Digger chevronné, lui comme son label se définissent en quelques mots simples, une devise, une prose : Notre philosophie est de sortir la musique que nous aimons sur wax. Organiser de bonnes soirées.Partager la musique que les gens n'attendent pas. Être simple et cool. Il nous a préparé un mix d'une heure comme il pourrait le faire en club : "Il y a un peu de tout, du dark, du planant, du chelou, du vénère, du cool, quelques favoris, un peu de Macadam Mambo et une des mes prods. Je l'ai fait en 1h et 6 minutes, d'une traite, uniquement vinyle, avec ma DJ7, une table plutôt rudimentaire." Raw, comme on l'aime.

Tracklist en fin d'article.

Interview de Sacha Mambo (par Pierre Serafini)

Salut Sacha, peux-tu nous présenter MZKBX ?

MZKBX c'est mon projet en tant que producteur, projet qui oscille entre house, techno et acid que j'ai commencé en 2009. Le nom MZKBX c'est la contraction de "MuZiKBoX" que j'avais choisi en référence à Ron Hardy (feu) le légendaire résident du Music Box à Chicago. Avec ce projet j'ai sorti quatre maxis et un album sur les labels Karat, Macadam Mambo, Fluofluid et tout juste That Place, j'ai aussi fait une apparition sur quelques various dont un pour Skylax et quelques remixes.

...un objectif : faire partager la musique la plus obscure, la plus folle et la meilleure possible, chacun dans son propre style.

Avec plusieurs dizaines de sorties à ce jour, ton label Macadam Mambo s’est solidement inscrit dans le paysage international, mais moins Français. Un manque de reconnaissance pour la disco ?

Oui et non, ça dépend si on parle de la presse ou des aficionados. Si c'est la presse, il y a effectivement beaucoup plus d'engouement à l'étranger. Mais la reconnaissance est là maintenant, le disco ça plaît et c'est "plutôt" accessible, ça a pris un peu de temps pour que les gens impriment, il fallait des défricheurs comme nous ou d'autres pour remettre au goût du jour "quelques" merveilles oubliées. Maintenant tout le monde en joue plus ou moins dans ses sets, ce qui n'était pas le cas il y a encore un ou deux ans. Après il y a disco et disco.

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Malgré le fait qu’il en entende énormément en club, le public connaît finalement assez peu le monde de l’edit. Comment se passe la création d’un morceau et l’élaboration d’une sortie ?

Je ne sais pas si on peut vraiment parler de création, il y a un travail d'édition c'est sûr, des idées d'arrangements, une volonté de magnifier (ou pas) un morceau, mais le plus dur c'est de trouver des tracks, pour moi c'est de la recherche : trouver le bon morceau suffisamment obscure, qui nécessite d'être édité parce qu'il est trop court ou qu'il y a des parties affreuses, des refrains insupportablement kitchs... Surtout pas un truc qui est déjà bon et qu'on peut trouver dans toutes les brocantes, comme j'en reçois des dizaines. Après, techniquement, c'est du découpage, et parfois beaucoup de nettoyage en fonction de l'état de la copie et du rip.

Globalement je fonctionne au coup de cœur, avec toujours une question : "Est-ce que j'achèterais ce disque ?"

Pour l'élaboration des sorties edits, si c'est une collab, en général avec des potes qui sont pour la plupart de gros diggers comme Mori Ra, Keeto ou Raphael Top-Secret, ils me proposent des tracks et je choisis ceux qui sont vraiment pertinents, il se peut que je propose des ajustements s'il y a vraiment mieux à faire, et je mets ça en forme pour faire le disque le plus cohérent possible. Si c'est une sortie de Guillaume des Bois ou moi c'est encore plus simple, parce qu'on maitrise tout de A à Z.

Pour la série "Macadam Mambo Trax" sur laquelle on sort de vraies productions, ça fonctionne comme un label classique : les artistes me proposent des morceaux et puis on voit ensemble si c'est parfait tel quel, ou si on peut faire un peu mieux que ce soit au niveau du mix ou des arrangements. Globalement je fonctionne au coup de cœur, avec toujours une question : "Est-ce que j'achèterais ce disque ?"

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La devise du label est : « Dans la vie, l’important c’est de continuer de danser ». Est-ce que vous êtes nostalgiques d’une époque plus légère, du « golden age » disco ? Votre envie de ré-éditer des morceaux de l’époque pourrait venir de là ?

L'humour est au cœur du truc c'est sûr, mais on n'est pas plus nostalgique que ça, on va chercher dans toutes les époques et les styles, on est ouvert à tout, c'est pour ça qu'on a une division "Edit", pour s'intéresser au passé, et une division "Trax" pour s'intéresser au présent. Après on est des fêtards, des DJs, donc quand on dit "l'important dans la vie, c'est de continuer de danser", c'est cette face qu'on veut présenter.

On aime la fête, c'est notre état d'esprit.

On aime la fête, c'est notre état d'esprit. On se prend au sérieux parce qu'on est exigeant sur la qualité de nos releases et sur ce qu'on joue quand on est derrière les platines, mais on laisse notre second degré s'exprimer.

Les outils modernes comme SoundCloud ont permis à de nombreux producteurs de sortir des edits à volonté. Inversement, ton label s’est spécialisé dans le fait de sélectionner et presser les vôtres sur vinyle. En tant que label manager, qu’est-ce qui différencie un edit exceptionnel d’un autre ? J’imagine que ça va bien au delà de la sélection du titre original ?

En effet, ça va bien au delà, c'est une question de goût, de connaissances, d'ouverture d'esprit, de curiosité et de snobisme à haut degré. Je connais un paquet de très gros diggers un peu partout à l'étranger, on se respecte, on fait partie d'un cercle d'initiés qui ont les mêmes centres d'intérêts. On est quasiment tous DJs, selectors, passeur de disques, avec un objectif : faire partager la musique la plus obscure, la plus folle et la meilleure possible, chacun dans son propre style. Sans toutes ces connaissances et une bonne ouverture d'esprit, c'est compliqué d'apprécier aussi bien un set d'Albion qui joue du Disco Continental, qu'un set de Traxx qui joue du Jakbeat, de l'indus ou de l'acid ; les deux sont aux antipodes, mais ils font exactement la même chose chacun dans leur style respectif. Avec des artistes de ce niveau, la barre est haute quand ils proposent des edits, on est dans une autre galaxie. Donc pour en revenir à ta question, la personne qui fait l'edit et son background sont aussi importants que le morceau lui-même.

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La dernière sortie du label est un double LP. C’est assez inhabituel pour vous. Envie ponctuelle ou désir d’explorer de nouveaux formats pour la suite ?

C'est juste la première fois qu'on sort un album/compile avec une pochette, c'est pour ça que c'est encore inhabituel, on a envie de monter en gamme ! Avec "Ultima Sensazione" on a voulu se faire plaisir, ce projet c'est vraiment Guillaume et moi ensembles en tant que "Macadam Mambo DJ's". C'est notre état d'esprit, avec beaucoup de fête et de soleil couchant en bord de mer, du coup on a fait appel à un super illustrateur, Rémy Mattei du collectif Mauvaise Foi, pour mettre tout ça en image. On va désormais faire des pochettes pour tous les disques, ça coûte plus cher mais c'est quand même plus classe.

La résidence du label au Sucre a fait la part belle aux surprises et a brassé des scènes allant de la house US aux expérimentations UK, en passant par la disco. Tes soirées au Terminal sont souvent l’occasion d’entendre de la fraîcheur. En tant que promoteur, qu’est-ce qui fait pour toi une bonne de soirée et une belle saison de programmation ?

Le choix des artistes est très important évidement, parce qu'on leur laisse les clés de la boutique pendant quelques heures. Donc ils ont intérêt à assurer, à être cool, il faut qu'ils surprennent et donnent du plaisir aux gens en passant la musique la plus incroyable possible. J'aime l'inconnu, donc j'ai toujours essayé de faire jouer au maximum des découvertes, des coups de cœur, des artistes en qui je crois. Et quand c'était nécessaire selon la capacité du lieux, de choisir un artiste un peu plus connu qui soit en corrélation avec l'ensemble pour créer une alchimie. Ça plus le tout présenté sur une saison, il y a moyen que ça claque bien sur l'affiche, avec un beau visuel en prime…

Le clubbing et la vie nocturne de Lyon ont littéralement explosé, [...] on se croirait presque à Paris.

Malheureusement ça ne suffit pas pour autant à faire de bonnes soirées. Le lieux est essentiel, l'atmosphère qu'il dégage, l'accueil du staff, la qualité du soundsystem, le prix des entrées et des boissons, les lights, le physio, les videurs… Il faut avoir les bonnes personnes, ceux qui savent s'amuser sans faire chier les autres, des connaisseurs, des kiffeurs de son, une bonne mixité, des danseurs, un peu de déco, toute sorte d'excentricités... et surtout une machine à fumée. Avec ça et un bon artiste qui déchire, connu ou pas, il y a de grandes chances pour faire une soirée mémorable dont on retienne le nom. Mais dans la scène électronique, les tenanciers misent souvent tout sur le promoteur, qui mise tout sur l'artistique, en oublient l'essentiel : donner une âme à leur club pour rendre leur lieu mythique sur le long terme.

Gaétan CLÉMENT © www.gaetan-clement.fr / Moodymann & Sacha Mambo by ENCORE @ Touche Française / Ninkasi Kao

Le clubbing et la vie nocturne de Lyon ont littéralement explosé sur les trois dernières années. En tant qu’acteur suivant cette évolution depuis de longues années, comment vois-tu l’avenir de la ville et de sa scène ?

Ça a complètement explosé comme tu dis, c'est assez dingue, les plateaux sont de plus en plus pointus, ou avec d'énormes têtes d'affiche. La compétition entre promoteurs est rude certains soirs, on se croirait presque à Paris. Mais il n'y a pas que dans les soirées que ça bouge, il y a aussi de nouveaux record shops, de plus en plus de personnes achètent des disques, et elles vont bien finir par se mettre à faire du son tôt ou tard, donc plus d'artistes et peut-être l'émergence d'une véritable scène… À l'étranger les gens connaissent Lyon aujourd'hui. J'ai vécu à Paris pendant plus de 10 ans, c'est là que j'ai construit ma culture club. Quand je suis revenu vivre ici il y a 5 ans, il ne se passait pas grand chose. Nuits Sonores une semaine par an, quelques clubs qui proposaient des soirées electro orientées tech ou house, et Ground Zero en galère de lieux… Avec l'impulsion d'asso comme Caramelo, ça s'est ouvert à des choses un peu plus fraiches, d'autres orgas ont suivi... De mon côté, dans mes soirées Ding Ding et au Sucre, j'ai imposé ma marque de fabrique en mélangeant les genres entre acid, disco, indus, techno ou Chicago house… qu'on entendait peu ou pas du tout ici. Beaucoup de jeunes se sont ouverts grâce à ça et font des choses vraiment cool aujourd'hui, je pense aux Pilotwings, BFDM, Groovedge, CLFT, Palma, chez Emile ou Simon Gi qui fait ses soirées Tunnel Vision.

On sent vraiment qu'un mouvement global est en route, la jeune génération est motivée.

J'espère que ça va durer, il y a une bonne base, après c'est plutôt sur les lieux que je suis réservé, l'économie est compliquée. Qui dit gros plateau, dit gros frais et gros besoin de rentabilité. Ça veut dire moins de risques sur l'artistique ou sur la déco... Ou à contrario peu ou pas de budget pour ne serait-ce que payer un A/R et un cachet mini au guest. Donc ça devient compliqué de proposer des inconnus qui déchirent et d'être à l'avant-garde. Pourtant il y a une attente, les gens répondent présents quand on leur propose autre chose que ce qu'ils ont l'habitude de voir, d'entendre ou de faire. Idéalement j'aimerais bien que Lyon attire plus de touristes de la fête, pour développer cette économie, comme c'est le cas dans d'autres villes. Croisons les doigts, ça en prend le chemin.

D’ailleurs à une échelle plus globale, comment vois-tu la vie nocturne et le clubbing de qualité se développer en France ?

Ça bouge de partout aujourd'hui, Clermont, St Etienne, Bordeaux, Nantes, Rouen, Strasbourg… On sent vraiment qu'un mouvement global est en route, la jeune génération est motivée. Internet à bien aidé à développer tout ça, l'accès à la "culture", aux contenus les plus divers... C'est beaucoup plus ouvert qu'avant même si ça reste quand même bien focus sur la techno, il faudra encore un peu temps avant que toutes les chapelles cohabitent à la même échelle... J'espère juste qu'il n'y aura pas de mauvais politiques pour venir mettre des bâtons dans les roues.

Parle-nous du mix que tu nous as préparé. Quel est son fil conducteur ?

Ces derniers temps j'ai fait pas mal de podcasts qui restaient dans le contemplatif. Là j'avais envie de faire un mix un peu plus rentre dedans, comme je pourrais en faire en club. Il y a un peu de tout, du dark, du planant, du chelou, du vénère, du cool, quelques favoris, un peu de Macadam Mambo et une des mes prods. Je l'ai fait en 1h et 6 minutes, d'une traite, uniquement vinyle, avec ma DJ7, une table plutôt rudimentaire.

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Tes projets pour la suite ? Des coups de cœur particuliers à conseiller aux lecteurs ?

Pour Macadam Mambo Edits, deux releases sont en préparation, une d'Albion complètement folle et une de George Kamm, un petit nouveau qui vient de Londres, pas mal barrée aussi. En parallèle, j'ai un nouveau projet de sub-label qui va s'appeler "Honoré", qui sera orienté dark, indus, techno, acid… J'espère pouvoir lancer la première release d'ici deux mois, ce sera uniquement des prods originales (pas de remixes, pas d'edits), avec des pochettes sérigraphiées. Dans les tuyaux j'ai également un remix que j'ai fait pour Everyone We Know, un label anglais qui doit sortir prochainement, et un maxi d'edits Macadam Mambo DJ's pour le label des Joe's Bakery en préparation. On a aussi démarré avec Guillaume une émission mensuelle de deux heures pour la radio K-MAH basée à Leeds.

Quelques coups de cœur ?

Dans un spectre à 360° je ne peux que vous conseiller de suivre les artistes de Macadam Mambo : Acid Square Dance, Albion, Bernadott, Dunkeltier, Fab Mayday, George Kamm, Giorgio Luceri, Guillaume Des Bois, Joe's Bakery Band, Keeto, Loisirs Modernes, Mituo Shiomi, Mori Ra & Asn, Muslim Disco Club, Mzkbx, Npnk, Phuong Dan, Phoebus, Raphael Top Secret, Sacha Mambo, Samo DJ, Takeshi Kouzuki, TeeTwo Mariani, Tokyo Matt et Traxx. Une dernière info, deux soirées à venir le week-end du 20-21 mars :

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Tracklist
Intro. Catwomen...
01. Sequencer People - Distant View At The Beach Police Story - Domestica
02. Bufiman - Kalvier - Versatile
03. Nu beat
04. Lena Willikens - Howlin Lupus - Comene
05. Mzkbx - 51 Pegasi - That Place
06. Mutant Beat Dance - NewNewsIsOldNews - Rong Music
07. Crazy stuff
08. Tolouse Low Trax - Jeidem Fall (Wolf Müller Mix) - Karaoke Talk
09. S.M. Nurse - Worst Und Bier - Domestica
10. Xymox - A Day (Sneaker Dunkeltier Remix) - Macadam Mambo
11. One of my all time fav'
12. Old Skool Techno
13. Jakbeat + Speech
14. Old Skool Techno
15. Cocaine speaking
16. Acid Classic
17. Brunst - Glumski - Börft Rec.
18. Sacha Mambo & Guillaume des Bois - Sikaa - Macadam Mambo