Photo en Une : © Luc Prisset - France Télévisions

Tribune signée par : Média’son, la CNS (Coordination nationale des sons), Technopol, Le Socle, Nuits Parallèles et Freeform.

Pourquoi nous réagissons ?

Le 21 juin dernier à Nantes, dans des conditions qui restent encore à éclaircir, la police nationale est intervenue pour disperser les derniers participants à la fête de la musique. Assemblés devant un sound system sur les quais de Loire, ils avaient dépassé de quelques minutes l’horaire autorisé et dansaient encore devant les enceintes.

Pour des raisons absurdes, l’emploi des gaz lacrymogènes a provoqué la chute de nombreuses personnes dans le fleuve, 14 selon le préfet de Nantes toujours pas démenti par l’IGPN. Une au moins n’a jamais refait surface. Il s’appelait Steve Maia Caniço, il avait 24 ans.

Les témoignages des personnes présentes sur place, tombées du quai ou simples témoins mais aussi les images captées le soir même sont sans appel. Nous tenons à exprimer notre indignation devant un usage excessif de la force et à une application de la loi sans considération pour la vie humaine.

Nous n’acceptons pas qu’aujourd’hui, on puisse mourir pour avoir voulu danser quelques minutes après le couvre-feu.

Nous n’acceptons pas qu’on puisse mettre la vie de jeunes gens en balance avec une exigence de tranquillité publique tout à fait relative dans cette situation compte-tenu de la localisation du Quai Wilson, à l’écart des zones d’habitations.

Nous n’acceptons pas qu’un ordre stupide signe la fin de la vie de celui qui n’aspirait qu’au partage et à la danse en ce jour de fête de la musique et mettent en danger la vie d’une dizaine d’autres.

Nous n’acceptons pas non plus le mépris dans la parole publique, le jeu sordide du renvoi des responsabilités et les silences coupables alors même que depuis près de 20 ans, la Fête de la Musique se tient sur le même site, sans incident à déplorer. Nous nous interrogeons sur les motivations qui ont amenées les forces de l’ordre à intervenir de la sorte cette année.

En quoi ce drame concerne la communauté des musiques électroniques ?

Nous ne cédons pas à une critique facile de l’action de la police, car nous savons que son travail est essentiel. Dans la préparation de nos événements, dans nos relations avec les préfectures, particulièrement dans un contexte de risque terroriste dont les manifestations culturelles sont les premières victimes, nous échangeons régulièrement avec les femmes et les hommes en charge des questions de sécurité.

Mais depuis 25 ans maintenant, nous savons aussi qu’il existe une forte tendance des pouvoirs publics à considérer notre culture comme une nuisance, notre public comme des « fêtards avinés et immaitrisables » pour reprendre les mots du préfet de Nantes.
Tout au long de ces années, tous les acteurs des musiques électroniques et le public ont vécus cette stigmatisation. Préparer une manifestation, tenir un lieu dédié aux musiques électro, aller dans une soirée relève de la loterie, du bon vouloir des autorités, d’autorisations retirées au dernier moment sans explication, de contrôles approfondis et suspicieux.

À Nantes, pour cette fête de la musique, nous constatons bien que c’est aussi cette stigmatisation qui est à l’œuvre, autant dans la façon dont la manifestation est rejetée à la marge de la fête de la musique, à la fois par la préfecture et la mairie dont les propos montrent la peine a considérer que les djs techno avaient leur place à part entière au côté des autres musiciens, que dans l’intervention violente décidée pour un simple dépassement d’horaire et qu’on peut qualifier « d’une imbécilité rare » pour reprendre les mots de Jack Lang.

Unis, nous disons : Ça suffit, plus jamais ça !

Nous, organisations représentatives de la richesse et de la diversité des musiques électroniques, nous adressons ce message à l’ensemble des décideurs, à ce que compte notre pays de personnes impliquées dans ce que l’on appelle les « politiques publiques ». Nous n’acceptons pas et nous n’accepterons plus que notre culture soit une fois encore stigmatisée, qu’on se permette de considérer qu’écouter de la musique électronique est une tare, au mieux un mal qu’on peut tolérer.

Unis nous disons « Ça suffit ! ». D’annulation de festivals et de soirées en lois d’exception, de pressions d’élus en descentes de police ou en jets de grenades lacrymogènes, nous ne voulons plus subir cette intolérance et les excès auxquels elle peut mener.

La scène électro est riche, diverse, variée. Elle participe à réinventer notre patrimoine dans les châteaux français, elle gronde dans les clubs, elle envahit les halles de la Villette, elle est libre dans les bois et les friches industrielles, elle redonne une vie culturelle à des nombreuses communes désertées, elle est créatrice d’emplois et d’engagements pour la jeunesse. Elle est forte, elle est l’avenir avec déjà une certaine expérience. Partout elle contribue à la mixité sociale, elle participe de l'ouverture d'esprit de la jeunesse, de l'évolution des mœurs, d'une plus grande tolérance.

Il est temps que les autorités de ce pays comprennent qu’on ne peut pas empêcher le futur d’exister par la force. Nous sommes déjà demain.

Ce 28 septembre, le cortège de tête de la Techno Parade sera spécialement dédié à la mémoire de Steve Maia Caniço, et portera cet appel clair pour un changement de posture des pouvoirs publics. Nous appelons le plus grand nombre à nous rejoindre et à s’y rassembler en guise de soutien et de protestation.

Pour Steve et pour tous ceux qui ont payé un jour ou l’autre le prix fort pour leur passion de cette culture, unis, nous disons PLUS JAMAIS CA !