En 2016, KillASon débarque dans le game avec l'ambition brûlante d'inscrire son nom dans tous les esprits. Rappeur, beatmaker mais aussi danseur et dessinateur, le jeune artiste multiplie les talents et les met tous à contribution dans son projet musical. The Rize, son premier album signé chez Fin de Siècle est une pure claque. Si son flow rappelle celui d'Andre 3000, c'est plutôt à Tyler The Creator que son univers original et polymorphe correspond.

Le rappeur privilégie d'ailleurs la langue de Shakespeare, et il ne serait donc d'ailleurs pas étonnant qu'il rencontre une vague de succès plus importante aux États-Unis qu'en Europe... Mais trêve de spéculation : il n'en est encore pas là (même si ça ne saurait tarder). Pour le moment, discutons avec le jeune et déjà si prometteur KillASon.

Tu viens d’où ?
Je suis né à Paris puis je suis parti à Poitiers à l’âge de trois ans. J’y ai fait mes études, puis je suis revenu à Paris après mon bac.

À quel moment as-tu eu le déclic musical ?
Tout petit. Enfant, je chantais "I Believe I Can Fly" devant mes parents, je voulais déjà toucher les étoiles. La musique a toujours été mon objectif premier mais ça a pris beaucoup de temps. J’ai toujours adoré la danse, mais encore plus la musique. J’ai fait mon premier son à 14 ans sur le projet El Fassa de mon beau père, Yvan Talbot (ndlr: c'est bien, écoutez-le ici). À 17 ans, il m’a offert ma première machine et m’a initié à la MAO. Il m’a tout appris. J’écrivais alors déjà, mais c’est avec l’élan de la production que je me suis dit qu’il était temps que je m'y mette sérieusement.

Comment est né ton premier album, "The Rize" ?
Cela fait maintenant trois ans que je travaille à l’élaboration de The Rize. Au début, j’ai commencé les prods avec le niveau que j’avais. Il y avait l’idée, mais ça sonnait pas top. En tout cas, je savais déjà où je voulais aller. 

Comment tu définirais ce disque ?
The Rize, c’est une palette des directions que je peux emprunter. L’idée était de proposer des morceaux hétérogènes pour ne pas avoir à me limiter par la suite. Demain, si je fais un album où je fais que chanter, on ne pourra pas me le reprocher puisque je chantonne déjà dans cet album. Je voulais me laisser de la liberté, pas m’enfermer dans une case « rappeur et basta ». 

Dans cet album, il y a des morceaux chantés, des trucs plus énervés, des prods plutôt calmes… Et finalement, c’est cette hétérogénéité qui crée l’unité du disque. The Rize – soit l’élévation – ce n'est que le début. C'est un aperçu de ce qui va arriver par la suite : la carte de visite KillASon pour asseoir l’univers.

Comment t’as développé ton style ?
D’abord grâce aux instrus. J’avais déjà fait de la batterie pendant sept ans puis mon beau-père m’a vraiment formé, et ça a libéré ma créativité. La danse aussi m’a beaucoup aidé à comprendre la musicalité et les rythmes. La musique, je la saigne depuis que je suis tout petit. J’ai vite saisi le truc et maintenant ça fait trois ans que j’applique tout ce que j’ai pu ingurgiter. J’ai la chance d’avoir un beau-père dans la musique, il a tout appris tout seul en dix ans en galérant.Killason                  ©Grégory Brandel

Tu crées tes propres prods, paroles et sons... Comment ça se passe dans ta tête ?
Si j’ai une idée de paroles je les écrit d’abord, et ensuite, je pose le beat. Mais parfois, c’est le beat qui vient le premier, ou bien une mélodie… C’est selon le feeling. Je vois ou j’entends un truc, puis je pars dans tout un processus. The Rize s’est construit comme ça.

Qu’est-ce qui influence ta musique ?
Quand j’étais petit j’ai été marqué par Daft Punk ("Around the World", "Da Funk"…), et j’étais fasciné par leurs clips parce que je suis fan de manga. Ghost in the Shell, Apple Seed, Macros +, One Piece… J’adore ça. La science-fiction aussi. Tout ça ça a nourri mon univers. J’essaie de ne pas me restreindre.Aujourd'hui, j’accède à un objectif : la musique, que la danse et le dessin viennent servir. Daft Punk, Bob Marley, Outkast, l’Ecole du Micro d’Argent, Dre, Snoop… J’aime beaucoup la West Coast d'ailleurs. Mon beau-père me faisait écouter en boucle l’album 2001. "Doggystyle" de Snoop, c’est un classique à mon panthéon. Puis B.I.G, c’est un puissant aussi.

Pourquoi rapper en anglais ?
Depuis le début, c’était évident. J’ai toujours eu un truc avec cette langue. Elle me touche, c'est organique. C’est un point qui m’a pris du temps. Je ne voulais pas arriver avec un truc bancal. Au début, je n'assumais pas le fait qu’il puisse y avoir des erreurs. Mais en vrai, je fais de l’art. Je suis pas là pour donner des cours, et c’est comme ça que je pense rester authentique.

Tu maitrises plutôt bien le slang, l'argot anglais. Comment as-tu atteint ce niveau de langue ?
La musique : écouter, écouter, écouter ! J’ai une bonne oreille donc j’arrive à intégrer le langage et la diction que j’entends. Il ne me manquait que le fond, la syntaxe et le vocabulaire… Tout ça, je l’ai intégré à l'école.

Tu rapperas en français un jour ?
Je pense pas. Il faut jamais dire jamais, mais c’est pas mon univers. Mon identité c’est que je suis français, je suis pas là à me cacher derrière une langue. Mais mon truc, c'est l'anglais.

Et produire pour un autre artiste, ça te plairait ?
Grave ! Pour l'instant, je ne me vois pas trop poser sur l'instru d’un d’autre, mais faire un beat pour quelqu'un, ça me ferait délirer.

Et sinon, tu en es où dans la danse ?
Je suis toujours dans les même crews et je les représenterais jusqu’à la fin. Avant d’être des camarades, ces gens sont mes frères et mes sœurs, on fait tout ensemble. J'appartiens à un groupe légendaire que j’ai rencontré quand j’avais huit ans : le Wanted Posse. On est une trentaine, presque comme un gang. On voit mon rattachement à ce groupe dans mon blase. Dans KillASon, le suffixe « son » c’est notre signe d’appartenance à ce groupe. On se reconnaît comme ça, t’as ton blase jusqu’à la fin.  

Dans mon autre groupe, Undercover, on est que des jeunes. On a créé le crew en 2008 et on a grandi ensemble à travers des expériences multiples, des exploits, des défaites aussi… On a fait une competition à Vegas, on devait gagner, puis, on a perdu. C'était une grosse déception.On peut s’attendre à de la danse dans tes lives ?
Mes lives sont très mobiles. Je dis que je gigote parce que c’est pas vraiment de la danse. Je veux pas qu’il y ait d’un côté le rappeur et de l’autre le danseur. Sur scène ça bouge de partout, et j’ai acquis cette énergie incroyable grâce à la danse.

Pour l’instant, elle n’est pas intégrée, mais par la suite, ce sera sûrement le cas. Et dans les clips aussi parce que dans mon projet, je mêle musique, danse et même graphisme… Je partage d'ailleurs pas mal de mes dessins sur Instagram pour faire exister cette part de mon art aussi.

The Rize available in a few hours

Une photo publiée par KillASon (@killasonucwp) le 22 Janv. 2016 à 1h52 PST

Comment tu comptes laisser de la place à tous tes talents ?
Pour moi tout s’entremêle : KillASon c’est tout un univers. Mes lives sont des shows en entier, un peu comme le conçoivent les américains. J’me balade dans cet univers et j’essaie de développer toutes mes facettes. Y’a plein d’idées qui passent et j’adore délirer avec le public. En tant que beatmaker je pose sous le nom de Maki la Machete, j’aime bien entretenir l’ambiguïté là dessus.

Tu seras à la Cigale le 26 janvier, c’est ta première grande scène ? Tu te sens comment ?

J’avais déjà fait une plus grosse scène au festival Nördik Impact. J’avais gagné le tremplin Discovery, j’ai donc ouvert le festival au Palais des expositions en octobre. Le 26, ça va être ma première vraie grosse scène, je le sens bien, ça me fait kiffer. Rien ne me fait peur. Le live c’est que du bon, j’adore ça et je sais que je vais prendre mon pied.killasonVous retrouverez KillASon à la Cigale ce 26 janvier aux côtés de Her et Hollidays. Il passera ensuite à Metz, La Rochelle et Nancy dans les mois qui suivent.

Pour choper vos places, c'est ici. Et pour streamer son album, choisissez votre plateforme favorite (Deezer, Apple Music, Spotify...) ici.