Photo en Une : Benoit Peverelli

Pourtant, dans quelques jours, le Francilien repart à l’assaut des scènes du monde avec une envie qui vient cette fois de lui. Cette tournée viendra rompre plus de dix ans de silence. Elle arrive dans la foulée de album St Germain, son troisième, paru il y a peu. La tournée démarre dans quelques jours par l’Europe : dix-huit dates en un mois avec des étapes à Bruxelles (11 novembre), Paris (12 novembre), Lausanne (14 novembre) et Lyon (18 novembre). Joint au téléphone, Ludovic Navarre parle de ce retour surprise et de son envie de défendre en live les compositions de son nouveau disque.

Trax : Pourquoi as-tu disparu aussi longtemps ?
St Germain : La tournée de l’album Tourist m’a épuisé. Après avoir produit l'album de Soel, mon trompettiste, et fait quelques derniers concerts en Chine en 2005, il fallait que je fasse autre chose. Surtout que je ne suis pas spécialement amoureux des lives... Ni des interviews... Je ne fais pas de la musique pour tout ça. Je me suis un peu forcé à monter sur scène. Et la tournée a été très longue, l’Europe dans tous les sens, deux tours aux Etats-Unis, trois en Australie. C'était non-stop. Après ça, je ne voulais pas bouger. J'avais besoin de me poser. À la base, je suis solitaire. J'apprécie la tranquillité.

"J'ai eu du mal à le faire ce disque !"

Qu’as-tu fait pendant toutes ces années ?
De la musique ! Après Tourist, j'avais envie d'autres musiques et j'ai commencé à chercher. Au début, tout était un peu facile. J'ai commencé à travailler avec des musiciens de la tournée : piano, saxophone, percussions. Marier des sons jazz et blues avec de l'électronique... Mais je ne prenais plus goût à ce que je faisais. Je m'ennuyais et je voulais autre chose.

Jusqu’à ce que tu t’orientes vers la musique africaine.
J'ai toujours eu une passion pour la musique et les instruments africains. J'écoutais du Highlife. J'aime les ambiances de cette musique qui s’est développée au Ghana tout au long du 20e siècle. J'adore aussi la musique du Niger. Sauf que les rythmes de ces musiques sont compliqués. En cherchant, grâce à Internet, j'ai découvert le Mali et la musique des chasseurs. J'ai halluciné. Je me suis dit : « Ça y est, c’est ça que je peux avoir comme son ! » Et je suis parti en quête de musiciens très roots. Aussi, je ne souhaitais pas de gros sons, je voulais être bercé. Et j’ai imaginé ce concept d'afro deep.

On imagine que pendant ces dix ans d’absence, tu as du en profiter pour voyager et aller écouter ces musiques directement sur place, au Mali.
En fait, j'ai voulu y aller... Et puis, il y a eu toute la série d’attentats et puis la guerre... Alors cela ne s’est pas fait. D’ailleurs… je ne suis jamais allé en Afrique.

"D’ailleurs… je ne suis jamais allé en Afrique."

Le processus de création de ce nouvel album a été long. Comment l’expliques-tu ?
Il y a sept ans, quand j’ai trouvé le sens musical de cet album, j'ai senti que je pouvais revenir. Et... j'ai eu du mal à le faire ce disque. Il a été étalé sur cinq ans… et j'ai jeté beaucoup de choses sur cinq ans. J’ai gardé la même façon de travailler que pour l'album Tourist. Tous les musiciens sont venus un par un dans mon studio et je les ai enregistrés. Parfois, ils étaient deux, au grand maximum. Après les enregistrements, je faisais les structures, les montages tout seul dans mon coin et je laissais reposer le morceau pendant au moins un mois. Puis vient le temps de la réécoute. Il faut que j'aime le morceau encore à la réécoute. Et cela pendant une semaine ou deux. Il faut que je le supporte. Et souvent, quand c'est fini, ce n'est pas fini… Et comme je fais tout tout seul, cela prend du temps.

Qu’as-tu trouvé au contact des musiciens africains qui sont sur ce nouvel album ?
Ce sont des personnes sincères et généreuses. C’est très déconcertant. Ils donnent sans calcul. Dans cette relation musicale, il ne faut pas réfléchir et en retour donner autant de générosité. C’est très agréable de travailler avec des Africains.

Lorsque que tu es passé juste avant l’été dans l’émission de David Blot sur Radio Nova, tu avais préparé une sélection de tracks house d’Afrique du Sud.
Je ne suis pas trop l’actualité de la musique. Et quand j’ai découvert toute cette scène house d’Afrique du Sud, j’ai adoré. Ces rythmiques, ce mix des morceaux. Les jeunes producteurs de là-bas ont su faire évoluer la house en créant une identité nouvelle. Comme il y a eu à un moment un son bien reconnaissable à Chicago ou à Detroit.

"Les jeunes producteurs d'Afrique du Sud ont su faire évoluer la house en créant une identité nouvelle."

Qu’est-ce que tu as écouté justement pendant ces dix dernières années ?
J'écoutais un peu de tout. Je cherchais dans ce que je ne connaissais pas. Des choses très roots. Principalement dans les musiques africaines. Les musiciens ont une technique de jeu différente. Ils ont une approche intuitive de l’instrument, pas analytique. Cela fait leur charme.

Aujourd’hui, avec le recul, quel regard portes-tu sur tes deux premiers albums, Boulevard et Tourist, parus il y a quand même vingt et quinze ans ?

Boulevard, ce n’était pas trop mal pour un début ! Je le trouve encore intéressant. Tourist, il a fait son temps. J’en suis assez fier. C’est un disque abouti.

Tu as vendu près de quatre millions d’albums. As-tu été surpris de ce succès ?
Mais je le suis encore ! Je n’arrive pas trop à comprendre. Je me suis dit : « Pourquoi moi ? ». Je pense que j’ai un truc qui plaît, un style. Mais je ne l’entends pas.

"Je suis encore surpris du succès de Tourist ! Je n'arrive pas trop à comprendre."

Comment est reçu le nouvel album ?
Ça a l’air bien. Je suis allé voir un petit peu sur Facebook. Je crois que les gens sont emballés. Ce succès me surprend toujours. Et cela me gêne un peu car je suis totalement autodidacte.

Comment prépares-tu la tournée qui accompagne ce nouvel album ?
Déjà, là, j’ai vraiment envie de faire des concerts ! Scéniquement, ça va être assez incroyable. On a déjà fait des répétitions. Et j’aime beaucoup le son des musiciens. Ça me fait du bien de les entendre. Ce sera un live imposant, avec sept musiciens et moi. Et les anciens morceaux, comme « Rose Rouge », trouvent de nouvelles couleurs et sonnent superbement. Ces répétitions se passent vraiment bien et j’attaque la tournée sans me mettre de pression. J’ai même hâte d’y être !

Retrouvez St Germain en live :