PNL

Comment collabore-t-on avec le groupe le plus mystérieux du rap français ?

Via Internet, tout simplement. Ils sont assez difficiles et il se trouve qu’ils aiment bien ce que je fais. Parmi les beats que je leur ai envoyés, celui qu'ils ont choisi pour "Dans ta rue" n’est vraiment pas le plus évident. Ça m’a agréablement surpris, même s’il est très émotif et complètement dans leur délire.

On les sait très pointilleux sur les productions. Qu’est-ce que celle-ci avait de plus que les autres ?

C’est un beat plus ou moins vieux, à l’imagerie très synthétique. C’est surtout ça qui m’a surpris. Comparé aux autres prods sur lesquelles ils avaient bossé jusque-là, qui étaient plus organiques, celle-ci pique un peu les oreilles. Je l’ai construite autour d’un arpégiateur que tu aurais plus l’habitude d’entendre dans des morceaux de trance hollandaise. J’aime beaucoup les beats de rap qui samplent de la trance ou de l’eurodance, comme quand T.I. et Rihanna avaient samplé "Dragostea Din Tei" de O-Zone ou quand je sais plus qui utilisait des morceaux de DJ Dado, le type qui avait fait la bande-son de X-Files. Ça se marie bien en termes de tempo.

Est-ce que le secret de PNL ne résiderait pas dans la contradiction entre la douceur des prods et la vulgarité, parfois, du flow et des lyrics, même si elles peuvent aussi faire preuve de mélancolie ?

Peut-être bien, moi, c’est quelque chose que j’aime chez eux, ce contraste entre quelque chose de très fort et en même temps doux à l’oreille. Il y a de la puissance dans leurs chansons​, sans qu’ils aient eu besoin de crier pour autant. C’est un travail très différent de ce qui se fait actuellement dans le rap français (style Gradur, Niska, des choses plus énergiques…), c’est aussi pour ça que ça fonctionne bien. En ce moment, j’ai même l’impression – en terme de productions françaises – qu’on s’oriente beaucoup plus vers quelque chose d’émotif. C’est une formule qui marche déjà aux États-Unis (avec Future, Jeremih ou Shlohmo notamment, ndlr) donc il n’y a pas de raison que ça ne marche pas en France.

Cette contradiction est voulue ou tout cela relève plutôt d’un heureux hasard de goût et de sensibilité ?

C’est totalement voulu. Ils veulent de l’émotion. Dans leurs paroles, c’est ce qu’ils essaient de retransmettre, et c’est aussi ce qu’ils recherchent dans les instru’. De ce qui ressort de nos discussions, ils demandent à ce que les productions procurent un sentiment : des choses joyeuses, des choses tristes, des trucs sur lesquels on peut s’évader… C’est ça qui leur tient à cœur.



Un truc qui choc également : l’auto-tune, indissociable de leur son. Tu es à l’aise avec ça toi ?

D’abord je dois te dire que le traitement des voix, je ne m’en occupe pas, c’est le boulot de leur ingénieur son. Mais pour moi, en 2015, la question ne se pose même pas. Et puis, si ça peut permettre à des gens de chanter, tant mieux ! C’est pas forcément le principe de base de l’auto-tune, mais dans le rap, il en a cette utilité. Eux, ils l’utilisent d’une manière très travaillée, et ça correspond bien à leur univers ; ça donne un côté synthétique agréable.

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Retrouvez l'intégralité de cette interview dans le TRAX #187 (mardi 3/11 en kiosque)