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Cet article a initialement été publié en avril 2016 dans le Trax Magazine n°191, encore disponible sur le store en ligne.

Par Olivier Pernot

Alors que des milliers de personnes errent dans les rues de Lyon ce samedi après-midi, en attendant de danser sur les sets de Carl Cox, DJ Hell ou le live de Prodigy, c’est le coup de massue. Sous la pression de l’Association des discothèques de Lyon et sa région (ADLR), Raymond Barre, le maire de la ville, retire l’autorisation tardive à la soirée Polaris. La fête doit désormais s’arrêter à minuit. « On n’a pas eu d’autre choix que d’annuler », déplore Josselin Hirsch, un des membres des Pingouins (1). « C’était le branle-bas de combat », se souvient Patrice Mourre, alias DJ P.Moore. « L’équipe de Boréalis était dans un hôtel à côté de la Halle Tony Garnier. J’y débarque en tant que Lyonnais pour les aider, les guider. » Via le téléphone et le fax, la nouvelle fait rapidement le tour des acteurs de la scène techno française. Tous décident de se mobiliser après cette nouvelle annulation, celle de trop. 

Dès le lendemain, le dimanche, un rassemblement spontané est organisé place Bellecour. Dans la fraîcheur de ce mois de février, plusieurs dizaines de raveurs, les organisateurs de Polaris, les activistes lyonnais, quelques têtes connues de l'époque comme le DJ Stephanovitch, expriment leur ras-le-bol. La jeunesse techno en a marre de la diabolisation de sa musique. «L’annulation de Polaris a été un catalyseur », confie Joss Hirsch. « À l’époque, le milieu de la techno n’était pas bien grand », se souvient Miloch, DJ, bookeur et organisateur de soirées basé à Annecy avec sa structure Tekmics. « Tout le monde se connaissait et se soutenait. Nous vivions tous pour la même passion, la techno. »

Les bases de la Techno Parade

Quelques jours plus tard, la télé locale TLM ouvre un grand débat sur son antenne. Joss Hirsh et Miloch y participent. Cette émission apporte un contrepoint à la presse traditionnelle qui tire régulièrement à boulets rouges sur les raves, associant grossièrement techno et drogue. D’ailleurs, quelques jours avant Polaris, Le Progrès, le quotidien rhodanien, avait publié une Une quasi sponsorisée. « L’Association des discothèques y disait en substance : "Ne laissez pas vos enfants aller dans ces soirées de drogués!"», se souvient Bruno Asselin, le producteur de Polaris. 

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Mais c'est lors d’une grande réunion à l’école d’architecture de Vaulx-en-Velin que l'on a senti le réveil de la scène techno française. « Nous étions entre 100 et 200 dans un amphi », se souvient Patrice Mourre, futur cofondateur des Nuits Sonores« Tous les principaux organisateurs de France avaient fait le déplacement : Boris de Got Milk était venu de Strasbourg, les mecs d’Astropolis de Bretagne, et puis aussi D-Mention et des Parisiens, Eric Morand de F Communications, le magazine Coda, le Rex Club, l’An-Fer de Dijon. Des DJ's aussi : Ralph, Tonio, Jack de Marseille... Cette réunion a duré cinq à six heures. Chacun a pris la parole, a raconté son expérience dans sa région, la répression des autorités. » De cette discussion ouverte et pleine d’énergie émergent des idées : créer une structure pour défendre la culture techno et imaginer un événement pour faire découvrir cette musique au plus grand nombre. Les bases de Technopol, dont Joss Hirsch sera le premier président, et de la Techno Parade venaient d’être posées.

(1) La Tribu des Pingouins, un collectif de DJ's/ producteurs / disquaires / fêtards, s’était associée au producteur de spectacles Bruno Asselin pour lancer Boréalis. Deux éditions du festival ont eu lieu aux Arènes de Nîmes en 1994 et 1995 avec Underworld, Carl Cox, The Orb, Jeff Mills, Orbital...