Avant de créer de la dance music, dans les 90's, Fred P a failli signer un gros contrat dans le hip-hop. Ce plan est tombé à l'eau, il a alors arrêté la musique et vendu son studio : “J'ai acheté une voiture et commencé à travailler, j'étais très malheureux.” L'alcool est devenu une habitude à cette époque, et sans l'aide d'un ami, il aurait pu ne jamais revenir dans la musique : “Je l'ai rencontré par hasard en allant au boulot, il m'a donné ces cassettes et c'est là que j'ai découvert le broken beat, le nu jazz, et que j'en suis tombé amoureux. J'avais pour habitude d'écouter la musique à fond chez moi avec une bière dans la main, et j'avais les larmes aux yeux en réalisant pourquoi je me sentais aussi triste. Parce que je ne composais plus de musique !”

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Il commence alors à racheter de l'équipement et apporte régulièrement les cassettes de ses nouvelles productions à son ami. C'est ainsi qu'un jour, quelqu'un l'arrête dans le métro et lui demande ce qu'il écoute. Cette connexion l'amène à un label qui envisage de sortir sa musique. Ce projet sera finalement abandonné, mais cela suffira à donner envie à Fred P d'aller plus loin. Quelques années plus tard, alors qu'il est de nouveau déprimé car il n'arrive pas à vivre de sa musique, il compose l'album RE:Actions of Light pour faire ses adieux : “Je pense que j'ai tout mis dedans au point d'être en paix avec mon départ. Par hasard, Jenifa Mayanja [boss du label Bu-Mako et femme de Jus-Ed, ndlr] a entendu l'album et m'a demandé de lui faire un remix. Ce fut mon premier projet sur vinyle en tant que Black Jazz Consortium, ainsi que mon premier contact avec Jus-­Ed, qui m'apprendra tout ce qu'il faut savoir pour monter un label. À partir de ce moment, ma vie a complètement changé. C'est grâce à toutes ces rencontres et ces hasards que je suis ici ce soir.”

Fred P

Quel est ton mot préféré ?

Oui.

Le mot que tu détestes ?

Non.

Ta drogue favorite ?

Je dirais la musique, mais ma drogue, c'est l'amour, sans condition.

Le son que tu aimes le plus ?

Une femme qui murmure dans mon oreille.



Le son que tu aimes le moins ?

Les pleurs. Ouais.

Ton idée d'être heureux ?

La sérénité.

Ton idée du malheur ?

Ce serait d'être bloqué, de ne pas être libre.

Est­-ce que tu es libre ?

Artistiquement, au moins.

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Ton philosophe préféré ?

Ce qui est drôle, c'est que ce n'est pas vraiment un philosophe même s'il a étudié le sujet : Bruce Lee. Il a tout compris et a rendu cela très simple. La philosophie n'était pas du tout mon truc jusqu'à ce que je lise The Tao of Jeet Kune Do. Ça ne porte pas vraiment sur les arts martiaux, c'est plus une méthode pour rendre son esprit ou son attitude plus flexibles, pour trouver ce qui mène à une vision et finalement un mode de vie plus flexible. Je pense que c'était son propos, être dans le mouvement pendant qu'on vit sa vie.



Le philosophe que tu aimes le moins ?

Celui qui va te dire comment penser. Que ce soit un politicien, un philosophe… On doit pousser les gens à mieux penser par eux­-mêmes, pas leur dire ce qu'il faut penser. Notre expérience de la vie n'est jamais la même, ce qui marche pour quelqu'un peut ne pas marcher pour un autre.

"On doit pousser les gens à mieux penser par eux­-mêmes, pas leur dire ce qu'il faut penser."

Ton héros préféré ?

Il y en a trop, mais si je me limite à la musique : Chick Corea. Il a fait ces vidéos d'initiation et c'était si simple que j'ai appris comme ça. Il m'a vraiment beaucoup inspiré et il n'en a pas idée. Pour la dance music, pfff, laisse tomber : tout le monde de West London, les innovateurs de Detroit, Joey Beltram, Jus­-Ed, DJ QU, Levon Vincent, Anthony Parasole… Ensuite les légendes comme Joe Claussel, Frankie Knuckles, Jeff Mills… Je pourrais continuer pendant longtemps tellement il y a de gens que j'admire. Mais le plus important est probablement quelqu'un que personne ne connaît : Jay Locke. Ce mec est la raison pour laquelle je suis assis ici. C'est mon meilleur ami, la personne qui m'a ramené à la musique, et il est aussi l'un des DJs les plus talentueux que je connaisse. Monsieur Jay Locke, mon plus grand héros.

Le méchant que tu détestes le plus.

Tous ceux qui jugent et confinent les gens. Je ne peux pas donner de nom car on ne sait jamais ce que les gens ont pu endurer avant de devenir méchants. Mais s'il y avait un “préréglage” pour la méchanceté, ce serait ça. Tout le monde est unique, nous nous déplaçons tous avec un rythme légèrement différent, qui est relatif, car nous vivons tous sur la même planète. Si l'on se respecte, on peut apprendre les uns des autres, mais un méchant ne veut pas que les gens apprennent et grandissent. Mais il y a des opportunités pour les méchants de devenir des héros, je ne ferme jamais de portes, car à un certain degré, quelque part, je pourrais être considéré comme un méchant. On doit donner cette chance aux gens.

"Je déteste tous les boulots. Je ne peux rien faire à part la musique."

Le travail que tu aurais détesté faire ?

Tous. Je ne peux rien faire à part la musique. J'ai eu beaucoup de boulots, j'ai vendu des fringues, des appartements, j'ai travaillé en tant que garde... Je n'ai rien aimé. Ces jobs étaient des moyens de survivre jusqu'à ce que je fasse quelque chose que j'aime. Et je parle des trucs légaux, je ne vais même pas mentionner les trucs de gangster.

Quel est le vice que tu tolères le plus ?

Je suis quelqu'un d'assez tolérant. On ne peut pas en vouloir à quelqu'un qui ne comprend pas ou qui ignore, mais je n'aime pas en général les gens qui sont méchants et qui savent qu'ils le sont. Cela est aussi valable pour moi, si je fais quelque chose de mal et que je ne le sais pas, j'attends que les gens me le disent, sans être en colère après moi. C'est aussi ce que m'a appris le fait de vivre dans un autre pays.