Photo en Une : D.R.

La fête n'aura pas duré bien longtemps. Après plus d'un mois d'activité, le club Dehors Brut doit arrêter toute activité. Sur les réseaux sociaux, l'équipe de Surprize annonce ce vendredi 6 septembre dans la soirée la fermeture du lieu. Une décision prise 4 heures avant l'ouverture du club, après que la préfecture de police de Paris ait décidé d'une fermeture administrative suite au décès dimanche dans la journée d'un jeune client du club. Secouru par le Samu après l'alerte des équipes de secours présentes sur place, il est décédé à l'hôpital quelques heures plus tard. « Ses amis ont parlé de quatre ecstasys qui auraient été écrasés et mis dans une bouteille qu’ils partageaient », a raconté à l’AFP une source proche du dossier.

Dans un communiqué sur leur page Facebook, le club annonce être « dans l'obligation de [se] conformer à cette décision et de procéder à l’annulation de tous les évènements programmés ».
« On peut penser qu’en 8 ans d'activité [avec Concrete] on a su bien fait les choses », confie l'un des membres de l'équipe Surpr!ze joint au téléphone ce soir, « mais quand un accident survient sous son propre toit, la seule question qui persiste c'est : est-ce qu’il y a une fatalité, est-ce que ces accidents arriveront toujours ? »

Malgré le soutien de la ville et le respect des règles de sécurité depuis 8 ans d'activité, cette fermeture n'étonne pas l'équipe, qui se dit consciente des problématiques du milieu de la nuit. « On savait que l’enquête en cours allait être portée à la connaissance de la préfecture pour prendre une décision », continue la direction du club. « C’est une décision souveraine par le préfet de Police après qu’on lui ait porté des éléments à sa connaissance. Un autre préfet aurait pu prendre une autre décision ou bien la même, c’est ce qui rend la France unique. Aujourd’hui, cela entraîne l’annulation de toutes les activités de l’entreprise, ce qui est toujours un coup dur. »

Selon nos informations, un certain imbroglio accompagne cette décision. Alors que l'administration suggérait une fermeture administrative de 21 jours, le nouveau préfet de police de Paris, Didier Lallement, aurait pris la décision de la prolonger jusqu'à 30 jours, la durée maximale, en procédure d'urgence. L'équipe n'a alors pas la possibilité de porter un argumentaire contradictoire et de s'expliquer.

Pour la Ville de Paris, cette fermeture administrative est jugée « complètement disproportionnée ». Frédéric Hocquard, adjoint à la Maire de Paris en charge de la vie nocturne, ne cache pas sa surprise. « Cela fait des années que je travaille sur la nuit. En huit ans, Concrete n’a jamais connu le moindre problème d’urgences sanitaires. Quelle urgence y avait-il à leur coller la durée maximale ? Ils ne les laissent pas s'exprimer, c’est de l’ordre du discrétionnaire ». 

Déplorant les fermetures administratives à répétition de plusieurs lieux festifs de nuit suite à l'usage de stupéfiants – Petit Bain l'année dernière, Nuits Fauves en 2019 – le vrai enjeu serait d'abord la prévention, qui selon M. Hocquard, ne serait pas assez soutenu par l'État. « L'Agence Régionale de Santé, donc l'Etat, a diminué de 20 000 euros sa subvention à l’association Fêtez Clairs,  le gros dispositif de réduction des risques à Paris, alors qu'il faut justement faire une vraie campagne pour qu’il n’y ait plus ce type de drame. Je ne comprends pas. » À la Ville, on dit militer activement pour le déploiement du testing des drogues. « On a mis en place le testing "Teste ton prod" à Peacock, Fnac Live, Solidays, et We Love Green. Bientôt, on va financer un drug truck grâce au budget participatif pour tester les produits. Nous sommes prêts, nous avons les moyens. Ne serait-ce pas aussi temps à l'Etat de faire campagne sur la réduction des risques ? » 

Un appel que relaie le club sur ses réseaux sociaux. Alors qu'elle annonce l'arrêt total de ses activités, l'équipe de Dehors Brut en appelle « à la puissance publique, l’Etat, la Mairie de Paris, la Préfecture de Police de Paris, l'Agence Régionale de Santé, l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris » pour avoir un accompagnement dans la démarche d'un meilleure réduction des risques, et pour que se lance « une campagne d’ampleur en direction des centaines de milliers de jeunes et d'usagers des établissements festifs ».