Photo en Une : © Maelstrom

Depuis son adolescence, Joan-Mael Péneau, alias Maelstrom, aime traîner dans les hangars désaffectés et les usines vacantes. Marqué par le passé industriel de Nantes, il distille depuis plusieurs années une techno froide comme la tôle des chantiers navals, réminiscence d'une époque manufacturière révolue. Naviguant entre Boysnoize Records, Sound Pellegrino et Zone, il sort aujourd’hui son album sur RAAR, label créée avec sa comparse Louisahhh, et en profite pour façonner une compilation de morceaux qui sonne comme une ode aux entrepôts du Hangar À Bananes, si chers à son cœur. 

Comment as-tu construit ce mix ?

J’aime construire mes mix comme je construis mes morceaux. Il y a un début, une fin et des choses qui se passent au milieu. J’essaie d’organiser mes morceaux de façon à ce qu’ils soient tous cohérents avec l’ensemble. Pour cette compilation, j’avais évidemment envie d'intégrer des morceaux de mon nouvel album. Je suis donc parti des quelques morceaux de mon album que je voulais mettre à l’intérieur, et j’ai ensuite construit petit à petit la mixtape, en rajoutant un morceau par ci, un morceau par là. J’essaie vraiment de chercher le morceau qui est cohérent avec celui d’avant et celui d’après, de faire quelque chose qui ait du sens.

Ce sont des artistes qui t’influencent ? Qui ont influencé ton album ? 

Je ne dirais pas que ce sont des artistes qui ont influencé mon dernier album. Ce sont plutôt des choses desquelles je me sens proche, qui me parlent et qui communiquent quelque chose qui me plaît. 

Comment définirais-tu ton premier album ? 

Cet album, c’est un espace de liberté. Quand j’ai commencé à travailler dessus, j’ai ouvert les portes, les fenêtres, tout, en me disant que tout pouvait arriver. Je me suis vraiment donné une plus grande liberté dans mon travail. L’idée de départ était de ne pas réfléchir une seule seconde au concept de l'album ou à son usage. Je ne voulais pas me demander si c’était un album de club ou un album qu’on écoute dans sa voiture… J’ai essayé de faire complètement abstraction de l’objet final, pour ne pas me mettre de limites. 

Tu te fixais des limites sur tes créations précédentes ?

Avant j’étais dans une situation où je faisais des Maxi et des EP. Du coup, l’objectif était qu’un des morceaux soit joué en club, par des DJ ou par moi-même… Il y avait cette idée de live. Et puis, sur quatre titres, tu ne peux pas aller aussi loin que quand tu pousses le travail sur dix ou onze morceaux, où tu as 45 minutes voir 1 heure pour t’exprimer. Là, tu peux véritablement rentrer dans quelque chose de plus élaboré et faire des choses que tu n’aurais pas l’espace de faire sur un EP. 

Tu as réalisé cet album sous auto-hypnose, en quoi ça change ta façon de créer ? 

Je n’ai pas véritablement fait cet album sous auto-hypnose. L’auto-hypnose c’est une technique qui permet de te focaliser sur l’instant. C’est proche de la relaxation, ça te permet de lâcher prise complètement. C’est quelque chose que j’ai commencé à pratiquer environ 1 mois avant de faire l’album. C’est également la différence entre mon travail d’avant et ce nouvel album. À chaque fois que j’entrais dans le studio, je commençais par faire 20 minutes d’auto-hypnose avant de me mettre à travailler, et ça m’a permis d’être vraiment dans le moment de la création, sans penser à ce que seraient les morceaux une fois terminés, en étant juste à l’écoute de ce qui passait. J’étais vraiment dans la musique qui était en train de se produire et pas dans l’anticipation de ce que cette musique pourrait être. Et ça, ça change beaucoup de choses, parce que ça te donne la liberté de tout faire. Avant, j’étais constamment dans le contrôle, je mettais très longtemps à travailler sur mes morceaux – je pouvais faire 20 ou 25 versions d’un même morceau et mettre plusieurs mois avant de considérer qu’un track était terminé. L’auto-hypnose, ça m’a permis d’arrêter tout ça et d’enregistrer mes morceaux en une fois. La plupart des morceaux de l’album ont été enregistrés en une prise.

Ça doit être assez libérateur ? 

Complètement, c’est génial. Après, c’est quelque chose que moi j’ai utilisé, mais c’est personnel. D’autres trouveront leur liberté en faisant du yoga, en fumant de la weed, en faisant de la méditation ou du sport…

Ton album s’inspire de la guerre d'Espagne. Tu peux nous expliquer un peu ce qui se passait là-bas à ce moment-là et pourquoi as-tu choisi d'aborder ce thème ?

Après une élection démocratique où la gauche est passée au pouvoir en Espagne, l’armée et une partie de la société dominante espagnole ont décidé de faire un coup d’état. Suite à ça, l’autre partie de la population s’est organisée pour résister, ce qui a amené à une guerre civile. Pour moi, ça n’a jamais été un processus conscient de traiter ce sujet, je ne me suis jamais dit « je vais faire un album complet sur la guerre d'Espagne », mais il se trouve que je lis beaucoup, et qu’au moment où j’étais en train d’enregistrer l’album, j’étais également en train de lire des bouquins sur ce sujet-là. Je suis passé de Javier Cercas à George Orwell… J’étais vraiment plongé dans cette atmosphère-là, et les morceaux sont devenus la bande-son de ce que j’étais en train de lire, des illustrations de cette histoire. Ça s’est fait très naturellement, sans que j’aie besoin de faire un effort de conceptualisation. Comme je suis tout le temps en train de lire, mes lectures se retrouvent forcément dans ma musique. La seule chose que j’ai faite, c’est qu’à la fin, j’ai recomposé un film narratif, à partir des morceaux que j’avais et des événements qui m’avaient inspiré. 

Est-ce qu’on peut dire que c’est un album concept ?

Je ne sais pas. D’un côté oui, mais en même temps je n'ai pas vraiment envie, car il ne s’agit pas de concept justement. Ce n'est pas un concept, c’est un objet artistique complet parce que toutes ces choses-là se sont passées, et qu’il y a des connexions entre ces romans et ma musique, mais je pense qu’il n’y a pas besoin de comprendre ce rapport à la guerre d’Espagne pour écouter et apprécier mon album. Il n’y avait pas de volonté de ma part de fabriquer quelque chose de cet ordre-là. Ce n’était pas prémédité.

Tracklist :

01. Rude 66 - The Ritual

02. Maelstrom - Snow Falls

03. Umwelt - Density 3

04. Maelstrom - Battle Of Jarama

05. Primitive World - Purple Caps (Not Waving Remix)

05. Anthony Parasole - The Chant

06. Surgeon - Convenience Trap Part.2

07. Steve Raschmad - Virton Upgraded (Ben Klock Remix)

08. Clark - Sodium Trimmers (Marcel Dettmann Remix)

09. Inigo Kennedy - Pithead

10. Terence Fixmer - Epsilon

11. SHXCXCHCXSH - LLDTMPS

12. Unknown Archetype - Tripp

13. Ancient Methods & Orphx - Age Of Iron

14. Maelstrom - Escaping From Malaga