sort le 26 février. Avant ça, j'étais pianiste, j'ai fait le conservatoire en jazz, mais c'était pas trop mon truc, honnêtement. J'ai ensuite suivi un parcours de musiques actuelles. À côté de ça, j'ai toujours voulu faire mes projets en parallèle, avec des gens qui ne venaient pas du conservatoire. C'est aussi pour ça que la musique électronique m'attire : ceux qui la font sont très souvent autodidactes et ont une approche plus instinctive. Bon, c'est vrai qu'apprendre la musique au conservatoire m'a beaucoup aidé sur mon projet.

Tu faisais partie d'un groupe de post-rock avant de te lancer en solo, de quand date ce projet Rag And Bones ?

J'étais claviériste et je gérais la MAO dans un groupe qui s'appelait Figures In Motion. On s'est arrêté cet été mais Rag And Bones était déjà entamé depuis un an. Je suis entré dans cette culture électronique au début par Radiohead, et les autres projets de Thom Yorke, puis Modeselektor, et de fil en aiguille… Là, je commence à peine à écouter de la techno ! Mais au départ ce n'est pas du tout ma culture, je serais bien incapable de faire quoi que ce soit avec des platines. J'écoute plus de la musique tout seul qu'en club, c'est un univers qui ne m'est pas trop familier pour l'instant.

Ça a dû te changer de passer d'un groupe à un projet solo, de surcroît électronique puisque c'est une musique complètement différente à composer…

Oui, c'est un peu flippant de se dire qu'on doit tout gérer du début à la fin. D'un coup, je n'ai plus eu de retour au sein de la composition, alors qu'en groupe tout le monde donne son avis, on peut se reposer sur les autres de temps en temps. Il y a aussi le fait que dans Figures In Motion, il y avait un chanteur, là j'ai cinq morceaux instrumentaux dans l'album, c'est parfois déconcertant de ne pas pouvoir se reposer sur une voix lead.


On sent que tu as voulu garder une approche dans la composition assez pop : refrain/couplet, plutôt que des couches de nappes ou des beats progressifs, qu'on a plus l'habitude d'entendre dans la musique électronique …

Carrément, tout ce qu'on m'a fait écouter en musique électronique dernièrement, je n'en ai retiré que la texture, le son et non pas la structure qui reste assez post-rock chez moi. J'adorerais pouvoir faire des tracks de 8 minutes avec des montées en puissance, quelque chose de progressif mais c'est un savoir-faire, une culture qui n'est d'ailleurs pas toujours facile à appréhender. Je ne suis pas un geek des machines mais j'ai passé beaucoup de temps à regarder des tutoriels ou des vidéos de synthétiseurs. J'ai aussi enregistré des bruits un peu partout, pour pouvoir les sampler ensuite et ne pas être limité par mes propres instruments. Quand je suis dehors et que j'entends quelque chose qui pourrait bien sonner, je l'enregistre et j'en fais des snares, des kicks, des hi-hats, etc…

Tu peux parler des collaborateurs sur l'album ? Comment tu les a choisi ?

Il y a un an et demi, j'ai envoyé un mail à une dizaine de musiciens que je connaissais plus ou moins, en leur demandant de collaborer sur un ou plusieurs morceaux, avec la possibilité d'amener leurs idées, même si ça devait rester mon projet avant tout. Chacun a donc pris la place qu'il voulait. Il y a aussi eu la collaboration avec Can Pekdemir, un réalisateur turc qui a fait la pochette, le teaser et la vidéo. En fait Internet a beaucoup servi pour démarcher, d'autant que l'album est auto-produit, je ne disposais évidemment pas de gros moyens. Je cherchais une pochette un peu en galère, en regardant sur différents sites et puis je suis tombé sur ce réalisateur turc, que je ne connaissais pas du tout, ni lui ni son travail. Et je me suis rendu compte plus tard qu'il était assez connu, le mec expose un peu partout, le Guardian lui consacre des articles… Certaines personnes se sont intéressées à ma musique juste parce qu'il avait fait la pochette, donc sans les réseaux sociaux ça aurait été plus compliqué.

Rag and Bones
Artwork par Can Pekdemir

Justement, c'est par Internet qu'on t'a remarqué pour remixer Yael Naim ?

C'est un ami avec lequel je fais des impros piano / machine qui a été contacté en premier, mais il n'était pas disponible à ce moment là, donc j'y suis allé au culot en disant "hey, moi je veux bien tenter quelque chose". ll m'a donc mis en contact et ça s'est fait ! En plus de l'intérêt évidemment musical, c'est un beau coup de projecteur et, même si c'est triste à dire, ça apporte un certain cachet auprès des maisons de disques… Tu as beau avoir bossé quatre ans sur ton album, si tu leurs sors que tu as remixé Yael Naim, là, ils t'écoutent. Mais j'adore ce qu'elle fait, donc j'étais super content de pouvoir proposer quelque chose d'un peu déphasé par rapport au reste de l'album et aux autres remixes qui ont gardé l'harmonie de base. De mon côté, j'ai tout pété, en espérant de ne pas me faire gronder... et ça lui a plu.

Quels sont tes projets à venir ?

Je vais partir à Berlin en septembre pour en apprendre d'avantage sur la culture électronique allemande, j'ai l'impression qu'il y a un vrai savoir-faire là-bas !