Photo en Une : Shauna Regan

Vous vous connaissez depuis longtemps avec Jean-Michel Jarre ?

Depuis quinze ans environ. Le jour de notre rencontre, il m'a invité chez lui et nous avons discuté de musique pendant quatre heures. On a tout de suite voulu travailler ensemble. À l’époque, nous envisagions de travailler tous les deux avec Arthur C. Clarke (écrivain britannique, auteur de 2001 : L'Odyssée de l'espace, ndlr), que nous apprécions beaucoup. Jean-Michel et lui s’étaient déjà rencontrés dans les années 1980. Mais Arthur est décédé en 2008, et le projet fut malheureusement abandonné. Je suis donc ravi de pouvoir enfin collaborer avec Jean-Michel.

Comment s’est passée cette collaboration ?

Jean-Michel Jarre m'a contacté il y a un an pour m’expliquer son projet. Il m’a expliqué le concept du titre sur lequel nous allions travailler : il s'agissait d’un train qui roule au­-dessus de l'eau. Je crois que c'était une vision qu'il a eue... Je lui ai envoyé quelques compositions et idées qui découlent de cette vision, comme le reflet du train sur l'eau, sa vitesse, sa destination, la nature de sa cargaison (est­-ce que ce sont des gens ou des choses transportées ?), les êtres vivants sous l'eau, qui regardent le train passer, etc. C’était très inspirant. De toute façon, son univers a toujours été une source d’inspiration.



De quoi avez­-vous parlé la première fois que vous vous êtes rencontrés ?

J'avais envie de lui poser des millions de questions. D'ailleurs, durant ces quatre heures, je l’ai littéralement assailli de questions. Je me souviens que nous déplorions la manque de collaborations entre les jeunes et les moins jeunes. C’est justement ce qu’il se passe avec Electronica, cette rencontre entre des artistes de toutes les générations. Je me souviens aussi de son incroyable collection de claviers, qui trônaient dans une immense pièce, comme dans un musée.

Dans une interview à Trax en 2010, Jean-Michel Jarre a déclaré que le secret de la longévité, c'était de "ne pas être à la mode, ne pas appartenir à un mouvement". Vous êtes d'accord ?

(Il rit, puis réfléchit) Je ne pense pas que cette formule fonctionne pour tous les artistes. Parfois, c’est utile d'appartenir à un mouvement, et parfois pas. En revanche, je suis sûr d'une chose : c'est important d'être son propre juge et d'essayer de ne pas être influencé par l'avis des autres, même quand cet avis est positif. Quand on fait partie d'un groupe ou d'un mouvement, il y a toujours une part de compromis.



Y a-­t-­il eu une part de compromis dans cette collaboration ?

Non, parce que chacun a travaillé dans son espace. Lors de la composition d'un track à plusieurs, certains vont aimer et d'autres pas. Et cette composition ne sera certainement pas à la hauteur de ce qu’on peut faire seul, à cause du compromis. J'ai appris, à titre personnel, que je n'aime pas faire partie d'un groupe. La meilleure façon de procéder, quand on travaille à plusieurs, c'est d'abord de discuter ensemble sur le travail, puis de chacun travailler de son côté, et ensuite le rassembler. C’est exactement le processus que l’on a suivi avec Jean-Michel.


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