Photo en Une : © Aldo Paredes


Un CV de dix pieds de long et plus d’une vingtaine d’années de carrière : la First Lady de Detroit n’a rien à envier aux Jeff Mills, Carl Craig et autre Robert Hood. Première, elle le sera dans plusieurs catégories : elle sera l’une des premières DJ’s techno femmes, l’une des premières à créer son label (Acacia Records) ou encore la première femme à rejoindre les rangs de l’incontournable Warp Records… À son actif également, une signature aux côtés de Nina Kraviz sur son label трип, et d’autres sur ceux des clubs Tresor (Tresor) et Berghain (Ostgut Ton) de Berlin. La doyenne ne s’arrête pas là, avec des releases à paraître bientôt sur son label Acacia Records. Tant d’années d’expérience – sous son alias K-Hand, à consonnance neutre, choisi pour se prémunir des préjugés sur la gente féminine – qui ne l’empêcheront pas de se livrer à des mix empreints des tendances actuelles (et pas forcément celles que l'on attendrait), teintés du Drumcode d’Adam Beyer, du Suara de Coyu et du Terminal M de Monika Kruse. Un mix que Kelli Hand nous conseille d’écouter n’importe où, n’importe quand.


Qu’est-ce que tu as ressenti après ta récente nomination de First Lady de Detroit ?

C’est encore un choc pour moi. C’est énorme, incroyable et surtout très excitant. Un peu comme un DJ qui se réveille un matin et découvre que l’une de ses prods est devenue un hit. Qui aurait cru que cela arriverait… Personne ne peut se douter de ce qui nous attend.

Est-ce que cela a changé quelque chose pour toi ?

Je n’ai pas vraiment ressenti une différence quelconque, à l’heure actuelle. Certains l’acceptent et me félicitent, d’autres n’ont pas l’air d’en avoir quelque chose à faire. Peu importe l’avis de chacun, tout me va. Tout ce qu’il faut retenir, c’est que j’ai reçu cet honneur et qu’il restera à jamais gravé dans les archives de la ville. Ce n’est qu’un début.

Detroit rend honneur à son héritage techno, mais penses-tu qu’elle soutient également ses nouveaux artistes ?

Oui, et je dirais même que la Red Bull Music Academy joue un rôle majeur là-dedans. Quelques DJ’s remarquables – et moi-même – ont désormais leur émission de radio. C’est aussi grâce à John Collins (DJ, producteur et responsable chez Submerge et Underground Resistance, NDLR), à la ville de Detroit, au Submerge et son musée de la techno… Sans oublier les record shops, qui vendent nos vinyles à droite à gauche.

Tu étais l’une des premières en tout point… Est-ce que tu te considères comme précurseuse ?

Oui. Mais ça a beau être une tendance qui dure, je n’y ai jamais réellement pensé ou accordé de l’importance. Quoi qu’il arrive, je continue à évoluer sans en tenir compte. C’est ma ligne de conduite.

Du Tresor de Berlin au трип de Nina Kraviz, tu as des releases sur plein de labels importants, mais tu sembles avoir fait profil bas sur la scène internationale. Pourquoi ?

À vrai dire, je n’ai pas eu de vraie agence de booking pendant des années. C’est la principale raison pour laquelle je n’ai pas beaucoup voyagé comme d’autres auront pu le faire. De toute façon, je ne suis pas vraiment le genre de personnes qui veut jouer 100 fois par an. J’aime garder un équilibre dans ma vie, entre mon travail et ma famille, alors j’évite de la passer dans l’avion. Je pense personnellement qu’il n’y a aucune possibilité – dans ce cas précis – de forger des relations solides avec qui que ce soit, à moins de voyager ensemble. Sinon, je ne serais disponible que le temps d’un déjeuner ou d’un rendez-vous à la sauvette. Et le temps, c’est important pour tisser de véritables liens.

En tant que femme, si l’on compare l’époque où tu as commencé et la scène actuelle, as-tu l’impression que la situation s’est améliorée ?

Non, pas vraiment. Je pense que c’est toujours un réseau de vieux machos et que ça le restera, peu importe le nombre de groupes féminins ou d’organisations créés pour défendre notre cause. La conclusion, c’est qu’à la fin de la journée, les hommes ne peuvent et ne seront pas effacés. C’est plus ou moins eux qui ont lancé tout ça et qui dirigent aujourd’hui.

Après cinq ans à jouer et à produire, où puises-tu tes inspirations actuelles ? Est-ce qu’on les entend dans tes mix ?

Je les puise en voyageant, en rencontrant le public. On ne les ressent pas dans tout ce que je joue, parce que mes mix sont basés sur ce que je ressens. Il y a tellement de diversité sur le marché… Mon humeur dépend de la vibe que je ressens à l’instant T. J’essaye simplement d’être moi-même, pas un faux artiste qui se reproduit uniquement pour se mettre en avant. A la fin, les gens dévoilent leur vrai visage. Le bruit de la foule sur le dancefloor en témoigne.


Tracklist

  1. Nick Curly – BBC [Drumcode]
  2. Moby - Natural Blues (Victor Ruiz Remix) [Suara]
  3. Stephan Bodzin - Powers of Ten (Pan Pot Remix) [Herzblut Recordings]
  4. Coyu/La CouCou - My Head Is On Fire [Filth on Acid]
  5. Thomas Gold - You Know [Armada Music]
  6. Deadmau5/Attlas - Bad at Titles [mau5trap]
  7. Sander Van Doorn - The Rhythm [Doorn Records]
  8. Pleasurekraft - Tarantula (7 Year itch Rework) [Kraftek]
  9. Secret Cinema – Centaur [Stil vor Talent]
  10. Karotte – Knocking Echoes [Tronic]
  11. Monika Kruse/Pig&Dan - Get Me On [Teminal M]
  12. David Jackson - Europa [Toolroom]