Un chiffre qui implique une certaine obligation, celle d'être faite par un artiste qui compte tout autant que lui. C'est donc vers le producteur hambourgeois que les regards et les oreilles se sont tournés, DJ Koze, qui explique sa démarche dans une interview exclusive. Et comme chez Trax on aime faire les choses bien, on vous offre également l'écoute intégrale de cette 50ème compilation :

Tu signes donc le 50ème DJ-Kicks, après Carl Craig, Four Tet, Actress, James Holden, Motor City Drum Ensemble ou son initiateur CJ Bolland. Qu'est-ce que ça fait de faire partie de cette longue liste d'incroyables artistes ?

C'est génial d'être entouré d'artistes d'une telle qualité, c'est certain. C'est la 50ème édition, c'est spécial, du coup j'ai moi aussi voulu faire quelque chose de spécial.

"Quand les gens te font enfin confiance, alors c'est fantastique parce que tu es libre."

Un peu de pression ? 

KOZE 

Oui bien sûr, mais pas parce que c'était la 50ème édition, mais plutôt pour l'épreuve d'accomplir ce que je voulais accomplir : cette mixtape, contrairement à d'autres que je fais, se devait d'être intemporelle. Elle n'est pas moderne, ne suit pas la tendance, c'est juste de bonnes musiques mixées ensemble qui pourront encore marcher dans 10 ans. C'était mon objectif, et ce n'était pas facile. Aussi parce qu'il y avait beaucoup de genres et d'influences différents et qu'il me fallait les harmoniser pour les faire rentrer dans un seul mix ; prendre un peu de ça, le coudre avec ça... Un peu comme un menuisier.

On sent d'ailleurs très bien toutes les influences qui te caractérisent en tant qu'artiste, tous tes alias et projets side. C'est toujours psychédélique et labyrinthique, ton style en somme. Je suppose que ce mix résume plutôt bien tout ce qu'il y a à savoir sur toi non ?

Oui peut-être, mais ça peut changer ! Imaginons que j'écoute du reggae et que je me remette à fumer de la ganja : on ne sait pas ce qu'il peut se passer ! (rire)

"Pour moi ce n'est pas "ok" si c'est juste "ok"."

As-tu été influencé par tes prédécesseurs ?

Non pas vraiment. J'aime beaucoup certains de ces artistes, comme Apparat... Mais pour être honnête, je ne m'inspire pas tant que ça des autres... C'est étrange à dire ! (rire) Bien sûr les bons artistes m'inspirent mais j'essaie plutôt de trouver ma propre formule.

Koze

Faire les choses entièrement par toi-même ?

Oui, c'est important de représenter quelque chose, d'être unique. Et plus large est le spectre, plus difficile c'est. Si tu répètes constamment la même chose, à la fin, dans l'esprit des gens qui le réaliseront, tu représenteras un certain style. Que tu sois peintre, écrivain, musicien... C'est bon pour tous les artistes.

"Plus large est le spectre, plus difficile c'est."

Alors tu vois la difficulté quand tu essaies de rendre le truc plus expérimental, plus large : les gens ne comprennent pas tout de suite ce que tu fais, ils ne peuvent plus te mettre dans une boite aussi facilement, ils se demandent "est-ce qu'il fait de l'ambient, du hip-hop, de la house ? Je pige pas."

Tu penses avoir atteint ce point ?

C'est difficile mais quand tu y arrives, quand les gens te font enfin confiance, alors c'est fantastique parce que tu es libre. Si tu es uniquement connu pour faire de la tech-house en club, alors tu t'enfermes et tu ne peux plus expérimenter. Et ça c'est horrible pour moi. Regarde David Guetta qui fait toujours la même chose : tout le monde l'a compris.

Est-ce que tu es satisfait de ce mix ?

Je l'aime, bien sûr ! Je ne sors jamais quelque chose dont je ne suis pas entièrement convaincu. C'est comme un dogme pour moi. Si je pense que c'est juste "ok", c'est que ce n'est pas très bon. Parfois tu fais des compromis et tu te dis "merde, je n'aurais peut-être pas dû", et tu n'en es pas très fier. Pour moi ce n'est pas "ok" si c'est juste "ok". Tu dois être honnête avec toi même en être fier quelque part.

"Si tu n'espères pas atteindre un point final, peut-être que c'est pour le mieux parce que tu peux continuer à l'infini."

Le track d'introduction s'appelle "I Haven’t Been Everywhere But It’s On My List". Je le comprends comme un avertissement qui annoncerait le début du voyage. Et donc à la fin, où nous as-tu emmené ?

C'est une drôle de question ! (rire) Franchement, je ne sais pas. Peut-être que le voyage ne se termine jamais. Si tu n'espères pas atteindre un point final, peut-être que c'est pour le mieux parce que tu peux continuer à l'infini... On est passé de David Guetta à la philosophie, c'est incroyable. (rire)

Tu as produit ce track là spécialement pour l'introduction de ton mix...

Oui c'est vrai, et c'est la dernière chose que j'ai faite pour. Ce track est comme une marche, la première que tu prends qui te permet de gravir les autres. C'est une énergie difficile à faire passer, elle doit être intrigante, mais moins puissante que le second track qui arrive. Ce n'est pas facile de trouver la bonne temperature, la bonne ambiance.

La compile DJ-Kicks de DJ Koze via !K7 Records disponible sur iTunes