1/ Mirror’s Edge

Pour accompagner la cascadeuse Faith dans sa cité de verre, le compositeur suédois Solar Fields (Random Friday) conduit une soundtrack toute en apesanteur, à l’electronica cristallin et orchestral, qui rappelle sans grande prétention la volupté transie de l’anglais Jon Hopkins. C’est la cerise sur le gâteau, et elle est hautement méritée.

2/ Transistor

Concepteur de son chez Supergiant Games, Darren Korb met sur le jeu Transistor une pâte bien marquée. Avec un style qui mélange trip-hop et acoustique, il parvient à démêler un tempo exotique et éclectique. Jazz, funk, rock, polka, il remue et exécute une soundtrack parsemée de voix, de voyages et de courants inclassables.

3/ Max Payne 3

Le père Max Payne est depuis quelques années maintenant une égérie de bravoure masculine et de fierté vengeresse. Il fallait bien sûr suivre son rythme effréné par une bande-son statique et pleine de testostérone. Bras dessus-dessous, les artistes du collectif Trouble & Bass, qui excitent des night-clubs de Brooklyn, y composent une bande sonore sirupeuse, moite et forcément musclée.

4/ WipEout 2079

On remonte le temps pour revenir à celui de la PlayStation première du nom, la série WipEout reste le succès incontestable de courses d’avions bioniques. Pour doper les joueurs d’un esprit de compétition effréné, le jeu compile l’acid house de Fluke en surfant sur la vague big beat des Chemical Brothers et de la rave industrielle de The Prodigy. Les Anglais sont à l’honneur, le taux d’adrénaline explose le plafond, c’est une vraie free party virtuelle.

5/ GTA V (Flying Lotus & Soulwax)

Le jeu vidéo détenteur du plus gros budget en développement et en marketing (260M$, soit encore plus que celui du film The Dark Night Rises) se devait d'avoir une soundtrack au niveau. Et c'est fut le cas. Les vices solaires et mafieux de la franchise GTA assouvissent les plaisirs des plus jeunes (et des plus vieux) au service d’un no limit intégral où l’excès est fortement conseillé. De ce fait, au contrôle d’une voiture carjackée, vous avez la chance de pouvoir écouter les radios playlistées par Soulwax, Flying Lotus, Gilles Peterson, la top Cara Delevigne ou encore les membres du groupe Wavves : on y retrouve des inédits de Tyler, The Creator, de FlyLo également, ainsi qu’une sélection éclectique cinq étoiles.

6/ Hotline Miami

Dans l’ambiance nostalgique d’un Miami fluorescent, vous suivez un serial killer dans l’assouvissement de ses fantasmes. On pense tout de suite à Drive et plus précisément à Kavinsky. Composé par une tripotée d’artistes comprenant le magicien electro de Boston MOON et le compositeur Jasper Bryne, les scores psychédéliques soutiennent les massacres du tueur. Sa folie est contagieuse.

7/ Ridge Racer Type 4

Dépassé pour certains et essentiel pour d’autres, ce jeu de courses de voitures pixélisées fut le must be de beaucoup de gamers, et la source originelle de nombreux compositeurs, qu’il soit ou non conscient de cette influence. La Sound Team Namco (qui rassemble aussi le développeur du jeu) est l’auteur de ces fulgurances outrancières, bourrées de house et de techno japonaise qui s’allonge dans des résonances lounge et funk. Même si elle peut parfois irriter le tympan, elle confirme la base de la base.

8/ Space Harrier

Place au jeu d’arcade des années 80 et aux lourdes cassettes de la Sega. Au même titre que Ridge Racer, la musique de Space Harrier dénote par son tempo ultra-cadencé, soumise aux lois d’un joystick épileptique et insonorisé. Cette OST vous rappellera la douce sensation de votre moquette et l’excitation de vos doigts sur la manette.

9/ Portal 2

Tant dans sa mécanique que dans son écriture, Portal fut l’égérie du sens dessus-dessous, avec ses portes cosmiques et ses sauts dans l’infini. La deuxième saucée fut annoncée comme un chef-d’œuvre. La bande sonore se devait d’être à la hauteur. Avec sa prose évasée et minimaliste, Portal 2 acquiert une musique électronique discrète et synthétisée : des variations de chiptunes (produites par les puces sonores et les machines d’arcade) jouant sur des arpèges raides et des voix fortement autotunées. Composée par Mike Morasky de chez Valve, cette bande-son est aussi fantomatique que statique.

10/ Doom

Le souffre, l’enfer et ses démons. Doom est l’indétrônable survival horror qui plonge le joueur dans une science-fiction super flippante. Pour en retirer toute l’angoisse, rien de mieux qu’une musique aseptisée et artificielle. Comme pour l’illustrer les débuts du jeu vidéo, l’utilisation du MIDI est le passage obligatoire des années 90. Les instruments pionniers en la matière, le Prophet 600 et le Jupiter 6 – tous deux analogiques –, font de Doom l’un des leurs premiers cobayes. B.O. écrite sur un tempo quantifié, le concepteur id Software inscrit le jeu dans une atmosphère industrielle et froide, qui reflète parfaitement le scénario et l’ambiance de ce FPS première génération. Une base qui influe sur toute création électronique. Qu’on le veuille ou non, on devrait presque tirer notre révérence.

11/ Rez

La matrice de Rez est assurément l’un des univers le plus dédaleux qu’ait connu le jeu vidéo. Mystérieux et inclassable, Rez est un véritable OVNI du gaming : on y suit un être tout en chiffres et en équations, évitant de drôles d’embuches colorées au néon, Tron-style. Les Japonais Keiichi Sugiyama et Ken Ishi lancent une bourre de techno minimal pleine de basses qui vire au défibrillateur sonore. Et surprise, on retrouve une piste d’Adam Freeland, balbutiant ces derniers temps dans le collectif The Acid, qui veille à l’équilibre synthétique du jeu. Sans l’ombre d’un doute, la bande sonore de Rez a plus d’énergie que des milliers de lapins sous pile alcaline.

12/ Splinter Cell : Chaos Theory 

Pour accompagner ses traques infiltrées, Sam Fisher ne s’offre pas n’importe qui. Vous me direz, les réputations doivent être entretenues de chaque côté. Si bien que c'est le producteur brésilien Amon Tobin qui y a produit une soundtrack puissante et intelligente, comme d'habitude. Avec son downtempo orchestral et sa drum’n’bass magnifiquement brisée, il mélange les airs et les genres, s’anime dans un jazz oriental et un blues électrique. Incroyable, éclectique et immersif, c’est de la dope à l’image du jeu.

13/ Chrono Trigger

Les débuts de l’heroic-fantasy. Dans le genre des quêtes épiques et des combats vénérés, Chrono Trigger est un classique. À coups de bruits de flute et de paillettes enchantées, les petits héros pixélisés vaguent dans un monde ultra-dimensionné. Composée par le japonais Yasunori Mitsuda, un vétéran de la franchise Final Fantasy, la bande-son du jeu est une approche quasi primitive de la musique du monde imaginaire : « À l’époque, je voulais créer une musique qui ne correspondait pas à un autre genre établi. » Après de longs essais et d’interminables sessions d’enregistrements, la musique mit quatre mois à rejoindre l’univers des petits forcenés, fourvoyant à leur sortie des millions de fidèles prêts à rentrer dans leur royaume.

14/ Super Mario Bros 2

Nintendo ! On ne pouvait omettre de citer le célèbre développeur qui pèse aujourd’hui des milliards, ainsi que son célébrissime jeu d’arcade qui met en scène deux plombiers moustachus qu’on en a marre de citer. L’un ne va pas sans l’autre, puisque le son qui embarque ces deux excités dans leur course est aussi indélébile qu’un mort aux vaches. HERE WE GO !

15/ Tetris

L’immense et inconditionnel Tetris, le plus grand classique de l’histoire des jeux vidéos, est le dernier à stimuler notre nostalgie. On se souvient encore de cette GameBoy, lourde et épaisse comme un parpaing, qui usait nos quatre piles à emboiter convulsivement des briques de couleurs, appelés tétrominos, dans un espace donné. La bande-son de ce célèbre et populaire casse-tête berçait nos soirées enfoncées dans le canapé, à ravaler notre salive et s’éclater les yeux.

Julien Catala