Adeptes de la house et amateurs de musiques aériennes, on vous conseille d'écouter cet EP pendant la lecture de l'article :


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1/ Peut-on revenir sur l’histoire de ce nom ?


Tout part d’un cours de biologie de troisième. À l’époque je commençais à bricoler des sons dans mon ordi et je me disais qu’il fallait que je me trouve un pseudonyme. J’ai toujours adoré les SVT mais ma prof était tellement nulle que je passais le cours à feuilleter mon manuel scolaire et lire les chapitres les plus intéressants. Un jour, je tombe sur le « système nerveux » où il est question de « neurones », de « synapses » et … d’« axone ». « L'axone ou fibre nerveuse est un long prolongement fibreux qui transmet les messages de notre organisme aux neurones : Les sensations physiques, l’ouïe, le toucher… mais aussi les mouvements sous forme de signaux électriques »

J’ai tout de suite eu l’idée : je serai Axone, un lien transmetteur du monde extérieur à la musique intérieur, et inversement. Plus tard, lorsque je me suis penché sur la House, Axone s’est contracté en X_1. Version à la fois phonétique et graphique du mot d’origine, à l’image des musique de danse électroniques, plus codifiées et plus abstraites que mes débuts plus informels et un peu fantasques. Je dois mon nom à une prof naze. Big Up madame Gérard.



2/ Qui se cache derrière ?

Personne. Je ne me cache pas ! Je m’appelle Simon j’ai 23 ans et je vis à Paris. Vous pouvez me croiser au conservatoire rue de Madrid, à la BNF, aux abord du Périph’, au large de la Bretagne Ouest... Je crois que la meilleure façon de faire parler la musique c’est de la vivre pleinement. De l’incarner totalement, au quotidien, jusqu’à ce que cela devienne le plus naturel du monde. Les grands que j’admire ont tous cette sorte d’aura un peu fictive liée à leur travail, une personnalité qui véhicule une image, un contexte plus ou moins formulé qui intrigue et qui crédibilise d’autant plus leur musique.

3/ Qui d’autre gravite dans ta team ?

Cela va faire plus de trois ans maintenant que je ride avec la team du Beat X Changers, du temps où nous n’étions encore qu’un petit collectif en devenir. Parmi les zicos du crew il y a Monomite, avec qui je forme le duo house live Pulkone. À Berlin, mes grands amis Jim Cassady & Pablo ont un duo électronique très particulier, inspiré par des musiques variées et qui cherche tout azimuts. À l’inverse de Monomite, nous sommes tous plus ou moins taillé sur le même modèle. Même s’ils ne sont pas à Paris, nous restons très proches.

Côté parisien il y a aussi les grands frères house dancers du Beat X Changers. Théo, Jude, Ratha, Christian, Marwan… Avant je croyais que j’étais tout seul à aimer aller en club sobre, m’immerger dans la musique et danser pendant des heures. Maintenant je sais qu’on est une armée ! Enfin, la dernière figure de mon paysage musical, l’autre grand frère de son, c’est Dairmount. Leader du label Room With a View et DJ de grand talent, il est lui aussi basé à Berlin. Il a eu vent de ma musique avec mon premier disque. Depuis on est devenu potes. Là aussi il y a beaucoup d’échanges, d’apprentissages sur le monde des musiques électroniques et les gens qui les façonnent.X_1
4/ Ton parcours en quelques mots-clefs ?

J'ai toujours écouté de la musique enregistrée, d'aussi loin que je me souvienne. Après 4 ans de piano j'ai quitté le conservatoire, vers mes 14 ans, ça n'était pas pour moi. Les machines et la musique électronique sont devenu des outils et un moyen d'expression privilégié, que j'ai cultivé grâce à une formation d'ingénieur du son au sortir du bac. À la fin de mes études, ne désirant pas aller travailler dans des studios d’enregistrement, dans une boîte de prod ou de sonorisation de concert j’ai continué à avancer sur ma propre voie. Là a démarré l’aventure Beat X, le premier EP et tout ce qui s’en suit. L’année d’après, en 2014, j’ai eu des échos de la classe de Denis Dufour au CRR de Paris. J’y suis rentré et je continue ce cursus à l’heure actuelle.


5/ Au lycée t’étais plutôt quel genre ? Et côté musique ?

Du genre à sortir à la récré fumer une clope en écoutant un morceau-et-demi. La récré était trop courte pour en écouter deux en entier. J’étais du genre à passer trois jours à élaborer des playlists pour les soirées des potes. J’avoue que je n’étais pas très épanoui ailleurs, level d’autisme maximum. Cependant je n’ai jamais découvert autant de musique de ma vie qu’à cette période, sauf aujourd’hui peut-être. J’étais déjà bien à fond dans la musique électronique, en fait je n’écoutais presque que ça. On était en plein dans l’explosion de la minimal et je découvrais Plastikman/Richie Hawtin, avec ses label Plus8 et M_NUS, False a.k.a Matthew Dear a.k.a Audion, Farben (Jan Jelinek) et puis Minilogue, qui reste un groupe dont je m’inspire beaucoup. Je continuais à explorer tout Warp Records : Clark, Aphex Twin, Boards of Canada, Autechre et plein d’autres trucs …

6/ Si tu devais définir ton son aujourd’hui…

Disons que je suis venu à la musique  par le son plus que par l’apprentissage d’un instrument ou de la théorie musicale. Aujourd’hui, après trente ans de musiques électroniques les possibilités des machines et des ordinateurs nous poussent toujours à explorer les sons à l’infini. Toutefois, j’ai l’impression que l’on revient peu à peu à une musique de « notes » et de « rythmes » plus qu’une musique de « son ». 

7/ Parle-moi un peu de cet EP…

Après mon premier disque j’ai du réfléchir à ce que je voulais faire vraiment. Je sentais bien j’avais envie de continuer à explorer la house et m’approprier cette culture. Aujourd'hui, deux ans plus tard, je sors un nouvel opus. Cette fois-ci pas de cohérence formelle à proprement parler entre les trois morceaux, mais plutôt trois identités à part entière. Chaque morceau pose un univers dans lequel l’auditeur est poussé à projeter l’histoire qu’il souhaite. Mais de manière générale, je habité par cette contradiction de faire une musique qui cherche la spontanéité, un certain hédonisme accessible à tous, tout en puisant dans les traces sonores de ma propre histoire.

8/ C’est quoi ton set-up sur scène ?

J’ai davantage d’outils pour mixer les différents sons entre eux, déjà présents dans mon ordi, que des machines ou des instruments pour jouer en direct. L’énergie de la musique que je produis sur scène se situe surtout dans le mélange et l’agencement des sons : trames plus où moins harmoniques, des voix, des éléments rythmiques ou des sons qui mélanges tous ces aspects à la fois. La performance live se résume à l’interaction de ces éléments et leur transformation en direct.X_1

9/ T’as prévu quoi pour ta prochaine date ? C’est quand ?

Je vais continuer à bosser mes réflexes en live. M’approprier toujours plus les possibilités que les machines offrent pour être plus à l’aise, plus réactif. Ressentir d’avantage l’énergie du public aussi. Faire de la musique tout seul dans sa chambre depuis des années n’aide pas à interagir avec les gens lors du live. J’ai tendance à rester dans ma bulle pour me concentrer, il faut apprendre à faire l’aller retour entre soi et le public. La prochaine date c’est samedi 13 février au Malibv, le challenge c’est que le booth est tout petit petit et qu’il va falloir que je m’adapte. C’est l’occasion d’essayer de travailler dans une configuration plus réduite et d’aller à l’essentiel.

10/ Si je regarde un peu tes playlists du moment, j’y trouve quoi ?

Plus sérieusement tout ce qui m’a marqué musicalement dans ma vie je le réécoute régulièrement. Sinon en ce moment je redécouvre les compiles Freezone du label Belge SSR que j’écoutais plus jeune. C’est une série de six compiles dirigée et mixée par DJ Morpheus, une par année de 1994 à 1999. Un nombre incalculable de tueurs ont posé sur ces compiles. De Basement Jaxx en passant par Carl Craig, the Mighty Bop (Bob Sinclar) quand il faisait encore des trucs indés, Snooze, Château Flight, Moby, Glenn Underground ou encore Luke Vibert.

C’est très planant, emprunt d’une esthétique retro futuriste très cinématographique. Dans la flopée des sortie du label depuis 2014 il y a des choses très intéressantes comme par exemple cet album de Sandtimer : Vaporwave is Dead. Sinon je continue à écouter mes classiques de toute la vie : Pink Floyd, Brian Eno, Crosby & Nash, Free Design, Yes… Floating points, Four Tet, Caribou, Mount Kimbie… Herbert, St. Germain, Pepe Bradock, Kraftwerk, LFO, Jeff Mills, Audion, Minilogue…

11/ Il y a quoi à l’horizon pour toi ?

Ce qui est bien avec l’horizon, c’est que tu as beau avancer vers lui, le paysage se dévoile mais l'horizon, lui, reste à la même place. Donc je vais toujours de l’avant. Cela signifie explorer des musiques que je ne connais pas encore, rencontrer de bonnes personnes avec qui collaborer, travailler dans des domaines artistiques autre que celui de la musique, voyager… Très bientôt, je vais quitter Paris pour rejoindre Pablo, Jim et Phil à Berlin. J’ai envie d’y vivre de nouvelles aventures musicales avec eux, changer d’air, prendre l’espace et le temps – plus larges à Berlin qu’à Paris – affiner mes oreilles et mon regard pour entendre et voir toujours plus loin à l’horizon.X_1
12/ Un dernier mot ?

Juste une citation intemporelle du créateur de l’Ecologie Sonore, Raymond
Murray Schafer, dans son livre Le Paysage Sonore de 1977 :« Notre tour est venu d’imaginer ce qui attend nos oreilles et notre esprit. Vous qui modèlerez le monde du futur, écoutez très loin, faites de grands bonds de l’imagination et de l’intelligence, tendez l’oreille vers l’avenir, cinquante, cent, mille ans en avant. Qu’entendez vous ? »