Qu’est-ce que vous revendiquez pour la free party au sein de FLUO ?

On demande l’abrogation de la loi (qui exige une autorisation préfectorale pour les fêtes de plus de 250 personnes, ndlr), mais on voudrait au minimum qu’elle soit correctement appliquée et que cessent les saisies abusives. Ça fait vingt ans qu’on est là et il est toujours aussi difficile de dialoguer avec les pouvoirs publics, pourtant on a vraiment évolué au niveau du sens des responsabilités : les petits jeunes qui débarquent dans la free sont confrontés à des actions de prévention, savent qu’il faut libérer des accès pompiers… Après, on sait bien qu’on ne pourra pas changer la loi au niveau de la Région, mais on a une carte à jouer dans la réappropriation de l’espace urbain, la mise à disposition de bâtiments avant destruction, dans l’esprit de Tour 13 à Paris (un immeuble en instance de démolition mis à la disposition de squatteurs du monde entier en 2014 à Paris, ndlr). On a un réseau énorme, et aussi une expertise des portes fermées... (rires)

Ce que vous réclamez peut-il s’appliquer à d’autres univers que celui de la free ?

On arrive en tant qu’organisateurs de free, mais on ne veut pas parler que de ça. On s’inscrit dans le constat qu’on fait partie des cultures secondaires voire opprimées, au même titre que le street art, le hip-hop… Depuis un an ou deux, il y a un net recul au niveau de la politique culturelle en général. La ségrégation s’applique aussi au metal, par exemple au Hellfest, qui se fait attaquer chaque année et même traiter de sataniste. Mais si la musique classique était mise en cause également, on la soutiendrait !

À voir la page de Freeform, on a l’impression qu’il y a de plus en plus de sympathisants du FN dans la scène free…

C’est vrai, on sent que la dédiabolisation mise en œuvre par le FN fonctionne bien chez les 18-24 ans. Pour eux, c’est un parti comme un autre, on n’en est plus à la génération des Béruriers Noirs… La free c’est un espace de contestation, de liberté. Cet esprit de rébellion, ça peut aussi amener au FN.

Pourquoi le FN est-il incompatible avec la free ?

L’ouverture culturelle n’est pas leur fort et ils réclament la peine de mort pour les dealers…

Ivan Bourreau, le coordinateur du teknival, explique sur la page de Freeform que la free est incompatible avec le FN parce qu’elle est synonyme d’ouverture à l’autre…

Oui, mais c’est nous qui le voyons comme ça. Le public qui vient aux teufs en spectateur n’adhère pas forcément aux valeurs traditionnelles de la scène. La free est un milieu ouvert, elle rassemble des gens venus de toute la société.

"Ces jeunes teufeurs qui votent FN ne mesurent pas les conséquences de leur geste"

Quand on connaît un peu l’histoire de la free, ça paraît évident que cette scène puise ses racines dans le milieu alternatif, les antifas, les Bérus, mais quand des gars sur le dancefloor te disent « je m’en fous de tout ça, moi je vote FN », qu’est-ce qu’on peut leur dire ?

Je comprends le geste de rébellion de voter FN, mais ces jeunes ne mesurent pas les conséquences de leur geste. Ils n’ont pas lu le programme de ce parti, on s’en rend bien compte quand on parle avec eux. C’est aussi pour ça que c’était aussi important pour moi de m’investir dans Artists in action, une compilation de 40 artistes underground et une fête prévue le 14 novembre, mais annulée à cause des attentats, pour venir en aide aux réfugiés. C’est un engagement qui m’a également amenée à m’investir dans ces élections.

Sur la liste FLUO, vous êtes associés à des travailleurs du sexe, des handicapés, des fumeurs de cannabis, des altermondialistes, des gens du Parti pirate … Pourquoi vous engager au sein d’une plateforme de défense des minorités ?

On s’est rendu compte qu’on se retrouvait aussi dans leurs revendications, on se sent solidaires. On se retrouve aussi dans le fonctionnement libertaire de ce groupe, non pyramidal, où chacun a droit à la parole.

Vous avez beaucoup de revendications communes avec les Verts. Pourquoi ne pas les avoir rejoints ?

Parce que c’est un parti politique, qui fonctionne comme tel. Et on n’avait pas envie d’être récupérés. Chez FLUO, on peut tous s’exprimer. Je n’ai pas fait partie de ceux qui ont choisi ce nom, mais j’aime bien qu’il reprenne les mots « fédération », « libertaire », « unitaire » et « ouvert », c’est tout à fait comme ça qu’on fonctionne…

"10 000 voix c’est pas mal alors qu’on n’a que deux mois d’existence !"

On a l’impression que beaucoup de gens ne se reconnaissent pas dans le système politique actuel. Apparemment, les membres de Fluo sont dans ce cas et le programme du groupe s’inspire de la réflexion menée par le Parti pirate autour de la réforme des institutions. Quel est le système que vous prônez ?

On veut davantage de démocratie participative. La société civile est dotée d’experts, chez FLUO on s’est rendu compte qu’on avait des gens très compétents sur plein de sujets de société. Je prône plus une évolution qu’une révolution. Certains de nos potes étaient choqués qu’on se présente aux élections, l’idée c’est de reprendre en main les institutions.

Concrètement, c’est quoi la démocratie participative ?

On voudrait que le vote blanc soit pris en compte, avoir accès au budget de la région, qu’il y ait davantage de concertation au niveau local pour faire émerger des idées de bon sens du terrain. On pense qu’il faut davantage de discussion, d’échange, de débat.

Vous avez obtenu près de 10 000 voix en Île-de-France, soit 0,3% des suffrages. C’est quoi la suite ?

Oui, 10 000 voix c’est pas mal alors qu’on n’a que deux mois d’existence ! On n’a pas donné de consignes de votes après le premier tour parce qu’on considère que ça revient à infantiliser les électeurs, on voulait même sortir un #onnestpastamere ! (rires) Concernant la suite, déjà on va organiser une teuf pour financer le trou dans notre budget dû à l’impression des bulletins de vote… Quant aux législatives de 2017, rien n’est fait mais on a trop pris notre pied pour nous arrêter là !