Photo en Une : Jonathan Evrard
Je repars d’Amsterdam les jambes lourdes et la tête pleine de musique, toujours euphorique d’avoir vu tout ça : Banks, Richie Hawtin, Darkside, Joy Orbison, FKA Twigs, Caribou, Massive Attack, Theo Parrish, Moderat, Clark, Ryan Hemsworth, Mount Kimbie, Aufgang, Lunice, Todd Terje, SBTRKT, Nathan Fake, The Field… Belle prog’ hein ? J’en oublie encore, mais j’entends déjà vos « ooh ! » admiratifs ; un peu comme moi juste avant de prendre mon billet.Pitch Le Pitch ouvre ses portes, les gens arrivent tranquillement, ça chill devant la grande scène. © Jonathan Evrard


Deux défaites et Massive Attack

Sur place, j’ai réalisé quelque chose à propos de cette programmation. De façon omnisciente qu’est-ce qu’on y voit ? Qu’elle pète, certes, mais aussi qu’elle fédère, qu’elle ratisse large et surtout qu’elle fait terriblement danser. Efficace, voilà. Et à ce niveau là, on peut dire que ça a parfaitement fonctionné. Tout le monde est venu, comme prévu, et chacun y a trouvé son compte avec cette formule qui se veut bonne ambiance, genre pieds dans l’herbe, grande scène open air, waffles et écran géant avec match de foot. Mais une remarque néanmoins, ce line up manquait un poil de piquant, de risque, d'expérimentation et — pour un indécrottable amoureux de techno comme moi — de rythmique four-to-the-floor. Mais qu’importe, « je vais voir Massive Attack » bavais-je une fois de plus après la défaite de la France face à l'Allemagne ; et le sourire revint. Petit tour du propriétaire : cinq scènes dont un chapiteau, trois en intérieure et la plus grande à ciel ouvert, toutes parsemées dans un site finalement plus étriqué que je l’imaginais. Mais les bars tournent bien (des machines que je n’avais encore jamais vues remplissent des palettes d’une trentaine de verres six par six), il y a pléthore de snacks franchement pas dégueux et les Hollandaises semblent n’attendre pas plus de cinq minutes dans la queue des toilettes. Il s’est même arrêté de pleuvoir, je pars voir Moderat… ou pas.Blocage des barrières qui donnent accès à l'autre partie du site. Pas de Moderat pour moi. Blocage des barrières électroniques qui donnent accès à la seconde partie du site et aux trois autres scènes. Pas de Moderat pour moi...

Je me confronte pour la première fois (et malheureusement pas la dernière) au gros problème de cette seconde édition du Pitch, son affluence. Victime de son succès ? Mauvais calculs ? Peut-être que les organisateurs ont eu les yeux plus gros que le ventre ; en attendant je loupe Moderat, bloqué par les tourniquets qui séparent le site en deux, empêchant une foule rageuse de s’entasser dans une salle couverte apparemment pleine à craquer. « Je vais voir Massive Attack » je me répète, coincé entre un Allemand se moquant ouvertement (enfin je crois) de la taille de Valbuena, et d'un touriste français qui lance un "popolopopopo". Rien à faire d'eux, du live un peu trop moelleux de Mount Kimbie et de la déception nommée SBTRKT (sons audibles : infra basses, batterie, un peu de chant, point) ; c'est l'heure, le groupe de 3D, Mushroom et Daddy G entre en scène.Mount Kimbie Mount Kimbie, que l'on préfèrera en version CD

Et c'est grandiose. Le jeu est impeccable, la maitrise des instruments saisissante, et les messages en hollandais qui défilent sur l'écran géant semblent être lourds de sens. Ces dinosaures donnent décidément une bien belle leçon d’expérience. « Teardrop » puis « Angel » sont jouées à la suite et « Unfinished Sympathy » clôture le tout ; Mezzanine, Heligoland, Protection, Blue Lines…, on saute d’album en album, de chanteur en chanteuse, d’époque en époque et je reste subjugué par ces véritables joailliers qui altèrent entre version originale parfaitement restaurée et hallucinante extension live de nos tracks préférés. Je pourrais me la peter auprès de mes futurs gosses.Quasiment tout le festival s'est rassemblé devant l'incroyable live de Massive Attack, principale tête d'affiche du Pitch. Quasiment tout le festival s'est rassemblé devant l'incroyable live de Massive Attack, principale tête d'affiche du Pitch.

Fin du concert, tout le monde se rue dans les plus petites salles du côté ouest du site, il commence vite à faire chaud ; un petit passage devant la drôle de "silent disco" sous le chapiteau et je rentre.


Weed mouillée, Darkside, Caribou et four-to-the-floor

Le lendemain un déplaisant invité se tapa l'incruste dans mes plans, la pluie, et pas la version inoffensive. Trempé, je me sêche devant le surprenant live de Theo Parrish. Comprenons-nous bien, je ne m'attendais pas à une formation pareille, si instrumentale. Theo, figure de la house de Detroit fin 20ème siècle troque les platines pour une vraie batterie, vraie basse, vraie gratte, vrais danseurs et je ne suis franchement pas déçu du spectacle.Theo Parrish en formation live avec ses quatre danseurs Theo Parrish en formation live avec ses quatre danseurs

FKA Twigs hypnotise ensuite l'assemblée par ses incantations vaudou dont l'ambiance générale me rappelle les mixtapes de The Weeknd ou le ballottement de The xx. Je loupe Nathan Fake à cause, une fois de plus, du bouchon humain de quinze mètres qui se forme à l'entrée de la petite salle où il joue. Banks me console, bien que démangé par le fait que Todd Terje se produit à quelques pas de moi, mais elle fait le boulot.FKA Twigs qui n'hésite pas à reprendre au début certaines de ses chansons juste pour le kiff. FKA Twigs qui n'hésite pas à reprendre certaines de ses chansons au début, juste pour le kiff

Enfin Caribou et son groupe ramènent le soleil avec un live immaculé. Je ne savais pas que Dan Snaith était si bon batteur et les drum battles progressifs d'avec son percussionniste officiel exaltent l'ensemble du live, tout comme le public. Malheureusement pas le temps de rester jusqu'à la fin, Darkside débute dans quelques minutes et cette fois mes potes ne veulent pas se faire avoir. Je quitte Caribou sur "Can't Do Without You", le cœur arraché.Caribou et son boys band Caribou et son boys band

J'avais déjà vu Darkside, c'était à l'Olympia de Paris en mars dernier. Du coup je pensais savoir quel live allait se jouer ici, dans la "Gashouder" déjà bondée de monde et opaque de fumée. Je me souvenais de l'intro, et bizarrement je ne l'ai pas reconnue. Ni le second track d'ailleurs. Le troisième me dit vaguement quelque chose, je crois reconnaitre les accords de... ah non. "Mais c'est quoi ce live ? Pourquoi la claque que je suis en train de prendre n'a pas la même forme qu'à l'Olympia ?" Il n'y a pas l'espèce de miroir qui réfléchit le rétroprojecteur, mais les incroyables lights de Darkside sont bien là ; je reconnais une base instrumentale familière de l'album, mais pas les accords, pas la structure et pas forcément l'ambiance : je redécouvre le disque dans une version live plus pêchue autant que je redécouvre le live en lui-même, toujours visuellement incroyable, indescriptible et différent. Et la voix dans ma tête de me confirmer pour la énième fois : "Nicolas Jaar est définitivement l'un des génies de la musique de cette dernière décennie." PS : au Peacock Society, devinez quoi ? Encore une grosse claque inassimilable.Darkside, toujours aussi dur à prendre en photo Darkside, toujours aussi dur à prendre en photo

Pour cette fin de soirée, il a fallu faire des choix : Richie Hawtin joue en même temps que Clark et son superbe live "Phosphor", Ryan Hemsworth se la donne face à Joy Orbison, et par dessus tout j'ai la dalle et le coup de sifflet du Hollande-Costa Rica vient de rendre fou quelques milliers d'Hollandais rivés sur l'écran géant. Voilà le plan définitif : degustation d'un raisonnable kebab avec un œil sur le match, une oreille sur Hawtin, puis go Joy Orbison, c'est décidé. Ça joue pas mal, haut niveau offensif dès le début, une certaine recherche du spectacle bien qu'on ait déjà vu mieux ; mais la tension est bien là, le rythme est soutenu et Richie ne lâche rien, surtout pas le quatre doubles charleston.Hollande-Costa Rica VS Richie Hawtin. Le dilemme. Hollande-Costa Rica VS Richie Hawtin. Le dilemme. © de fotomeisjes

Enfin, Joy Orbison assouvit mon envie, ma nécessité de rythmique four-to-the-floor avec un set intelligemment noir, pertinent et langoureux. Peter O'Grady fait doucement monter les choses sur deux bonnes heures et dans cette atmosphère je me fais la réflexion que si les français ont Gesaffelstein, les anglais, eux, ont Joy Orbison — et je les envie. La Hollande gagne et dans une fédération de cris je rejoins la transe. Orbison conclut peu après et me revoilà dans ce train, vous avouant qui j'y retournerais bien.Joy Orbison qui joue une intelligente techno noire tout en souriant Joy Orbison qui joue une intelligente techno noire tout en souriant