L’introduction du second essai de Kendrick Lamar (To Pimp a Butterfly] consistait en l’alliance d’une figure d’antan aux représentants d’une nouvelle garde, en l’union de Flying Lotus et de Thundercat (tous deux issus de l’illustre Brainfeeder) au mythe de George Clinton, autrefois précurseur, chef de file du funk psychédélique et dirigeant — de main de maître — les structures Parliament et Funkadelic.

Le schéma se reproduit dès à présent, dans les coulisses des séries de singles Adult Swim, entreprises à l’aube de cette nouvelle décennie et devenues, depuis lors, l’un des principaux incubateurs d’une nouvelle ère ; digitale, hybride, prompt au mélange des genres et à l’innovation.

Les artistes sollicités par Adult Swim s’inscrivent idéalement au cœur de cette mouvance. A l’instar de Rockstar Games et de Comedy Central, il n’est pas rare d’apercevoir Flying Lotus, Thundercat et Shabazz Palaces (sitôt extirpés de la scène de Seattle) dans le sillage de la chaîne de télévision américaine — notamment par le biais des titres « Between Villains » et « Between Friends » de Captain Murphy, « Cosplay » de Flying Lotus, « The Mystery of Lonnie The Don » de Shabazz Palaces et du visuel de « Tron Song » de Thundercat, signé par Eric Andre.

Fruit de l’union des artistes susmentionnés (à l’exception de Kendrick Lamar), « The Lavishments of Light Looking » constitue un nouvel argument en faveur d’une nouvelle génération d’artistes, puisant çà et là dans le répertoire de leurs prédécesseurs (affiliés à la soul et au funk, au jazz et au hip-hop), les conviant de temps à autre (George Clinton, dans ce cas précis), sans s’attribuer ni s’en approprier l’univers.  

Ni la pépinière de Seattle (Shabazz Palaces, THEESatisfaction), ni les collectif Brainfeeder et Odd Future (pour étendre ainsi l’univers dont il est question) ne se sont formés pour prolonger l’œuvre de leurs ainés, attachés à une période aujourd’hui révolue. A l’inverse d’autres artistes, ni la maladresse ni l’évidence d’un tel emprunt ne paraissent au travers de leurs compositions.

Ce nouvel extrait, empli d’un certain optimisme (quasi providentiel), constellé de milliers d’éléments sonores, laisse transparaître de multiples influences (le g-funk et le p-funk, plus particulièrement), tout en les ajustant, en les soumettant à leurs sonorités et leurs milieux respectifs.

Isolé, mis à l'écart, Flying Lotus ravivait ainsi le projet WOKE, aux contours indéfinis. La formation consiste en la combinaison de divers talents — artistes (Thundercat, Shabazz Palaces) et producteurs (FlyLo, Jeremiah Jae) confondus — dont l'application (en cours d'exécution) aboutit désormais à la conception d'un film et de neuf compositions inédites.

UPDATE 02/10

Sitôt l'annonce publiée, Flying Lotus levait le voile sur le projet FUCKKKYOUUU — un court-métrage d'Eddie Alcazar, couvert par la rythmique saccadée et les nappes synthétiques de l'artiste américain. 

A l'image de l'univers mortifère de Steven Ellison, le scénario expose la situation d'une femme éperdue de solitude, douée d'un don particulier : le voyage dans le temps. Le personnage principal entretient dès lors une relation avec elle-même (dans le passé), intrigante et fusionnelle. Une allégorie du trouble identitaire et d'un sentiment d'inadéquation.