Photo en Une : © Alexandre Heriou

Trax : Tu as commencé à produire des beats très tôt : à dix-huit ans, tu sortais déjà Seriously Funky Crimes chez Red Lebanese. Tu as toujours été attiré par la musique ?  

Mad Rey : Non, au début j’étais attiré par le graffiti. Mais mon père ne voulait pas que j’en fasse, donc je me suis tourné vers la musique. J’ai commencé à treize ans : j’ai pris des cours de batterie pendant presque six ou sept ans. Et en seconde je me suis mis à faire des instrus de hip-hop.

Qu’est-ce qui t’as décidé à te reconvertir du graffiti vers la musique ?

Non j’ai continué, je fais les deux (rires). C’était lié à la culture hip hop.

"Ma mère écoutait pas mal de house : Moloko, Daft Punk... Je me suis intéressé à ça"

En 2012, tu as co-fondé Red Lebanese, qui à est la fois une maison d’édition et un label. Qu’est-ce qui t’y a poussé ?

On faisait pas mal de photos avec plusieurs potes, du coup on a commencé à sortir des petites éditions ensemble. Puis de fil en aiguille on a pu développer ça, jusqu’à publier des objets-livres en micro-édition. Ensuite on a commencé à créer des cassettes en parallèle. J’ai décidé de mettre mes prods dessus, et d’en faire des séries limitées qu’on a sorties sur notre plateforme globale.

Tu as commencé par produire des beats hip-hop sous le pseudo L.Rey. Pourquoi t’être ensuite tourné vers la house ? 

Parce que ma mère m'en faisait beaucoup écouter quand j’étais petit. C'était des trucs un peu à la con : Moloko, Daft Punk... Et puis comme j’aime beaucoup danser, je m'y suis intéressé.  

Tes prods house ont un côté old school : ton track "Double Jeu" fait même directement référence à la French Touch. As-tu le sentiment que les jeunes producteurs de house sont condamnés à se retourner vers leurs aînés ?

C’est une bonne question, mais on n’est pas condamnés, c’est l’inverse. Ça me plaît d'essayer de construire un dialogue avec un héritage, et de me dire héritier de tout un mouvement important dans la musique électronique. J’ai été élevé là-dedans en tant que gamin. Et je trouve que c’est d’autant plus important aujourd’hui de comprendre ce qu'était cette musique, et comment nos aînés en étaient arrivés là – sans non plus tomber dans le revival old school.

"On partageait un goût pour une certaine house liée au sampling, au hip-hop et au jazz. On a bien trippé ensemble."

En parallèle de tes prods, j'ai lu que tu étais étudiant aux Beaux-Arts. Qu’est-ce qui à la priorité pour toi : tes études ou la musique ?

La musique. En fait j’ai arrêté les Beaux Arts cette année, j’étais en quatrième année.

Tu as sorti le morceau "Quartier Sex" sur le premier EP de DKO, puis ton EP du même nom constituait leur deuxième sortie. Comment est-ce que le label t’as découvert ? 

Je vais acheter mes disques chez un ami qui s’appelle Jim Irie, qui est collectionneur et DJ. C’est devenu un très bon pote. Et un jour, il y a deux ans et demi, j’ai rencontré Mézigue de DKO, qui venait aussi acheter des disques chez lui. Du coup on a bavardé, je lui ai fait écouter ce que je faisais et inversement. On a trippé.

Ça faisait un an que je travaillais sur des morceaux house. J’avais même fini l’EP Quartier Sex. Donc je lui ai dit : « Tiens, je pense que c’est un bon début ». Et il était chaud.

Tu es le premier artiste à intégrer le label que vient de créer Neue Grafik, VERTV. Pourquoi t’a t-il choisi ? 

On est devenus assez potes il y a un an. On partageait un goût pour une certaine house liée au sampling, au hip-hop et au jazz. On a bien trippé ensemble, et puis il avait confiance en ce que je faisais ; il voulait qu’on bosse ensemble.

Les morceaux de cet EP (Hôtel La Chapelle, ndlr) datent beaucoup, et ils n’ont rien à voir avec ce que je fais maintenant et ce que je prépare pour mon nouvel album, donc j’ai un peu plus de mal à le défendre... Mais je vais le faire malgré tout, et je suis quand même hyper content.

"Je compose aussi mes premières musique de film"

Tu aimes te servir d’une MPC pour créer tes prods. Il y a d’autres machines analogiques qui te sont chères ? 

En fait j’ai commencé sur des logiciels. Mais ça fait presque deux ans que je suis uniquement sur MPC.

Tu es passé au Macki Festival, puis au Weather Winter pour un live, tu multiplies les projets... Tu es en train de percer. Qu’est-ce qui a été le déclic de tout ça ?

C’était au mois d’août dernier, quand j’ai fais un live au 6B, à la 75021. Après ça, on a commencé à me faire des propositions plus intéressantes.

Il est d'ailleurs temps que ça prenne forme maintenant, parce que je me sens plus mature. J’ai toujours eu envie de persévérer, parce que j’ai des darons qui font partie de cette génération de classe moyenne qui a mangé la crise en pleine gueule. Quand je discute avec eux, ça me stimule pour continuer à m’impliquer là-dedans. Je porte plusieurs casquettes, je ne fais pas que ça, mais en tout cas j’ai envie d’approfondir ce que je fais en musique.

Quelles sont ces autres casquettes ?

Je fais des graffs (rires). Non je rigole... J’étais surveillant au musée mais depuis j’ai arrêté, et j’essaye de développer des projets avec Red Lebanese. Je compose mes premières musique de film aussi, mais c’est encore un peu flou. Et puis j’ai d’autres projets à droite, à gauche.

Progressivement, on construit des choses à plusieurs. D’ailleurs Mad Rey ce n’est pas que moi, ça implique de nombreuses personnes ; il y a beaucoup de choses qui se font collectivement. Et je réfléchis à m’ancrer dans quelque chose de plus social.

Toujours par le biais de la musique ?

Oui, ou alors à travers l’édition, ou d’autres pratiques. Avec Red Lebanese, on a eu l’occasion de rentrer dans une lutte sociale récemment. C’était avec des gens qui faisaient la grève depuis cent jours, des nettoyeurs d’une société toute pourrie, elle-même sous-traitée par une autre société encore plus pourrie... 

On a été sollicités par un collectif d’artistes pour voir ce qui se passait, et réfléchir à ce qu’on pourrait envisager de faire avec eux. On s’est dit : « Ok, pour le nouvel an ils font un réveillon solidaire devant la mairie du XIXème, on participe, on va essayer de mettre de la musique, etc... ». D’y avoir été, et d’avoir mené des actions comme ça, ça m’a donné envie de le faire à nouveau. Et donc j'envisage de construire des choses similaires, d'élargir mon champ d'action.virtvmad rayHôtel La Chapelle sortira le 8 février prochain. On vous recommande de le pré-commander à cette adresse, et de vous rendre la release party du nouveau label Vertv, le 19 février prochain. 

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