Photo en Une : © Bruno Press

D’ores et déjà une dizaine de chars prévoient de défiler dans les rues de Paris pour la Technoparade du 28 septembre. Ils représenteront un panel varié d’acteurs du monde de la musique et de la culture, du plus institutionnel au plus underground. Le char de Technopol sera piloté par le maître français du hardcore, Manu le Malin, déjà présent lors de la première édition de 1998 et qui ne recule jamais devant un excès de vitesse de BPM. Il sera accompagné de Sentimental Rave et de Boombass, moitié du regretté Cassius. Dans un esprit proche, on retrouvera le char commun du Kraken Krew et du Collectif des Insoumis, des soundsystems de la région parisienne défendant depuis les premières heures une vision militante de la musique et de la fête.

Des médias participeront aussi à la parade puisque seront présent un char NRJ et, pour la première fois, un char copiloté par Trax Magazine et l’Institut du Monde Arabe où se produiront des artistes prometteurs de la scène électronique maghrébine. Sont annoncés pour le moment le groupe live panarabe Ammar 808, le duo de machinistes Zenobia, et Glitter, DJ marocaine basée à Paris et qui perce sur la scène française depuis son passage aux Transmusicales 2018. Mais aussi les prometteurs Paloma Colombe, Kabylie Minogue ou encore l'un des plus grands héritiers du raï, Sofiane Saïdi, pour une formation micro et platines. Le char sera quant à lui décoré par le scénographes OUTCHESQUE, directeur artistique d'OTTO10, associé pour l'occasion à KELLYMITI. Habillé d'un mur de 80 panneaux-enceintes découpés au laser diffusant fumée, lumière et musique, il déambulera donc fièrement aux couleurs du Maghreb militant et festif.

Côté institutions, on retrouvera les chars de la SACEM et de la Fédération Française de Musique. Enfin, seront également présents des amateurs passionnés qui s’investissent dans l’événementiel. Parmi eux, le char Tomorrow Dreams de Galas Events ou les chars Rock The Beat, du BDE SPECTRE des écoles Télécom SudParis & Institut Mine Télécom Business School, ou encore le Navire ENSTA, appareillé par le BDE de cette école d’ingénieur qui souhaite profiter du rayonnement de la Techno Parade pour sensibiliser un public jeune aux enjeux actuels de l’écologie.

Mais l'enjeu majeur de cette année sera l'hommage rendu à la mémoire de Steve, décédé lors de la dernière fête de la musique. Réunis pour la première fois autour d'un discours commun, Technopol, Freeform, Tekno + et la Coordination Nationale des Sound Systems invitent à venir défiler pacifiquement, dans la fête et la musique. Quel meilleure hommage à un amateur de hardcore ? Deux camions sonorisés par des acteurs de la free party escorteront le camion de banderoles de Tekno +. Dans une optique d'apaisement plutôt que de confrontation, les chars du défilé orneront chacun leur banderole, à l'image du char Technopol et de son "Dansons pour Steve". Ils clameront pourtant un même message : on ne peut accepter que des manifestations culturelles et ceux qui y participent subissent des interventions policières violentes.

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Pourquoi la Technoparade est-elle dédiée à Steve ?

L’histoire de la Technoparade remonte au milieu des années 1990, à une époque où les raves étaient qualifiées de « situations à haut risque » par la circulaire Pasqua de 1995. En 1996, se crée l’association Technopol : « dans un contexte de diabolisation des musiques électroniques et d’évènements annulés, plusieurs acteurs du secteur décident de s’allier en fondant l’association Technopol, créée pour venir en aide sur le plan juridique aux organisateurs d’évènements et pour revendiquer le droit de faire la fête », peut-on lire sur le site officiel de la Technoparade.

Après une tentative illégale en septembre 1997, le premier défilé officiel est organisé en 1998 sous l’impulsion de l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, conquis par le modèle de la Love Parade berlinoise. Depuis, l’évènement est confié à Technopol, également organisateur de Paris Electronic Week depuis 2007.

Si les musiques électroniques sont désormais entrées peu ou prou dans la culture de masse, l’évènement ne perd pas pour autant de vue sa portée revendicatrice. Tapant du pied depuis plus de 20 ans, la Technoparade pointe aujourd’hui du doigt « la circulaire Collomb entraînant la facturation des forces de l’ordre aux organisateurs de festivals et les annulations répétées — et sans justification particulière — de nombreux évènements à dominante techno ». « C’est donc de manière toujours aussi militante que le plus grand évènement national dédié aux musiques électroniques soufflera sa 21e bougie », lit-on sur le site officiel de la Technoparade.