Photo en Une : © photos par Cécile Gouaned


Master H, tu a mis un terme au mystère et tu as révélé que tu te cachais sous l’alias de H330. D’où est venue cette idée ?

Hassen : C’est une idée de Brice Coudert que j’ai rencontré lors de la quatrième Concrete, en 2012. J’hallucinais devant les line-up de ces soirées, car c’était tous les artistes que je ne voyais pas assez à Paris, et que j’allais voir jouer à l’étranger. Je me demandais qui organisait ça.

Brice Coudert : Il m’a demandé tout poliment : "Tu peux me mettre sur liste ?" C’était Master H quoi ! "Magic K" ! Je lui ai dit "Ouais, y a moyen ouais…" (rire) On venait de lancer Concrete et un mec comme lui me demande une liste, c’était direct : "Ouais bah vas-y passe !"

Master H - Magic K

H : On a accroché tout de suite. Il m’a proposé de venir en studio pour voir un peu ce que je faisais. Après quoi, on s’est dit qu’on pouvait signer quelque chose sur Concrete, d’autant plus qu’il venait de monter le label. C’était fin 2012.

BC : Master H, c’est un gros nom, une musique que tout le monde connaissait. Du coup, et pour s’amuser aussi, on s’est dit : "On va la faire à l’envers à tout le monde. On va créer un nouveau projet, ce sera Hassen qui le produira, et on gardera le secret pendant un moment pour voir comment les gens vont réagir à la musique, sans savoir qui est derrière." On avait inventé plein d’histoires ! On a bossé sur une première sortie, "Peace of Groove" qu’on a masterisée, on a fait les test press et finalement, même si c’était super bien, on sentait que ce n’était pas celle-là qu’il fallait sortir au départ. On a donc cherché un peu le style, ça a pris un an.

H : Je me cherchais aussi. Quand j’ai rencontré Brice, j’étais en pleine mutation au niveau de la prod et de mon approche avec la musique. Je me réinventais au niveau du studio, notamment avec des machines analogiques. Je me suis rendu compte qu’en produisant de la sorte, je ne faisais plus la même musique. Maintenant, je m’enregistre en live et c’est souvent du “one take”, une seule prise. C’est pour ça qu’un des morceaux que j’ai sortis sur Komplex de Deep s’appelle "Soul Take". C’est ma nouvelle façon de travailler. Ce qui a changé aussi, c’est que j’ai laissé à Brice la DA du projet, et il était super exigeant. Je n’étais plus le boss de Komplex de Deep ou l’artiste aux 25 ans de carrière avec Soma ou autres. Quand j’envoyais un morceau, c’était comme si j’étais un nouvel artiste avec ce pseudo qu’il m’avait demandé de trouver.

Il vient d’où d’ailleurs, ce pseudo ?

H : 330, c’est le numéro de série de ma DJR 400. J’ai voulu garder le "H", parce que les Écossais m’appellent "H". Je voulais enlever le "Master" parce que quand je suis arrivé, ça a parfois posé des problèmes dans la scène parisienne. Mais je ne voulais pas tourner le dos à la culture hip-hop, d’où je viens. C’est d’ailleurs ressorti pour le morceau "Find Tha Way", car pour moi, ce morceau, c’est aussi du hip-hop.

BC : Et c’est aussi pour ça qu’on a fait ce clip. 

H330 - Find Tha Way

En studio, tu te sentais plus libéré ?

H : C’était super excitant car c’était un véritable challenge. En parallèle, il lançait le label, Concrete Music, donc c’était quand même du high level.

BC : On voulait vraiment qu’il y ait un changement dans ce que tu faisais sous Master H. Sur le premier EP, tu avais pas encore fait ta mutation, comme dans La Mouche tu vois ? (rire) Après ça, même ton studio a changé, et quand tu m’as fait venir, j’ai senti qu’il y avait un truc vraiment différent, une nouvelle touche. Et qu’on n’allait pas se faire griller en plus !

H : J’ai été le premier surpris ! Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, je suis super emballé pour continuer sur ce projet. Je ne suis pas schizophrène, il n’y a pas Master H et H330, il y a une vraie mutation.

Alors Master H, c’est terminé ?

H : Non, on ne peut pas dire ça. H330, c’est une version 2.0 de Master H, c’est la meilleure tournure que j’ai trouvée pour aujourd’hui. Je ne dénigre pas du tout ce que j’ai fait avant, il y a juste une nouvelle façon de voir les choses, un nouveau souffle. Mais en même temps, quand j’écoute "Find Tha Way" je retrouve "Magic K" quelque part dans les drums et ça s’est fait inconsciemment. Je te dis ça parce que j’ai été surpris, aux 25 ans de Soma, de jouer "Magic K" après "Find Tha Way" de manière naturelle. Et là, j’ai compris que la boucle était bouclée.

Pourquoi c’est important de garder le secret ?

BC : Honnêtement, au début, il n’y avait pas de stratégie, on trouvait juste ça marrant. Mais on voulait vraiment voir comment les gens arrivaient, ou non, à faire abstraction du personnage derrière la musique. On sait ce que représente Master H, donc on savait  que certains allaient trouver ça cool directement parce qu’ils aimaient bien Master H et d’autres allaient détester immédiatement parce qu’ils n’appréciaient pas Master H. On voulait repartir à zéro.

Et cette année, il y a eu ce premier booking de H330 pour la Hors-Série que Surpr!ze a organisé à la gare Saint-Lazare.

BC : On s’est posé des questions pour savoir si on allait le faire en mode masqué et compagnie. Jusqu’au jour même, on devait encore le faire en mode caché.

H : On avait prévu de mettre un rideau ou une structure pour me cacher.

BC : Finalement, on ne l’a pas fait car on a eu peur que ce soit mal fait et que ça tourne au ridicule. En y repensant, je pense qu’on a bien fait de mettre un terme à cette supercherie, dans le bon sens du terme. Cela aurait été un peu poussif. D’autres artistes l’ont fait comme Tiger & Woods qui était au final Marco Passarani, mais ils n’ont pas attendu trop longtemps pour le dévoiler car au bout d’un moment, les gens se lassent et trouvent un peu lourd le buzz autour du mystère.

Comment as-tu vécu ce premier show ?

H : C’était assez énorme. Et vraiment un challenge. Brice m’a dit que je jouais à découvert le jour même. Pour moi, c’était à la fois une délivrance et un choc car je savais que les gens allaient me voir. Je me demandais si les gens n’allaient pas être dégoûtés et se casser au premier disque. D’autant plus que jouais en salle 2 et que de l’autre côté, il y avait Jeremy Underground en folie dans la salle 1. Le but, c’était de garder cette salle 2 pleine, parce que je savais que je n’étais pas une tête d’affiche et que la salle 1 reste toujours la scène principale dans la tête des gens. Et je suis vraiment fier d’avoir gardé toute la salle remplie du premier disque au dernier.

C’est important d’avoir une bonne stratégie de com pour les artistes aujourd’hui ? De savoir faire monter la sauce ?

BC : Aujourd’hui, il y a des artistes qui se montent comme ça, sur des coups de promo, quelques fois bidons. Donc oui, ça aide, mais après, il faut savoir si l’artiste ou le label sont prêts à faire n’importe quoi pour vendre des disques. Nous, on l’a fait parce que ça nous a fait plaisir de monter un truc ensemble, d’en rigoler. Après, je ne le ferais pas avec n’importe quel artiste.

H330, ce n’est donc pas un one shot ?

H : Non, il y a des choses qui arrivent sur 2017. Et c’était important de raconter l’histoire avant d’envoyer l’artillerie lourde.

LE PODCAST DE H330

Trax fête son 200e podcast ! À l'aube de nos 20 ans d'existence et pour célébrer la sortie du magazine #198 spécial 30 ans de house (disponible en kiosque), nous mettons en ligne un pack de cinq podcasts dédiés à la house music. À suivre donc toute cette semaine, les mix de Pedro Winter, H330, Claptone, Nick V... And house music was born.

https://soundcloud.com/h330

- Glimer Galibard - Stoner’s Paradise - MÖRK
- Hokuto Sato - Solarization - Aura
- Hedge Maze - Ourca - Lobster Theremin
- Hironori Takahashi - Cserker - MMAUDIO
- Ajukaja & Andrevski - Looking For Something That’s Not There - Levels
- H330 - Find Tha Way - Concrete Music
- Nummer - The Golden Age - Nummer
- Plant43 - Infected Biome - TRUST
- Omar S - On Your Way feat Divinity - FXHE
- JustLeftWhite - White label
- Bernard Badie - I Can Feel It - Night Club Records
- Vakula - Modulation 04 - Arma 11
- 2 BIT CREW - To A Party - 2 BIT CREW