RENCONTRE AVEC DORIAN CONCEPT

Salut !

Salut Trax ! Je m'appelle Oliver Johnson, j'ai 30 ans, je viens d'Autriche et je produis et me produis sous le nom de "Dorian Concept" depuis 10 ans maintenant.

"Dorian Concept", ça vient d'où ce nom ?

Ça vient du "Dorian Scale" (le mode Dorien en français, ndlr), une combinaison de sept notes que j'ai découvert dans les théories jazz. J'ai composé mon premier track avec ce mode là, l'ai enregistré sur mon ordi sous ce nom là également, et lorsqu'est venu le moment de me choisir un nom d'artiste, j'ai choisi ça pour ne pas oublier d'où je viens.

Tu l'utilises tout le temps dans tes tracks ?

Je pense que c'était quelque chose d'important lors de mes années d'apprentissage. Mais maintenant j'essaie plutôt d'élaborer mon travail, de ne pas me limiter qu'à un seul mode, qu'à une seule idée musicale.

Dorian Concept

J'ai vu en effet que tu as étudié à l'Université...

Oui, j'ai étudié le sound design et la production de musique à l'Université des Sciences Appliquées de Salzburg, j'en suis sorti il y a cinq ans. En gros, j'y ai appris à faire sonner un track. On avait aussi des cours d'arrangements et de compositions, mais toujours focalisés sur le côté électronique de la musique.

"J'ai appris à abandonner les règles."

Tes influences à cette période ?

C'était déjà éclectique. J'avais autour de 20 ans, j'écouté beaucoup de rap et de hip-hop, mais aussi pas mal de choses électroniques et d'experimentations musicales ; puis des trucs entre les deux, comme Machinedrum par exemple. J'ai grandi avec tous les genres de jazz également, des années 60 à aujourd'hui.

De quelle manière tes études ont influencé ta musique ?

Disons qu'elles m'ont principalement donné le nécessaire pour comprendre quelles decisions prendre lorsqu'on en vient à la production musicale. Comprendre comment mixer un kick, un instrument, des trucs dans le genre. Mais aussi, une fois ça compris, j'ai dû apprendre à les ignorer à nouveau. À partir du moment où tu piges le fonctionnement des machines, tu peux faire quelque chose de différent avec. J'ai du apprendre à abandonner les règles.

Tu as collaboré avec Flying Lotus et The Cinematic Orchestra, raconte-moi cette histoire.

C'est quelque chose qui s'est fait en ligne, Myspace était dans son âge d'or et on s'est capté sur ça. À ce moment-là, il était facile pour les artistes de communiquer entre eux par ce moyen. Puis en 2009, j'ai personnellement rencontré Steven Ellison (FlyLo, ndlr) et son manager au Sonar Festival de Barcelone, qui m'a lui-même introduit à Cinematic Orchestra par la suite. Pour la tournée de l'album Cosmogramma de Flying Lotus, j'y ai joué du clavier parce que j'étais à Los Angeles à ce moment-là, j'habitais dans son appart', et ça s'est fait, simplement ! Ce n'était pas nécessairement parce qu'il avait besoin d'un claviériste, mais j'étais au bon endroit, au bon moment.

Concernant ton second et dernier album, ton communiqué de presse dit que "Joined Ends est [ton] plus important travail." Pourquoi ça ?

Parce que c'est la première fois que je m'assoie avec l'intention d'écrire un album. C'est une œuvre complète de musique dont j'ai fait la démarche de composer et de sortir.

Quelles ont été les difficultés ?

Les difficultés classiques je dirais, celles que tout artiste a comme le doute de soi-même, la douloureuse pensée de se demander si les gens en auront quelque chose à foutre, la selection finale des morceaux qu'on va mettre dans l'album... Il y a aussi eu une plus grande longueur du processus de création des tracks due au fait d'avoir utiliser d'autres instruments que juste un simple ordinateur. Tout était joué en live, avec de vrais instruments, des synthés et des machines analogiques, de vieux claviers... Donc oui, je dirais que le challenge d'avoir utilisé de nouveaux équipements était chaud.

"Cet album, c'était juste moi réalisant que je ne vois plus [la club music] comme mon chez moi."

Quel "concept" as-tu voulu démontrer cette fois alors ? Qu'as-tu voulu faire avec cet album ?

Je pense que c'est mon reflet sur un album que j'aurais aimé écouter ; qui se lit d'avantage comme un film qu'un album où l'on se dit "ça ce sera le single radios, ça c'est le single avec des vocals féminins etc...". J'ai toujours préféré les albums qui n'avaient pas de "produits" à vendre de façon séparée à ceux qui fonctionnent uniformément. Je pense que c'était moi, tentant de raconter mon histoire de l'époque, me présentant d'une nouvelle façon. Ça a montré une face différente du travail que j'avais pu faire auparavant, que j'avais performé en live ; travail qui était nettement plus orienté "club". C'était moi voulant me focaliser sur la musique plutôt que sur les effets.

Une orientation moins "club" donc ?

Je n'ai jamais voulu être un artiste de dance music. Même lorsque j'étais ado, je n'allais jamais vraiment en boites. J'étais principalement chez moi en train d'écouter de la musique et je pense que si je me suis retrouvé dans cette zone là, à un moment, c'était parce que je trouvais ça intéressant. Cet album, c'est juste moi réalisant que ce n'est plus mon chez moi. J'ai plus voulu me sentir comme un artiste éclectique.

C'est quoi la suite pour toi ?

J'organise une tournée et ma promo, je vais jouer avec un trio de musiciens de Vienne, partir pour la Red Bull Music Academy de Tokyo pour le show de la sortie de l'album, puis je reviens à Paris en novembre pour supporter Bonobo sur sa date parisienne.

dorian