Photo en Une : Vincent Thibault

Tu es donc très pote avec Jan Kounen...

Là, si je n’étais pas avec toi, je serais en train de regarder le premier montage d’un docu qui s’appelle Vape Wave. Ça fait un an que Jan parcourt le monde pour rencontrer tous les fabricants de vape, les cigarettes électroniques. C’est devenu un expert, voire une icône du milieu. Écœuré par les lobbies du tabac, qui arguent partout que les cigarettes électroniques sont plus nocives que le tabac, Jan a fait le tour du monde, rencontré des médecins qui ont mené des études... Et il ne pouvait pas s’empêcher de filmer des scènes « romancées ». Il fait donc intervenir des dealers de vape dans le futur. C’est assez génial ! Je réfléchis encore à la musique que je vais proposer. Pour l’instant, j’ai juste eu ma première expérience d’acteur en y jouant le rôle d’un psychopathe, avec le flingue de Vincent Cassel dans Dobermann...

Il existe donc bel et bien ce flingue ?

Oui, oui, je l’avais en main ! Je braquais des mecs pendant toute une journée, sauf qu’à la longue, il devient vraiment très lourd. Et un tueur avec le bras qui tremble, ce n’est pas très crédible ! Mais il m’a dit qu’il avait vu les images et qu’il était très content. C’est super simple avec Jan, depuis le premier jour. On était au téléphone alors qu’il était en train d’écrire une scène et il me lance : « Ça te dirait de jouer dans Vape Wave ? » Je lui dis que je ne suis pas acteur, mais il me répond : « Attends, je t’écris une scène sur mesure ». Donc j’ai un rôle de psychopathe qui ne parle pas, c’est parfait !

"A 22 ans, on m'a proposé d'aller travailler sur un film avec James Ivory à Londres et un warm-up de Richie Hawtin. Il a fallu que je choisisse."

Tu as composé la bande originale du film Go Fast en 2008 et, à bien l’écouter, ton dernier album Impermanence est aussi très cinématographique...

Je viens du cinéma. J'ai fait des études de ciné, mais j'ai appris à écrire des scénarios, pas à devenir acteur. Ce qui m’intéresse, c’est que tu bosses avec une équipe de dingue, et c’est aussi le seul art qui réunit tous les autres : l’image, évidemment, la mode via les costumes, le stylisme, les décors, le son, la musique, la photo, la lumière, le cadre... C’est un art complet.

Ça te change de la musique ?

Oui, ça n'a rien à voir. La musique, et la musique électronique en particulier, c’est l’introspection, c’est très personnel, très solitaire. Alors que dans le cinéma, hormis la partie écriture (et encore, parfois, le réal n’est pas le scénariste), ce que je perçois, en toute humilité, c’est un travail de management. C’est une grande famille à gérer, où il faut être fin psychologue.

Tu te souviens pourquoi tu voulais écrire à ce moment-là ?

J'ai toujours écrit. Quand j’avais 10 ans, je faisais des petits magazines chez moi. J’avais des feuilles de papiers où je découpais, je faisais les titres, de fausses interviews. J’interviewais les gens de mon village. Ce n’était même pas un fanzine, mais je faisais ça très jeune.



Tu tiens ça de ta famille ?

Oui, ma mère adore écrire. Aujourd'hui encore, elle écrit des pièces de théâtre sans arrêt. Elle a 70 ans mais elle kiffe.

On retrouve cette volonté dans tes compositions, comme dans Impermanence, où l'on a vraiment l’impression que tu as « écrit » un album.

Je suis assez d’accord. The Green Armchair était un album assez baroque, qui partait dans de nombreuses directions. Impermanence était presque une BO. Il y a une cohérence, une ligne...

Une BO de quoi alors ?

Les albums sont toujours un peu les bandes originales de la vie de la personne qui les compose. En tout cas, c’est comme ça que je les conçois. Ca dépend de tes états d’âme, de ta situation sentimentale, sociale, de tes rencontres et de tes velléités artistiques, mais tout ça, c’est en toi. Ça restera toujours la bande originale de l’année ou des deux années qui viennent de s’écouler. Ou plus parfois, lorsque tu as du mal à finir ton disque.

Est-ce qu’on peut voir chaque morceau comme une scène alors ?

Il y a deux choses : le morceau en tant que tel, et la place qu’il aura dans l’album. En général, quand j’ai fini mes morceaux, au moment du tracklisting, je refais les débuts ou les fins. Parce j’ai toujours écouté les albums de la première à la dernière minute. Pour Impermanence, certaines versions étaient aussi plus courtes ou plus longues, pour pouvoir les sortir séparément, les mixer ou non. C’est d’ailleurs le piège de la musique électronique : on peut refaire un morceau indéfiniment. La seule parade que j’ai trouvée, c’est qu’à chaque fois que je suis satisfait d’un track, j’enregistre et je compare avec la version suivante pour voir si je suis dans le vrai. Chacun sa méthode.

C'est celle que tu as appliquée pour ton prochain album ?


LIRE LA SUITE DE L'ARTICLE DANS TRAX#188 (en kiosques jusqu'à la fin du mois de janvier)