Comment es-tu tombé dans la techno ? D'ailleurs es-tu vraiment un enfant de la techno ? J'ai vu sur Twitter que tu étais assez fan de Motorhead...

Je n'écoutais pas trop de techno étant jeune, mais exclusivement de la drum'n'bass, surtout pendant mon adolescence. En 2006 j'ai commencé à écouter de plus en plus de techno, et j'ai basculé pendant cette période là. Pour Motorhead, je suis allé les voir à Glastonbury parce que j'y jouais aussi. C'était le seul groupe un peu couillu à jouer sur la main stage donc je suis allé faire un tour, c'était épique ! La BBC a filmé le concert, dont le final où ils jouent "Ace Of Spades", avec des espèces de caméra qui plongent dans le public. Quand je suis rentré chez moi, j'ai regardé ça sur Youtube, et à ma grande surprise, je me suis aperçu pendant 3 secondes dans la foule, avant de me faire dégager par un énorme coup sur la tête. Quand j'ai appris la mort de Lemmy, je me suis estimé chanceux de l'avoir vu une dernière fois en live. 



Tu as fait des études d'ingénieur son, j'imagine que ça a du influencer ton travail en tant que producteur...

Oui, surtout parce que ça me donnait assez de temps libre pour faire de la musique, et pas assez pour trouver un job normal ! J'ai suivi des cours d'ingé son au lycée puis à la fac. Je m'y suis mis au début dans l'unique but d'être capable de composer un morceau de drum'n'bass. À l'époque j'allais déjà en rave et en réalisant que tous les DJs que j'allais écouter produisaient également les disques que j'achetais, j'ai compris l'importance de produire soi même si je voulais aller faire le DJ hors de ma chambre.

On était un petit groupe dans la classe à vouloir produire de la drum'n'bass, et on ne voulait rien faire d'autre. On disait aux profs "montrez nous comment sampler "Amen Brothers" et faire une ligne de basse". Mais ils étaient nuls, à peine capable d'allumer un ordinateur. On a fini par se refiler des tuyaux entre nous. Au final les profs nous ont donné notre diplôme quand même... Puis à la fac, je passais mon temps à produire mes morceaux dans ma chambre ou en utilisant les studios mis à disposition par l'université, puis je les jouais sur des radios pirates. 


Comme beaucoup de producteurs européens, et même américains, tu a déménagé à Berlin. Tu dirais que cette ville constitue un passage obligé quand tu fais de la techno ? Cette scène est pourtant en plein renouveau en Angleterre, on le voit avec Blawan, Clouds, AnD, Truss, Surgeon, et aussi ailleurs...

Tout le monde fait ce qu'il veut, il n'y a pas de règles pré-définies. Berlin n'est pas un passage obligé pour percer en tant que producteur, c'est juste que j'aime cette ville... Je m'y suis installé non seulement pour l'aspect musical, mais j'ai toujours adoré voyager.E t puis quand tu viens de Londres, les prix sont divisés par deux à Berlin : les loyers, la nourriture ou les transports, tout. C'est vrai que c'est un endroit parfait quand tu es artiste, et on y rencontre pas mal de gens en rapport avec l'industrie musicale, mais c'est loin d'être automatique. dax j
J'ai aussi lu que tu avais eu une sorte de révélation la première fois que tu a été à Ibiza... Portant on a du mal à t'imaginer là bas quand on écoute ta musique.

Oui, ça fait deux ans que je n'y suis pas retourné, et la dernière fois je n'ai même pas mis un pied dans un club. Mais j'adore Ibiza, c'est une île magnifique. Toute la culture club s'est envolée, ce n'est plus qu'un repère de soirées EDM et de coins VIP, mais je continuerais à y aller pour me reposer et aller voir des amis.

Avant Ibiza, je ne connaissais qu'une chose : la drum'n'bass. Et puis quand j'y suis allé pour la première fois il y a maintenant 10 ans, j'ai découvert la techno, sa façon de résonner dans un club. C'était tellement nouveau pour moi, c'est là que je suis tombé dans ce genre musical.

Justement, est-ce pour cette raison qu'il y a un trou dans ta discographie ? En écoutant ton premier EP, sorti en 2006, j'étais très surpris de tomber sur de la drum'n'bass. Ton deuxième maxi sort cinq ans plus tard, et le son a complètement changé, ça ressemble beaucoup plus à ce que tu fais maintenant. Que s'est-il passé pendant ces cinq années ?

En fait j'ai même sorti deux EP entre 2005 et 2006. C'était à la fin de ma période drum'n'bass, j'ai arrêté de produire. Je venais de finir mon cursus universitaire et je ne savais pas trop quoi faire, donc j'ai commencé à voyager. Je suis allé à Ibiza et j'y ai découvert la techno, ça m'a redonné envie de faire de la musique. Il m'a donc fallu quelques années pour assimiler les techniques de productions et ajuster mon son, la drum'n'bass et la techno étant deux genres très différents à produire.

Tes productions évoquent d'avantage la techno industrielle sur quatre temps, typiquement berlinoise, que les rythmes "breakés" propres au son anglais... Qu'en penses-tu ?

À mon avis la techno anglaise a un son bien à elle, elle a su s'émanciper du vieux "breakbeat" anglais, ce que j'écoutais à la base. Je n'essaie pas de sonner comme ci ou comme ça, tout vient très naturellement. Je dirais que ma musique est un mix de sonorités allemandes et anglaises. 


Malgré le fait ce soit devenu une capitale du clubbing, on dirait que Berlin est restée un paradis pour les artistes, et n'a rien perdu de sa folie. Qu'en penses-tu ? Que dirais-tu à ceux qui prétendent que c'était bien mieux avant ?

Je pense que tout cet attrait autour de la nuit berlinoise était inévitable. Cette ville a les meilleurs clubs, une législation assez permissive et des soirées qui n'en finissent plus : normal que ça soit devenu un eldorado pour les clubbeurs. C'est très inspirant en fait. Je suis sûr de recroiser les gens que je rencontre, parce qu'ils viennent tous y faire la fête au moins une fois par an. J'aime aussi ressasser et romantiser le passé de temps en temps, mais il ne faut pas oublier de vivre le moment, car c'est plus important que tout. 

Ta discographie est assez impressionnante : tu sors au moins trois EP par an. Comment fais-tu pour être aussi productif ? 

Je fais de la musique depuis presque 14 ans maintenant, donc je pense que ça m'aide à composer de plus en plus rapidement. J'ai toujours un tas d'idées qui me viennent, tout le temps, que je note dans un carnet. Et puis j'aime vraiment faire de la musique, j'adore être en studio, c'est mon point de méditation, je m'y sens zen. Si je n'y suis pas ça veut dire que je suis stressé ou trop occupé. Quand je re-rentre en studio, je revis, alors forcément j'y passe du temps et je finis par produire beaucoup de musique.



Tu a sorti D1 il y a maintenant trois ans sur Deeply Rooted, le label de Cyril Etienne des Rosaies AKA Dj Deep. Comment s'est fait la connexion ? 

J'ai commencé à lui envoyer quelques morceaux, et on s'échangeait quelques mails. Puis je l'ai rencontré quelques temps après, quand le maxi est sorti sur Deeply Rooted car il était à Londres pour une soirée. C'est un mec que j'admire, un DJ incroyable. Je lui dois beaucoup, parce qu'il a cru en ma musique et il m'a donné une visibilité que je n'aurais jamais eu si je ne l'avais pas rencontré. D'ailleurs après la sortie de D1, on a commencé à porter davantage l'attention sur ce que je faisais...

Ta prochaine sortie ?

J'ai un nouvel EP qui sort sur Monnom Black au printemps.


Retrouvez Dax J ce vendredi au Gibus, pour la Classic As Fuck.