"La plupart des événements à Mexico sont brandés"

Comment se dessine aujourd’hui la scène mexicaine underground ? On a l’impression qu’elle capte de plus en plus l’attention internationale.

Les producteurs underground ont fait beaucoup d’efforts ces dix ou quinze dernières années pour capter l’attention internationale et faire partie d’une scène plus globale. Mexico est une ville qui consomme beaucoup de musique électronique depuis l’eurodance des années 90, puis tous les sons progressifs des années 2000 pour arriver maintenant à l’EDM (au moins quatre festivals y ont été consacrés cette année). Du coup, ça se fait naturellement, de Nortec (fin 90/début 2000) et Filtro (mi-2000) à NAAFI (début 2010), pour ne nommer que quelques collectifs constitutifs de “mouvements” dans le pays.

"Il n’y a pas de culture club"

Le marché est difficile, il n’y a pas de culture club. Les gens vont surtout dans des bars et dans les clubs, il y a des tables autour de la piste de dance, pas de DJ booth, et une sélection musicale façon top 40. Mais l’électro vit un bon moment ici, de l’expérimentale au gothique en passant par les sons clubs. Le but est d’arriver à faire durer ça.

LAO

Quel genre d’infrastructures existe pour les arts électroniques à Mexico ?

C’est du “Do it yourself”. La quasi-totalité des producteurs travaillent chez eux, il est difficile de se procurer des machines convenables, il y a un boum des contrôleurs car il n’y a pas de culture du DJing et donc pas de platines vinyles. Et les CDJs sont trop chères. Le principal problème est le manque de lieux et d’équipement correct. Par conséquent, les coûts de production sont plus élevés. D’un autre côté, la plupart des événements à Mexico sont brandés.

"Le principal problème est le manque de lieux et d’équipement correct"

C’est basé sur une hiérarchie bizarre dans laquelle les agences de communication, qui détiennent les budgets des marques, ont leurs propres médias (sites Internet, blogs) et regroupent les compétences de promoteur, d’attaché de presse, etc. Donc leurs soirées sont systématiquement sponsorisées. Ce n’est pas forcément mauvais en soi, mais ça devient complexe pour les promoteurs indépendants et les artistes locaux puisque ces événements sont gratuits et qu’ils bookent des artistes internationaux avec des cachets importants.

De quelle façon la proximité avec les États-Unis influence la scène mexicaine ?

C’est plus qu’une influence : les scènes sont liées en termes d’esthétique, de son, de mode et de vie nocturne alternative. L’année dernière, notre collectif NAAFI est allé deux fois en Californie et nous avons chaque fois été surpris de voir que beaucoup de gens connaissaient notre musique ainsi que celle d’autres artistes mexicains. Les DJ’s de Los Angeles ou de New York viennent si souvent qu’ils connaissent de plus en plus de monde sur place.

Quand on écoute ta musique, on se dit que tu as écouté beaucoup de sons UK et de dub que tu mélanges à de la cumbia comme à de la trap.

Oui, les instrumentaux de cumbia ressemblent beaucoup au dub, encore plus accrocheur grâce au son du güiro (percussion constitué d'un racloir percé de trous ndr). J’adore aussi l’effet de « rebajada » (descente de pitch ndlr). Depuis que j’ai découvert le tribal (ou tribal-guarachero ndlr), vers 2007, j’ai expérimenté à partir d’aspects spécifiques de cette musique comme le costeño, qui intègre des éléments de la musique folklorique du sud ouest du Mexique, ou le prehispanico, qui utilise des éléments préhispaniques comme le conchas, le palo de lluvia, les flûtes aztèques et des enregistrements de son de pluie, de forêt, etc.