Photo en Une : © Stephen Butkus


On connaissait bien la facette ambient d'André Bratten. Mais avec son nouveau LP Pax Americana, paru sur le label Smalltown Supersound, le compositeur norvégien a décidé de se tourner vers des sonorités plus dansantes tout en préservant une patte atmosphérique bien marquée. Entretien avec l'artiste pour discuter de ce projet audacieux.


Votre précédent album, Gode, était très ambient, en comparaison de vos premiers titres, plutôt orientés club music. Ça a été une surprise pour vos fans ?

Quand j’ai fait Gode, qui était un projet plus long, j’ai dû faire un break, donc je me suis amusé en studio. "Trommer & Bass" et tous les titres de dance music étaient dérivés des sessions de cet album. Ce n’était pas prévu que ce single devienne aussi gros. Ça s’est fait naturellement. Je pense que c’est bien de tester différents styles. J’ai toujours une idée de ce que va être l’album suivant lorsque j’en termine un. C’est un processus de développement, il y a toujours quelque chose de nouveau qui découle de ce qui est fait avant.

Votre nouveau single "HS" a une basse et un beat plus proches de la dance music, et Pax Americana a globalement un style assez IDM. Vous vouliez vous éloigner un peu plus de l’ambient ?

Je ne sais pas, car Gode a aussi quelques titres plus dance music. J’ai l’impression que Pax Americana a plus à voir avec l’electro ou la techno de Detroit. Il est partiellement influencé par Drexciya et ce type d’univers. Mais je n’ai pas de certitudes, ce sont avant tout des expérimentations sur ma boîte à rythmes. Et l’IDM et la UK Bass sont aussi influencées par la techno de Detroit, donc… J’ai essayé de faire un disque de club sans que ce soit vraiment de la club music. Il y a quelques éléments plus "subtils" parce qu’il n’y a pas ces structures avec trois accords, une ligne de basse, etc, mais c’est plus techno.



On a aussi l’impression que cet album, en fusionnant les styles que vous avez explorés auparavant, est un peu comme une synthèse de vos disques précédents.

C’était assez fun pour moi, et en quelque sorte un succès personnel parce que Gode était un gros projet, un album dur à réaliser. C’est agréable de voir que les idées lors de la composition vont dans une direction plus club et vers quelque chose de plus accessible à l’écoute, car Gode, en comparaison, n’était pas un album facile. C’était cool pour moi de voir que je pouvais adapter cet univers vers quelque chose de plus direct. Quand je sens que quelque chose a une couleur particulière, j’essaie de faire davantage de musique dans cet esprit, ce qui conduit finalement à la création d’un disque. C’est marrant que vous pensiez que Pax Americana est comme une combinaison des autres albums parce que d’une certaine façon, ça a du sens par rapport à ma façon de créer.

Comment s’est passée la création de l’album ?

Tous les morceaux sont faits à partir des mêmes instruments, durant la même période. Avec un séquenceur, et pas d’ordinateur. J’ai enregistré environ 15 titres différents, puis j’en ai sélectionné 6 que j’ai ré-enregistrés encore et encore, jusqu’à ce que je sois satisfait. J’ai commencé l’album au moment de la construction de mon nouveau studio, qui est situé là où j’habite. C’était excitant de jouer dans un nouvel endroit, avec de nouveaux outils. C’était comme un nouveau départ, pour moi. Je pouvais travailler quand je voulais : par exemple, à 4h du matin. Les idées avant le mastering et le résultat sonore sont très proches car tout se faisait plus instantanément que pour les précédents albums, ce qui est une bonne chose.

Travailler durant la nuit a modifié votre façon de composer ?

Oui, car si tu es en train de rêver ou juste de dormir, tu as une idée très précise juste après, au réveil, et tu peux la développer immédiatement. Avant, je devais me préparer et marcher une heure ou prendre le train, et je perdais mon idée à cause de toutes les distractions autour de moi : les gens, etc. Maintenant, je peux arriver nu au studio, car il n’y a personne autour de moi.

Gode avait comme thématique la période préindustrielle de la Norvège. Quelle est celle de Pax Americana ?

Ce qu’on a dit sur Gode était en fait une mauvaise interprétation, c’était plus influencé par des images de cette période, plutôt que par la période en elle-même : des fermes avec des gens en train de travailler, leur mode de vie, en familles nombreuses… On voit des beaux paysages, des montagnes, mais le contexte était plutôt sombre et lugubre. J’ai fait des recherches, j’avais un livre avec des images en noir et blanc du XVIIIème siècle. Pour Pax Americana, je ressentais une certaine nostalgie par rapport à nos modes de vie à la fin des années 90, quand tout était positif. Ce n’est pas lié à la musique en particulier, c'est un constat général. Aujourd’hui, l’optimisme a disparu. Cette nostalgie est mêlée à un sentiment de tristesse.


Les images vous inspirent souvent lorsque vous composez ?

Oui, ça peut venir de n’importe quoi. J’ai regardé Shogun, la série des années 80 japano-américaine, qui a été une énorme inspiration pour mon premier album. Les films de science-fiction m’influencent beaucoup aussi. Je n’ai pas forcément besoin d’images mais d’une source externe, pour pouvoir en tirer quelque chose. Je peux canaliser une émotion, un ressenti et traduire son essence.

Vous travaillez actuellement sur de nouveaux projets ?

Oui, il y en a un sur lequel je bosse depuis quelques années mais je ne peux pas en dire plus pour le moment. Ça sortira peut-être l’an prochain, je ne sais pas encore.

Pax Americana est sorti le 28 juin sur Smalltown Supersound, et est disponible à l'écoute sur toutes les plateformes de streaming.